RésistanceS.be 22-04-2010

En Allemagne et dans le Bloc soviétique


La récupération des «anciens» nazis par les services secrets occidentaux


Pour l’Histoire et le commun des mortels, la Seconde Guerre mondiale se termine en Europe le 8 mai 1945, avec la capitulation allemande. Mais peu de gens savent que certains fanatiques nazis vont poursuivre la lutte armée bien après. Dans les pays de l’Est, plusieurs groupes de «résistance» issus des armées du IIIe Reich vont mener des opérations de guérilla contre les autorités communistes. Avec l’aide des services secrets américains. Aujourd'hui, la réhabilitation de ces ex-combattants de la Guerre 40-45 se réalise, sous le silence (complice ?) des autorités politiques européennes. Voici l’histoire de ces «soldats perdus», des Werewolves et des anciens mercenaires de la dictature hitlérienne.


Dessin extrait du livre «SS Werewolf - The story of the nazi resistance movement» de Charles Whiting, et écusson des Werewolfs.


Été 1944, l’Allemagne est en train de perdre le conflit. Une poignée d'hitlériens décident alors de mener une «guerre totale», ce qui implique pour chaque allemand l’obligation de se battre jusqu’à la mort. Le chef des SS (l'élite du régime nazi), Himmler, décide de créer des groupes de combattants particulièrement fanatisés et entraînés : les Werewolves (Loups-garous), composés en partie de membres des Jeunesses hitlériennes. Leurs missions consistent à pénétrer derrière les lignes alliées afin d’y pratiquer le harcèlement et des opérations de guérilla : sabotages, assassinats, destructions d’installations militaires, des lignes de ravitaillement, des hôpitaux…

Ces hommes, sous le commandement du général SS Prützmann, vont aussi rapidement éliminer les «défaitistes» qui refusent de participer à des combats sans espoir. A titre d’exemple, ils assassineront le 24 mars 1945 le docteur Oppenhof, maire de la ville d’Aix-la-Chapelle, à la frontière belge, qui venait d’être mis en place par les Américains. Ils seront également actifs dans les derniers jours du Reich nazi, défendant les villes de Pyritz et de Berlin.

Une fois le conflit terminé, certains de ces commandos, malgré l’absence de commandement centralisé, vont poursuivre pendant quelques années la lutte armée.


Les loups-garous se développent à l'Est
Il existe à ce stade un certain flou sur l’ampleur de cette «résistance» nazie et sur le nombre de ses combattants. Certaines actions leurs ont été attribuées sans qu’il y ait de certitude. On peut citer notamment la destruction par explosion du bâtiment de la police du gouvernement militaire des Etats-Unis à Bremen, le 5 juin 1945, où quarante-quatre personnes trouvèrent la mort.

Dans leur petit ouvrage intitulé «Kriegspiel» (1), Arnot et Bocquet citent les actions de guérilla des «Edelweiss Piraten» (2) qui auraient également poursuivi diverses visées terroristes jusqu’en 1946.

De même, ces auteurs font état d’un autre groupe de Werewolves : les «Freies Deutschland». Cette organisation aurait compté jusqu’à 1400 membres et aurait été active en Poméranie et en Silésie jusqu’en 1947. Cependant, ces informations n’ont pu être confirmées par aucune autre étude historique complète.

Pour Perry Biddiscombe (3), seul auteur indiscutable ayant traité de manière rigoureuse du sujet, ces mouvements de «résistance» se poursuivirent effectivement jusqu’en 1947-1948 dans certaines zones de l’Allemagne, notamment avec les groupes «Werwolf Kommando Nuremberg» ou encore le «Freikorps Adolf Hitler».

Bien que ce type d’actions n’ait eu que peu incidence sur le déroulement de l’après-guerre en Allemagne, elles eurent un effet terrorisant sur une partie de la population allemande qui voulait tourner la page du nazisme. De surcroît, ces actions eurent des effets néfastes. Comme le rappelle Perry Biddiscombe : «Cette combinaison malveillante d’actions de guérilla et de surveillance a causé la mort de milliers de personnes, directement ou via la répression alliée et soviétique qu’elles provoquèrent. Les ravages aux propriétés infligés, en plus d’une économie centrale-européenne déjà dévastée, équivalent à des dizaines de millions de dollars. De plus, les politiques des occupants de l’Allemagne et ses voisins qui pourraient être considérées comme dures pour l’Allemagne, furent incitées par les Werewolves à devenir plus dures encore » (4).

Enfin, certains de ces «résistants» jouèrent un rôle important dans la reconstruction de l’extrême droite après la chute de la dictature hitlérienne. C'est le cas d'un certain Fred Borth. Membre de la Jeunesse hitlérienne, il commandera ensuite un groupe de Werewolves en Autriche, dans une forêt proche de Vienne. Après avoir été arrêté et avoir passé un certain temps derrière les barreaux, il deviendra dans les années 1950-60 un membre influent des milieux néonazis autrichiens. Perry Biddiscombe précise à son sujet : « …Servant aussi comme agent pour les services secrets italien et autrichien et comme probable organisateur d’un réseau ''Gladio'' de formations ''stay bhind'' destiné à soutenir l’Otan en cas de troisième guerre mondiale» (5).


Recyclage des nazis ukrainiens
S’il est évident que les Alliés ont combattu ces derniers nazis sans pitié en Allemagne même, il n’en fut pas de même pour des groupes similaires se trouvant dans des territoires nouvellement placés sous influence soviétique. La guerre froide venait de débuter et les services secrets américains commencèrent rapidement à «recycler» les anciens réseaux de renseignements nazis demeurés à l’Est, grâce notamment à l’organisation Gehlen (voir notre encadré ci-dessous). Ces réseaux furent baptisés «Stay behind». Autrement dit «rester derrière» et connu à travers le réseau Gladio, commandé directement par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan).

Ce recyclage s’inscrivait dans la vaste opération de lutte contre le communisme que les services secrets occidentaux ont commencé à mener, dans les derniers mois de la Deuxième Guerre mondiale. Sans les citer tous, on peut citer le cas de l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA) en Ukraine. Cette organisation combattante nationaliste et anticommuniste était une émanation de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) qui, sous la direction de Roman Choukhevitch et Stepan Bandera, va lutter tout d’abord contre l’envahisseur allemand avant de se retourner contre les soviétiques. Elle fut accusée de nombreux crimes de guerre, notamment contre les populations polonaise et juive d'Ukraine. Par nationalisme et anti-communisme viscéral, certains membres de l’UPA vont d’ailleurs se battre au sein de la division SS «galicienne». Dans cette dernière phase, l’UPA recevra l’aide des services secrets américains et surtout anglais. La personnalité de Bandera n’étant sans doute pas étrangère à cette collaboration.

«Si l’on considère que Stepan Bandera, le dirigeant des nationalistes ukrainiens, a travaillé avant la guerre pour le SIS (Spécial Intelligence Service, les services secrets anglais, ndlr), il n’est guère surprenant qu’en 1945, après la défaite des nazis, ont ait ramené le fils prodigue au bercail», soulignent Mark Aarons et John Loftus, auteurs du livre «Des nazis au Vatican» (6).

Ceci dit, au sein de l’OUN, l’organe politique d’où émane l’UPA, des scissions se sont également fait sentir. Comme le précisait le journaliste belge Jean-Marie Chauvier dans un article publié en 2007 dans Le Monde Diplomatique (7) : «Puis, c’est le radical Stepan Bandera qui fait dissidence en 1940 : son OUN-B forma deux bataillons de la Wehrmacht, Nachtgall et Roland, pour prendre part à l’agression menée par l’Allemagne et ses alliés contre l’URSS, le 22 juin 1941. Immédiatement après, déferle la vague des Pogroms (…). Le 30 juin 1941, l’OUN-B proclame un État ukrainien (…). Berlin refuse ce nouvel État, Bandera et Stetsko sont internés (…). Roman Choukhevitch, ex-chef du bataillon Nachtgall et du Schutzmannschaftbataillon 201 (Polizei), prend la tête, fin 42, de l’UPA» (sur les nationalistes nazis ukrainiens, lire les articles de RésistanceS.be référés dans le haut de la colonne de droite de cet article).


Le portrait du nazi ukrainien Stepan Bandera brandi lors d'une manifestation nationaliste organisée à Kiev en 2005 © Photo News Kiev Ukraine Info



Le pouvoir «orange» réhabilite les ex-nazis
De son côté, le général allemand nazi Gehlen fournira également, via son organisation d’anciens espions toujours actifs derrière le rideau de fer, une aide aux combattants nationalistes ukrainiens.

Un phénomène semblable a pu être observé en Lettonie. En 1940-45, toujours par anticommunisme, des milliers de Lettons combattirent aux côtés des forces de l’Axe contre l'Armée rouge. La Waffen SS, l'armée de l'élite du nazisme, composée de troupes allemandes et étrangères (françaises, belges, hollandais, croates...), forte de plus 900.000 combattants, comptait environ 150.000 lettons…

On voit également que récemment en Ukraine, l'ancien pouvoir politique «orange» avait lancé une vaste opération de réhabilitation de ces combattants nationalistes, une manière d’affirmer son indépendance vis-à-vis de Moscou. Ainsi Mathilde Goanec, dans le quotidien français Libération, écrivait : «Tant pis si le panache de ces résistants à l’occupation soviétique est entaché par leur collaboration de circonstance avec l’Allemagne nazie et leur possible participation à la Shoah. Le sort des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale dérange dans le grand chantier d’une construction d’une histoire nationale en Ukraine» (8) et dans le reste des pays de l'Europe de l'Est où les «collabos» des nazis furent aussi nombreux.

Laurent D’Altoe
Responsable de la rubrique Histoire de RésistanceS.be



LES NAZIS D’HIER, TOUJOURS UN EXEMPLE POUR L'EXTREME DROITE
La «résistance antisoviétique et anticommuniste en Europe de l'Est» passionne toujours de nos jours l'extrême droite, comme le montre ci-dessus la reproduction de la promotion pour un livre sur ce sujet écrit par un de ses thuriféraires Alberto Rosselli, aux éditions négationnistes françaises Akribeia. Cette promotion est parue le 25 septembre 2009 dans Rivarol, hebdomadaire parisien soutenant le Front national de Le Pen et lié en Belgique au mouvement Nation, au FN de Patrick Cocriamont, au Bulletin célinien et à l'association Belgique & Chrétienté - Doc. Archives RésistanceS.be

 

Portrait

Un nazi à la base
des services
secrets allemands pro-USA


Après la guerre, les Alliés ont «recyclé» de nombreux officiers et responsables nazis, ainsi que beaucoup de leurs collaborateurs européens, dans le but de les faire participer à la nouvelle guerre qui venait de débuter, la guerre froide. Ce fut le cas de Reinhard Gehlen, le roi des coups tordus.


Officier supérieur nazi, Reinhard Gehlen (1902-1979) fut le chef du renseignement de l’état major allemand, entre 1942 à 1945, contre les Soviétiques. Après la capitulation du régime hitlérien, il sera recruté par l’OSS, l'ancêtre de la CIA, les services de renseignements civils des États-Unis, à Berlin, pour réactiver son réseau de renseignement à l’Est.

Pour ce faire, il crée en 1946 l’«organisation Gehlen» qui va tout d’abord recycler 350 agents, dont beaucoup d’anciens nazis. Ces hommes sont les plus proches du général. Son organisation comptera, au début des années 1950, jusqu'à 4000 spécialistes de l’espionnage en Allemagne et à peu près le même nombre d’agents cachés opérant dans l’ensemble du bloc de l’Est. A ce titre, il soutiendra les insurrections en zone communiste, comme en Ukraine, et aidera les services secrets occidentaux à obtenir des renseignements sur la puissance militaire de l’URSS.

En 1956, son organisation est à la base de la création des Bundesnachrichtendienst (BND), les services de renseignements fédéraux ouest-allemands. L'ex-général nazi restera le directeur des BND jusqu’en 1968.

Mais cet être retors va également jouer des tours à ses nouveaux alliés. Il est aujourd’hui avéré que Reinhard Gehlen a souvent fourni des renseignements exagérés, voire falsifiés aux Américains. Son but étant de justifier son rôle incontournable et de faire augmenter les budgets de ses services. Tel est pris qui croyait prendre…

Laurent D’Altoe
Responsable de la rubrique Histoire de RésistanceS.be

 

Notes de l'article principal de cette page :

(1) Arno et Bocquet : «Kriegspiel», Alpen Publishers, 1988. Le problème avec cet ouvrage, c’est qu’il mélange réalité historique et certains éléments fictionnels. C’est cependant un des premiers à avoir abordé ce sujet.
(2) Notons que ce nom était initialement celui d’une organisation allemande anti-nazie.
(3) Perry Biddiscombe : «The last Nazis. SS Werewolf guerilla resistance in Europe 1944-1947», Tempus Publising Ltd., 2000.
(4) Perry Biddiscombe, ibidem, p.9.
(5) Perry Biddiscombe, ibidem, p.137.
(6) Mark Aarons et John Loftus : «Des nazis au Vatican», Éditions Olivier Orban, 1992, p. 233.
(7) Jean-Marie Chauvier: «L’OUN, l’Allemagne nazie et le génocide», in Le Monde Diplomatique, août 2007.
(8) Mathilde Goanec : «Les traces enfouies de la Shoah par balles», article publié dans le quotidien français Libération, le 8 janvier 2010.


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 22 avril 2010


Couverture de l'hebdomadaire français Le Nouvel Observateur, du 11 juillet 2002, consacré à un des sujets tabous de la Seconde Guerre mondiale – Doc.: Archive RésistanceS.be


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