RésistanceS 15-02-2006


Une enquête de « RésistanceS » sur l’Alliance bruxelloise contre le déclin


Une bien étrange conception de la citoyenneté


A l’approche des élections communales d'octobre 2006, divers élus communaux ont reçu un questionnaire censé guider leurs « 8.000 contacts bruxellois qui se demandent à juste titre à qui ils pourraient bien encore accorder aujourd’hui leur confiance » dans leur choix électoral. Cet étrange questionnaire a été réalisé au nom de l’« Alliance bruxelloise contre le déclin », un nom ronflant cachant en réalité les agissements d'une organisation d'extrême droite francophone... à la solde du Vlaams Blok / Belang. Enquête.

 


Couverture de l'un des tracts poujadistes de l'Alliance bruxelloise contre le déclin.

L’Alliance bruxelloise contre le déclin (ABCD) rassemble, selon ses propres dires, « de nombreux Bruxellois issus de la majorité silencieuse », lesquels se préparent à concocter une directive à l’attention de leurs sympathisants, mais aussi de leurs familles, connaissances et relations de travail.

L’objet de leur étude : « des points politiques importants dans lesquels contribuables, parents, électeurs et automobilistes sont impliqués tous les jours ». Voyons cela.

Des intox en 5 points
Premier point : réduire les dépenses. Quatre questions en forme de charge contre le « poids des fonctionnaires », le droit au chômage « ad vitam aeternam », les dépenses d’aide sociale qui ont explosé et la dette de la commune, bien trop élevée.

Deuxième point : les dérives de l’instruction publique. Où l'on aborde l’hétérogénéité des classes, la réussite pour tous, les carences familiales, et enfin la décadence à l’école. « Comment l’enrayer », se demande l’ABCD en guise de conclusion à une question portant sur le développement des cultures europééennes, les références au passé civilisateur, aux racines chrétiennes et aux valeurs ancestrales et fondamentales…

Troisième point : l’arrêt de la diabolisation des automobilistes. Pêle-mêle, on y aborde le stationnement par zones (« une vision sectaire de la cité »), les choix prohibitionnistes, l’utilisation du vélo et des transports en commun par les mamans pour leurs emplettes, et, dans la même question, l’usage du vélo par les élus, et enfin les « amendes absurdes et impayables ».

Quatrième point : en finir avec les tabous. C’est là qu’est abordée la question – au singulier, car il s’agit vraisemblablement dans l’esprit des auteurs d’une seule et même question – de l’immigration et de l’« assistanat généralisé ». Ainsi que la question de l’intégration, laquelle concerne « une multitude qui ne partage aucun de nos principes culturels », ce qui conduit au risque de « choc des civilisations ».

Cinquième point : diminuer la pression fiscale. Haro sur les « entraves à la libre entreprise », la « rage taxatoire » et les hommes politiques qui « dilapident l’argent public et profitent grassement de leur fonction » alors que « l’Administration étrangle les salariés, les indépendants et les automobilistes ».

 


Outre la distribution de ses tracts, le groupuscule ABCD s'adresse souvent aux médias via des communiqués de presse où la langue de bois est toujours au rendez-vous. (Cliquez pour agrandir)


Un questionnaire orienté et connoté
À la lecture des vingt questions, il ne faut pas être grand clerc pour deviner le profil des auteurs de ce questionnaire, ni celui des sympathisants de l’Alliance bruxelloise contre le déclin. C’est toute une vision de la société qui se dessine sous nos yeux : un Etat croulant sous le poids des fonctionnaires, chômeurs et autres immigrés ; un enseignement sclérosé par les carences familiales, l’hétérogénéité des classes, la décadence et le mythe de la réussite pour tous ; une ville paralysée par de vilains écologistes persécutant les pauvres automobilistes et les pénalisant injustement au moindre de leurs excès ; une immigration globalement problématique et dangereuse ; une libre entreprise empêchée par les tracasseries administratives et une diabolisation de la fraude fiscale ; des hommes politiques incapables de réaliser leurs promesses ni de mettre en pratique pour eux-mêmes les règles qu’ils veulent voir appliquées par leurs administrés, et qui s’en mettent plein les poches.

Autrement dit : la société considérée à travers un prisme poujadiste aux accents extrémistes. Rien d'étonnant à cela : l'ABCD roule en réalité pour les intérêts politiques bruxellois du Vlaams Blok / Belang.

Nadia GEERTS

© RésistanceS – Bruxelles – Belgique – www.resistances.be / info@resistances.be – 15 février 2006


 

Pour qui roule l'ABCD ?
Pour connaitre la vraie nature idéologique et les véritables projets politiques de l'ABCD, lire notre article :

- « Une alliance francophone au service du Vlaams Blok / Belang »