RésistanceS.be 11-01-2013

Portrait du nouveau président du Vlaams Belang


Mission sauvetage pour Gerolf Annemans


En plus de 40 ans d'existence, le Vlaams Belang a connu quatre présidents de parti. Ainsi que de nombreux succès électoraux, mais aussi depuis 2006 un net reflux aux élections et l'aggravation de ses tensions internes. Gerolf Annemans sera-t-il la dernière chance pour le parti d'extrême droite de sauver sa peau ?

 



De gauche à droite : Filip Dewinter, Karel Dillen et Gerolf Annemans, à la tête du cortège du Vlaams Blok (le nom du Vlaams Belang jusqu'en 2004) lors d'une manifestation nationaliste flamande à Bruxelles, au début des années nonante © Photo : Manuel Abramowicz


En décembre dernier, Gerolf Annemans (54 ans) a été élu par les dirigeants du Vlaams Belang (VB) au poste de président de ce parti d'extrême droite. Il remplace le taciturne Bruno Valkeniers, avant même la fin du mandat de celui-ci. Auparavant, le VB avait été présidé de 1996 à 2008 par Frank Van Hecke et de sa fondation en 1978 à 1996 par Karel Dillen, son leader historique  .

Considéré comme le « numéro trois » et le « modéré » de la direction du Vlaams Belang, le parcours politique d'Annemans est pourtant illustré d'appartenances diverses et variées à la tendance la plus radicale de l'extrême droite du mouvement nationaliste flamand.


Adepte de la « race blanche »
Pendant ses études de droit à Anvers, il milite à la Katholiek Vlaams Hoogstudenten Verbond (KVHV), la principale association étudiante catholique. A plusieurs moments de son histoire, cette KVHV va s'inscrire dans un combat politique marqué par un conservatisme ultra réactionnaire, inspiré par un national-catholicisme à la flamande. Gerolf Annemans est le rédacteur en chef de Tegenstroom, son bulletin d’information. Au même moment, il se charge de la rubrique estudiantine de 't Pallieterke, un hebdomadaire satirique national-flamand d'ultra droite diffusant des informations confidentielles sur le monde politique.

Après ses études, Annemans continue sa collaboration à 't Pallieterke, mais également à la rédaction de Dietsland-Europa, une revue de réflexion idéologique édité par Were Di. Ce groupe pan-néerlandais (revendiquant la création des « Grands Pays-Bas ») et véritablement nostalgique de l'Europe national-socialiste fut aussi dirigé par Karel Dillen. Sur Were Di .

C'est à la demande de Dillen justement que Gerolf Annemans rejoint, en 1985, le VB. Avec Filip Dewinter, il fait alors partie de la « nouvelle génération » militante du Blok. Une génération bien plus influencée par les succès électoraux en France de Jean-Marie Le Pen que par la lutte historique du mouvement flamand. Annemans, Dewinter et d'autres jeunes dirigeants VBistes vont transformer la formation nationaliste pour en faire une des plus performantes d'extrême droite en Europe. En 1987, Gerolf Annemans remplacera Karel Dillen au Parlement national. Pour en devenir le chef de sa fraction parlementaire.



Dès les années quatre-vingt, Gerolf Annemans collabore au groupe Were Di et à sa publication Dietsland Europa, comme le prouvent ces deux documents. Une mouvance idéologique adepte de la « race blanche » à la base de la création du Vlaams Blok - Doc. Archives Hugo Gijsels – RésistanceS.be


Succès et reflux
Depuis la fin des années quatre-vingt, le parlementaire Annemans essaye, malgré son appartenance au courant ultra nationaliste, de se profiler comme étant l'homme  respectable et modéré du parti d'extrême droite flamand. A la Chambre des députés fédéraux, il se fait remarquer aux commissions d’enquêtes parlementaires « Dutroux » et « Tueurs du Brabant ». Il en profite pour y promouvoir sa bonne image médiatique. Mais le naturel revient vite au galop, y compris chez Annemans. Après la condamnation de son parti pour racisme, en 2004, il promet des représailles contre les magistrats à la base de ce jugement historique .

Avec une délégation VBiste, Gerolf Annemans traverse, en été 2004, l'Atlantique pour se rendre longuement aux Etats-Unis. Il y rencontre des think tanks néoconservateurs, ces cercles de réflexion de stratégie politique exerçant une influence directe sur l'équipe de Georges Bush, le président de l'époque nord-américain .l En 2005, Annemans suscite du remous chez les autres membres de la direction du VB après avoir affirmé qu’il était favorable à ce que des flamands de confession musulmane figurent sur ses listes électorales. Cette acceptation iconoclaste pour un parti d'extrême droite provoquera bien entendu une levé de bouclier, notamment de la part des « croisés islamophobes » du Vlaams Belang, comme Filip De Man et Filip Dewinter  (à ce sujet ).

Au fil des années, durant plus de vingt ans, Gerolf Annemans fut néanmoins l’un des maillons essentiels permettant au Vlaams Belang ses succès électoraux, alors en progression constante. Jusqu'au scrutin communal de 2006 quand le reflux aux élections s'est amorcé pour le VB. Donnant notamment lieu à l'aggravation des tensions internes au sein de sa direction. Reflux et tensions suscités entre autres par la montée en puissance de la N-VA, la Nouvelle alliance flamande du charismatique Bart De Wever .



L'avis d'un expert


« Filip Dewinter et Gerolf Annemans (NDLR : le nouveau président du Vlaams Belang) s'alignent sur l'héritage idéologique historique du parti, comme l'a fait lors de la campagne présidentielle du Front national français en janvier 2011 Bruno Gollnisch, alors vice-président frontiste et meneur de l'aile radicale du FN. A la différence qu'en France, cette ligne est minoritaire. En Flandre, elle est celle de l'actuelle direction du Vlaams Belang ! »

Eric Corijn
Sociologue de l’Université flamande libre Bruxelles (VUB). Extrait de l’interview qu’il accorda le 6 avril 2011 à RésistanceS.be CLIQUEZ ICI

 


Mission : éviter la liquidation totale

Endossant le rôle du « gentil », contrairement à Filip Dewinter qui lui s'illustre toujours comme le pur et dur du VB, la désignation de Gerolf Annemans à la présidence du parti a un triple objectif. Un, colmater les brèches qui le lézarde. Deux, éviter la poursuite de ses défaites électorales (qui alimentent ensuite les tensions internes). Trois, séduire les partenaires politiques de demain… quand le cordon sanitaire isolant sa formation, depuis plus de vingt ans dans le paysage politique, sera rompu.

Le nouveau président du Vlaams Belang pourra-t-il cependant y parvenir ? En lui redonnant de l'aplomb. Un second souffle impératif pour éviter sa liquidation totale. Le résultat de la mission de sauvetage donnée à Gerlof Annemans sera connu après les élections régionales, législatives et européennes de 2014. Le parti historique de l'extrême droite flamande y jouera sa survie...

Simon HARYS

Avec Wim HAELSTERMAN de la rédaction flamande de RésistanceS.be

[Cet article est une version revue, réactualisée et allongée d'un portrait de Gerolf Annemans réalisé une première fois par Wim Haelsterman, publié dans le n°2, de janvier-février 1998, de l'édition papier du journal RésistanceS.be].

 



Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 11 janvier 2013.

 

 

 

 



© Photo Tractothèque

 

A lire sur ce même sujet sur RésistanceS.be :

  • ...

 

Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.

Pour être régulièrement informé sur l'extrême droite, le racisme, le sectarisme et l'intégrisme, retrouvez également le journal RésistanceS.be sur le réseau social Facebook
CLIQUEZ ICI

 


 

Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite. Pour la reprise de nos informations sur des sites Internet, veuillez faire un hyperlien vers notre site : www.resistances.be



Campagne « Extrême droite : ils se trompent de colère ! »

Depuis le mois d'août 2008, RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire de l'extrême droite, anime une campagne d'information pédagogique en direction des électeurs et des militants d'extrême droite !

Pour plus d'information et la soutenir CLIQUEZ ICI


Comité de soutien de l'asbl RésistanceS



Pour bénéficier de nos services :
que faire ?

Soutenez vous aussi RésistanceS.be !
Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs qui lui font des dons.
Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS.be !
Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant un don sur son compte bancaire :

n° 310-1618732-82
IBAN : BE25 3101 6187 3282

Avec en communication : « Don 2012 »

... et abonnez-vous gratuitement à sa Newsletter !
Vous souhaitez recevoir des informations sur l'Observatoire de l'extrême droite, le journal RésistanceS.be et les réactualisations de son site Internet :
=> Abonnez-vous (c'est en plus gratuit, mais cela n'empêche pas de faire un don : revoir ci-dessus) à sa Newsletter : CLIQUEZ ICI




Affiche de la campagne d'information 2009 de RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS.be 2011