RésistanceS 16-02-2006

Enquête de « RésistanceS »

Le cercle « Droite et Modernité »,
le Front national de demain ?


Le Front national de Daniel Féret se caractérise par son instabilité chronique. Aussi le FN reste-t-il, après vingt ans d'existence, une formation fantomatique, tandis qu’en interne, les manigances sont légion. Les « identitaires » du Front préparent l'après-Féret. Le cercle « Droite et Modernité » les rassemble désormais. Enquête sur un « parti dans le parti ».


Apparu à la fin de 2005, le cercle « Droite et Modernité » veut représenter la tendance « réformatrice » au sein du Front national. Elle a le projet de réformer le FN de l'intérieur pour en faire une arme politique aussi efficace en « francophonie » que l'est le Vlaams Blok / Belang (VB) en Flandre.


Patrick Sessler (en chemise noire), chef d'orchestre des « droitistes modernistes » du Front national, ici en 1988, avec... Léon Degrelle, l'ex-chef des nazis belges (photo : RTBF).

Ce cercle s'est construit autour de la personne de Michel Delacroix, avocat et sénateur du FN. Son quartier général se situe au Sénat, dans le bureau de Delacroix. Il est directement organisé par son assistant parlementaire, Patrick Sessler. Véritable éminence grise des « Identitaires » du FN, celui-ci faisait partie, dans les années 1980, de la direction du Parti des forces nouvelles (PFN, un groupuscule néonazi lié à Léon Degrelle), puis passa, en 1989, une première fois dans les rangs du Front national, avant de fonder en 1995 une dissidence éphémère (l'Alliance radicale) puis de rejoindre les rives du Vlaams Blok. Conseiller communal à Schaerbeek, c'est Patrick Sessler qui lança en politique Johan Demol, l'ex-chef de la police de cette commune bruxelloise, aujourd'hui président et député régional bruxellois du VB. De retour au FN en 2004, Patrick Sessler, avec Michel Delacroix, tente à nouveau de structurer le FN sur des bases solides et de le développer partout à Bruxelles et en Wallonie.

Un « parti dans le parti »
Face à un Féret amorphe, le cercle « Droite et Modernité » représente désormais pour beaucoup de frontistes un nouvel espoir. Trois parlementaires du « Front », Charles Petitjean (ex-PRL), Charles Pire (ex-PSC) et Patrick Cocriamont (ex-PFN) soutiennent ainsi officiellement l'initiative de Sessler et de Delacroix. Véritable « parti dans le parti », ce cercle dispose déjà de ses propres médias, composés d'un trimestriel théorique (« A Droite »), d'un bulletin de liaison (« FN-Sénat-News »), de deux sites Internet (celui de Sessler et celui de Delacroix) et même d'un « service d'études ».

Outre son ambition interne, il vise sur le plan externe à la « pax nationalista » entre les frontistes et les ex-frontistes. But : la création d'un véritable parti de droite national-populiste. C'est pour cette raison qu'il ratisse large. Notamment en développant une politique de relations publiques en direction des autres structures de la dite « droite nationale ». Le « FN-canal Delacroix-Sessler » va ainsi soutenir Belgique & Chrétienté, une association d'ultra-droite catholique notamment active, depuis sa création en 1989, dans la mouvance du « lepénisme à la Belge » (voir notre document ci-dessous).

Le cercle « Droite et Modernité » prône par ailleurs le rapprochement entre l'extrême droite francophone et celle du nord du pays. Notamment, pour organiser leur représentativité respective dans la capitale. Contrairement à Daniel Féret, Patrick Sessler et Michel Delacoix entretiennent des contacts harmonieux avec le Vlaams Blok / Belang. Sessler bénéficie de nombreux contacts auprès de la direction bruxelloise du VB.


Le cercle « Droite et Modernité » apporte son soutien à Belgique & Chrétienté, présidée par l'ancien porte parole du Front nouveau de Belgique, une des dissidences du FN de Daniel Féret. L'encart ci-dessus a été publié en octobre 2005 dans « A Droite », le journal de Michel Delacroix et de Patrick Sessler.

Au début du mois de février de cette année, le « cercle » organisait un dîner-débat sur le thème : « Droites nationales vers le pouvoir ? ». Le sénateur frontiste Michel Delacroix y prit la parole. Il ne fut pas le seul. L'autre orateur était Filip De Man, député fédéral du VB et grand partisan - depuis toujours - d'une alliance avec l'extrême droite francophone. Dans le passé, De Man avait soutenu activement l'association Bruxelles-Identité-Sécurité (BIS), ancêtre de l'actuelle Alliance bruxelloise contre le déclin (ABCD). Comme jadis le BIS, l'ABCD est un instrument de propagande visant à rassembler les non-Flamands du VB. Cette « alliance » est par ailleurs aussi liée au cercle « Droite et Modernité ». Rien d'anormal à cela.

 


Talon d'invitation du premier rendez-vous public du cercle « Droite et Modernité ».

2006 : des listes « VB-FN » à Bruxelles ?
Les « identitaires frontistes » du cercle « Droite et Modernité », soutenus par l'ABCD, revendiquent clairement des alliances pré-électorales avec le parti national-flamand indépendantiste anti-belge. Le projet final : éviter au maximum la division des nationalistes aux élections communales d'octobre 2006 dans la Région bruxelloise. Dès lors, l'enjeu de ces prochaines élections pourrait être l'essor d'une extrême droite unifiée, ici et là. Entre autres, avec des listes « VB-FN » dans les communes populaires d'Anderlecht, Molenbeek et Schaerbeek. A suivre...


Manuel ABRAMOWICZ

© RésistanceS – Bruxelles – Belgique – www.resistances.be / info@resistances.be – 16 février 2006.

 



 

Au sujet de l'ABCD ?
Dans l'article ci-contre est évoquée l'Alliance bruxelloise contre le déclin (ABCD). Pour en connaître la vraie nature idéologique et les véritables projets politiques, lire notre article :

-« Une alliance francophone au service du Vlaams Blok / Belang »