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Dans les coulisses du "Soir" et de "Rivarol"
Une enquête de RésistanceS

"Le Soir" a-t-il soutenu un écrivain d'extrême droite ?

Le monde politique, dans sa majorité, respecte un stricte cordon sanitaire à l'égard des partis antidémocratiques. Le grand quotidien francophone "Le Soir" revient souvent sur cette attitude exemplaire. Cependant, malgré son engagement antifasciste en première ligne, récemment, le journal de la rue Royale à louer les talents littéraires d'un écrivain de série noire. Sans préciser que celui-ci est également un des principaux penseurs de l'extrême droite française !

Quelle fut notre surprise, il y a quelques jours, à la lecture du "MAD", le supplément culturel du mercredi du quotidien "Le Soir". Un article y était consacré à la sortie récente d'un polar (1). Un roman noir intitulé "On n'est pas des chiens" édité chez Folio-Policier (2). L'histoire de ce livre (de 208 pages) n'a rien d'originale. Seulement voilà, son auteur s'appelle A.D.G., initiales de plume d'Alain Fournier, dit Camille. ADG est un écrivain français, prolixe et classique en série noire. Il n'est pas que cela.

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Il est aussi un des "vieux" penseurs de l'extrême droite pure et dure. Et cela depuis belle lurette. Ce qu'Alain Lallemand, l'auteur de la critique ultrapositive de "On n'est pas des chiens" ne dira pas. Peut-être, le journaliste du "Soir" n'était-il pas au courant des autres activités d'ADG ? Certes possible, cela serait étonnant néanmoins. Alain Lallemand est effectivement l'un de nos meilleurs journalistes d'investigation. La double vie de l'écrivain français, quant à elle, est connue du tout Paris intellectuel. Pour ceux qui ne le connaissaient pas, voici un rapide survol du curriculum vitae politique d’ADG. 

Un milieu politique naturel très particulier
Depuis les années quatre-vingt, la signature d'ADG est apparue dans moults revues, opuscules ou fanzines de la droite nondémocratique française toujours adepte de Charles Maurras, le théoricien de l'antisémitisme politique. ADG est par exemple passé par le comité de parrainage du "Bulletin légitimiste", avec des grands noms de l'extrême droite française, dont Yann-Ber Tillenon (un idéologue proche des skinnazis), Alain Sanders (journaliste vedette du journal national-catholique intégriste "Présent") et Olivier Grimaldi (patron du Cercle Franco-hispanique, un groupuscule néofasciste ayant pour but de faire perdurer l'héritage politique du franquisme et lié en Belgique à Hervé Van Laethem, le chef de l'extrême droite la plus extrémiste).

ADG fit encore partie de la rédaction de "Minute", un organe de presse au service de l'ultradroite "plurielle". Dans cette revue, ADG côtoya, entre autres, un obsédé du "complot judéo-maçonnique", le journaleux Emmanuel Ratier, dont l'actuel disciple belge est un certain Alain Escada, le meneur de l'association intégriste Belgique & Chrétienté.

Avec Le Pen, Faurisson et compagnie
Par ailleurs, l'activité éditoriale d'ADG a toujours été faite dans l'ombre du Front national de Jean-Marie Le Pen. Dans l'intérêt politique de ce dernier. Comme bien d'autres de ses collègues partageant les mêmes références politiques et historiques, ADG est devenu au fil du temps l'une des pièces maîtresses de la propagande de la droite nationaliste, antisociale, antidémocratique et rêvant toujours de l'Etat français du Maréchal Pétain, de son Ordre nouveau et de ses "Kamarades" du Grand Reich allemand.

A l'heure actuelle, ADG sévit à "Rivarol" en tant que secrétaire général de la rédaction. C'est le big-boss, la tête pensante de cet hebdomadaire apparu en 1951. Un article du "MRAX-Info", le journal du Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, nous apprends également que les principaux négateurs français des crimes contre l'humanité commis par la dictature nazie, tels que Robert Faurisson et feu Paul Rassinier, cédèrent amicalement à "Rivarol" plusieurs de leurs écrits (3). Le "MRAX-Info" notait aussi : "c'est dans la collaboration que "Rivarol" va rapidemment chercher son inspiration rédactionnelle, par exemple, avec la signature de Robert Poulet, un des "illustres" colloborateurs belges avec l'occupant nazi" (4).

Dans un de ses derniers numéros (daté du 27 avril 2001), on pouvait lire un article sur l’" Offensive contre la race blanche ". L’article en question affirmait, notamment, que " notre survie biologique " est clairement menacée par le mondialisme. " Rivarol " y prévoyait aussi une " véritable guerre raciale ", suite à l’" invasion massive " de l’Europe par des masses étrangères. Le journal dénoncera encore la " haine antiblanche " véhiculée par les médias. Pour sa part, le service de vente par correspondance de " Rivarol " permet, toutes les semaines, à ses lecteurs de se procurer les principaux ouvrages de l’establishment historique du mouvement fasciste européen et de ses divers pseudopodes (Maurice Bardèche, Alain de Benoît, François Duprat…).

Chez nous, "Rivarol" reçoit le soutien du Front nouveau de Belgique (FNB, dissidence du FN de Daniel Féret) et de l'ex-mensuel "Le Cri du Citoyen" (également correspondant belge des néonazis du Nouvel Ordre Européen) (5).

ADG chez les néonazis
"Le Soir" était-il au courant des activités politiques d'ADG au sein de la rédaction de "Rivarol" ? Avait-il connaissance du milieu politique d'origine de cet écrivain si particulier ? Pour le savoir, un intérêt légitime sur quelques titres de la presse d'extrême droite proposée dans plusieurs grandes librairies du centre-ville (à quelques minutes à pied des bureaux de la rédaction du "Soir") aurait permit à son journaliste de prendre connaissance de l'existence de "Rivarol" et du nom de son secrétaire général. Peut-être son regard aurait-il aussi été attiré par une revue amateur titrée "Devenir" ?

Placé à quelques centimètres de "Rivarol", dans le même rayon, ce fanzine "virile" d'extrême droite fut fondé, en 1993, par Hervé Van Laethem, l'ancien dirigeant du groupe néonazi l'Assaut, l'ex-section francophone du Vlaams militanten orde (VMO). Dans son dernier numéro (daté du printemps 2001), déposé en librairie quelques semaines avant la publication de l'article du "Soir" sur le roman noir d'ADG, "Devenir" proposait une interview à propos de l'interdiction éventuelle du parti néonazi allemand NPD (6). La personne interviewée sur ce sujet mobilisant les fractions les plus subversives de l'extrême droite européenne était… ADG !

 

" RésistanceS " - 28 avril 2001.

  1. LALLEMAND, Alain : "A.D.G. a trente ans, découvrez-le d'urgence", in "MAD", supplément culturel du journal "Le Soir", 4 avril 2001, p. 4.
  2. A.D.G. : "On n'est pas des chiens", éditions Folio policier, 208 pages.
  3. ABRAMOWICZ, Manuel : "La presse d'extrême droite de plus en plus présente", in "MRAX-Info", n° 62, mars 1991, pp. 34-37.
  4. A la Libération, le Robert Poulet en question s'était exilé à Paris pour poursuivre sa carrière de journaliste d'extrême droite. Sous le pseudo de "Pangloss", il continua également a participer à la rédaction de l'hebdomadaire satirique "Pan".
  5. Depuis septembre 2000, " Le Cri du Citoyen ", mensuel antisémite proche du FN belge, a cessé de paraître.
  6. "Devenir", n° 15, printemps 2001, p. 11, interview d'ADG non titré. Le chapeau de ce dernier était : "En marge de l'interdiction redoutée du NPD, 5 questions à A.D.G., le secrétaire général de la rédaction de Rivarol, à propos de la censure dans la presse nationaliste" (sic).
 
Alain Lallemand complice ou naïf ?

Malgré l'erreur de ne pas s'être suffisamment renseigné sur ADG et d'avoir publié une critique dithyrambique sur son roman "On n'est pas des chiens", Alain Lallemand reste pour nous l'une des meilleures références du journalisme d'investigation (avec les pères belges contemporains de celui-ci, tels que René Haquin du "Soir" ou Walter De Bock du "Morgen"). Dans le domaine de l'information sur les réseaux mafiaux internationaux, de l'Europe de l'Est en particulier, Alain Lallemand s'est surpassé. Enquêteur hors pair, il nous fait régulièrement profiter de ses brillantes investigations sur les cartels de la drogue latino-américains et les diverses connexions du "monde du crime" avec des structures étatiques complices. Alain Lallemand est aussi l'auteur de plusieurs livres, dont un incontournable pour combattre les groupes sectaires religieux, "Les sectes en Belgique et au Luxembourg" (éditions EPO, Bruxelles-Anvers, 1994).

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Quant au journal "Le Soir", il reste innocent à nos yeux et l'un des meilleurs outils médiatiques et pédagogiques pour combattre l'extrême droite. Mais, à l'avenir, ils devraient rester vigilants pour ne plus faire plaisir à des auteurs d'extrême droite, y compris pour leur bouquin parapolitique. Dans son interview accordée au trimestriel néonazi bruxellois "Devenir" (n° 15, printemps 2001, p. 11), ADG, répondait d'ailleurs à la question "quel conseil donneriez-vous à un jeune confrère pour résister aux pressions du pouvoir ?", par ceci : "Être plus malin que le système et tenter de le contourner. Un bon dictionnaire des synonymes peut y pourvoir, un peu de sournoiserie n'est pas inutile et Dieu pourvoir au reste". A bon entendeur… salut !

 

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