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Dans les coulisses du Vlaams Blok...

L'AFFAIRE DEMOL (CHRONOLOGIE)

Depuis 1999, Johan Demol est le président bruxellois du Vlaams Blok. Il a certainement rejoint ce parti séparatiste flamand à défaut d'autre chose (de son propre parti ?). Son arrivée au VB fait suite à une affaire bien particulière qui fit la Une de l'actualité: l'Affaire Demol. Rappel.

Février 1994 — Johan Demol est nommé commissaire en chef de la police de Schaerbeek (commune de Bruxelles) par le ministre socialiste de l’Intérieur Louis Tobback... avec l’appui du SP et du bourgmestre Francis Duriau.

Décembre 1995 — Le mensuel de propagande du Vlaams Blok publie une interview de Demol. Plus tard, pour se justifier, celui-ci dira que quelques temps auparavant, il avait également donné une conférence au Parti du travail de Belgique (PTB, une formation politique marxiste-léniniste).

Janvier 1996 — Le quotidien progressiste flamand "De Morgen" dévoile le passé politique de Demol lorsqu’il fréquentait, à la fin des années 70, le Front de la jeunesse (FJ), une organisation néofasciste belgicaine responsable d’actions subversives. Johan Demol nie en bloc ces révélations. Face aux nombreuses réactions, le bourgmestre Francis Duriau va soutenir bec et ongles le chef de sa police. Au même moment, les pro-Demol s’organisent en mettant en route un comité de soutien. La tête pensante de ce comité (essentiellement constitué de policiers et de militants d’extrême droite) est Patrick Sessler, élu FN mais siégeant, depuis 1995, comme indépendant au conseil communal de Schaerbeek. Au Parlement fédéral, le député frontiste Hugues Wailliez, un ami de longue date de Sessler, prendra lui aussi la défense de Demol.

Janvier 1997 — Convoqué par le Collège des bourgmestre et échevins de Schaerbeek, Demol finit par reconnaître avoir fréquenté le FJ par… amour pour une de ses militantes !

Février 1997 — Des perquisitions à la police de Schaerbeek sont menées par le juge d’instruction Damien Vandermeersch. Sept personnes, dont quatre policiers et le commissaire adjoint, sont inculpées pour une dizaine de délits (du faux en écriture au recel). Pour défendre "ses hommes", Johan Demol dénonce un complot ourdi contre lui.

Mai 1997 — "Solidaire", l’hebdomadaire du PTB, publie des nouvelles preuves irréfutables sur l’appartenance de Demol au FJ. Il est directement mis en congé par le bourgmestre de Schaerbeek. Une seconde enquête est ouverte par le Comité P, la "police des polices" (dans lequel Demol compte toujours, au moins, un ami, un membre du SP !). Interpellé par plusieurs députés à la Chambre, le ministre de l’Intérieur SP Johan Vande Lanotte déclare que "si Demol s’est parjuré, il n’aura plus sa place dans la police".

Juin 1997 — Vande Lanotte suspend pour 4 mois Demol. Dans son arrêt du 13 juin, le Conseil d’Etat, saisi du dossier Demol, notifie qu’il existait "une forte présomption que Demol ait commis des agissements qui compromettent de façon grave la dignité de la fonction (...). Demol ne disposait plus dès lors de la crédibilité et de l’autorité nécessaire, ni ne bénéficiait plus de la confiance suffisante de ses subordonnés ni de la population afin de pouvoir exercer convenablement sa tâche de chef de corps (...). Un retour au commissariat devrait être évité."

A Schaerbeek, l’opposition (PRL et IDS-SP) réclame la démission de Francis Duriau, qu’elle considère comme avoir été le complice du "commissaire menteur".

Juillet 1997 — Lors d’une conférence de presse organisée à l’Hôtel Sheraton, Demol avoue enfin son adhésion passée au FJ. Il invoque une nouvelle fois un complot. Ce dernier aurait été fomenté contre lui pour le mettre hors d’état de nuire. Ses succès enregistrés dans la lutte contre la prostitution sévissant autour de la gare du Nord n’étaient, selon l’ex-sheriff schaerbeekois, pas partagés par tout le monde en général, la maffia italienne en particulier. Il serait ainsi devenu l’ennemi numéro un de cette maffia et de ses complices présents au coeur même de la magistrature et du monde politique bruxellois. Dans la salle, venus le soutenir, on reconnaît le député Filip De Man (le patron de la campagne électoral bruxelloise du Vlaams Blok) et Frédéric Erens (le président de l'époque du Blok de Bruxelles-capitale).

Octobre 1997 — Manifestations sous haute-tension organisées par les pro-Demol et les anti-Demol devant la maison communale de Schaerbeek avant une séance de son conseil communal. Les "pro" sont désormais regroupés derrière une association paravent, les "Vrije burgers Schaerbeek-Citoyens libres de Schaerbeek" (VBS-CLS). Les "anti" agissent au sein du Rassemblement des citoyens soucieux de la démocratie. Dans la salle du conseil, on observe la présence des blokkers Dominiek Lootens-Stael (député régional bruxellois), Frédéric Erens, Philippe Claeys (président des VB-Jongeren), Filip De Man…

Décembre 1997 — Francis Duriau prolonge de façon préventive la suspension de son chef de la police qui dépose contre celle-ci, devant le Conseil d’Etat, une requête d’extrême urgence (qui sera rejetée quelques jours plus tard). Quant à François-Xavier de Donnea (bourgmestre PRL-FDF de Bruxelles-ville), celui-ci dépose plainte pour diffamation et outrage contre Demol qui venait de l’accuser dans l’hebdomadaire "Humo" d’être lié à la maffia. Ensuite Demol déposera à son tour une plainte contre de Donnea qui l’avait accusé d’utiliser des méthodes rexistes.

Janvier 1998 — Johan Demol est enfin révoqué définitivement de la Police belge.

Février 1998 — Il rejoint les rangs du Vlaams Blok qui annonce que cet ex-serviteur de l’Etat belge sera sa tête de liste aux élections régionales bruxelloises de juin 1999.

Juillet 1998 — Le 1er juillet, le quotidien bruxellois "La Lanterne" annonce que Demol est devenu "un repris de justice !" suite à sa condamnation par le tribunal correctionnel à 3 mois de prison avec sursis et 80.000 francs d’amende pour violation du secret professionnel. Les faits reprochés datent du 4 juillet 1997 lorsqu’il affirma devant plusieurs journalistes être la victime d’un complot liant des politiciens et des magistrats aux milieux mafieux l

Juin 1999 — Après une campagne électorale coûteuse, Johan Demol devient député pour le Vlaams Blok au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale. Cependant, l'"effet Demol" planifié par l'état-major blokker n'a pas véritablement eu lieu. Alors, afin sans doute d'empêcher l'éventuel départ de Johan Demol, le parti nationaliste anti-Belges lui proposera la présidence bruxelloise. Il en profitera pour faire le ménage et mettre au placard les indésirables.

Alexandre VICK

Publiée dans le n° 6 de "RésistanceS" et réactualisée le 18 août 2000, cette rapide chronologie a été réalisée sur la base d’articles publiés dans le journal "RésistanceS" et dans la presse belge.

Pour en savoir plus sur cette "affaire", nous vous conseillons de lire le livre "Danger Demol", de Ron Hermans et Eric Goeman, publié aux éditions EPO en 1998.


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