RésistanceS 27-12-2007

Portrait du British national party

Groupusculaire, ascension et déclin


Au début des années 1970, l'extrême droite au Royaume-Uni était bien plus importante que celle active en France et en Belgique au même moment.
Incarnée à l'époque par le National front (NF), le poids des néofascistes d'outre-Manche était réel puisqu'en 1977, le NF va devenir le quatrième parti anglais, voire dans certaines région le troisième parti ! Face à cette situation, la mobilisation des organisations antifascistes va se généraliser.

Présents partout où le NF et les autres organisations d'extrême droite se manifestent, les antifascistes occupent le terrain et mobilisent des milliers de personnes pour s'opposer au néofascisme. L'action des antifascistes anglais portera des coups décisifs à la consolidation du NF dans le paysage politique. L'arrivée au pouvoir des conservateurs, en 1979, conduits par Margarete Thatcher, alias la « Dame de fer », va sur le plan électoral provoquer un reflux important du National front.

Ses thèmes favoris furent systématiquement rackettés par la droite thatchérienne. Ayant séduit une partie de l'électorat populaire, Margarete Thatcher va couper l'herbe sous les pieds du Front national anglais. Ce qui provoquera son déclin et l'implosion de l'extrême droite locale. Le NF se scindera en quatre fractions différentes et concurrentes.


Combat pour Adolf Hitler
En 1982, John Tyndall, le vieux leader du NF, met en place une nouvelle formation, le British national party (BNP, parti national britannique). Rassemblant également des militants issus d'autres formations extrémistes de droite, de 1982 à 2003, le BNP reste au niveau électoral un « micro-parti ». Mais, se développe de manière professionnelle au niveau organisationnel. Le BNP bénéficie en effet d'une structure militante très bien huilée. Le parti se subdivise en une multitude de micro-organisations chargées de populariser tous azimuts ses thèses : auprès des personnes du troisième âge, des étudiants, des ouvriers, des professions libérales, des agriculteurs, des femmes...

Sur le plan doctrinal, si le BNP tente de se présenter sous les attraits d'un parti nationaliste respectable, ses racines idéologiques avec le néonazisme sont toujours bien visibles. Au sein de son ancien service de sécurité, une organisation terroriste est apparue, Combat 18... 18 ? Le « 1 » pour la première lettre de l'alphabet et le « 8 » pour la huitième, soit « AH »... les initiales d'Adolf Hitler ! La publication mensuelle antifasciste « Searchlight » révèle régulièrement les liens maintenus du BNP avec des néonazis, qui agissent aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de ses propres rangs.

 


Le BNP évoque dans son journal, de décembre 2007, une « révolution tranquille » pour faire face à sa crise interne...

Ascension électorale et liens étrangers
Malgré sa hiérarchisation disciplinée et son organisation politico-militaire, tout au long de son existence, le BNP sera fragilisé en interne par d'innombrables crises et complots internes. Un de ceux-ci avait permis, il y a quelques années, à son actuel président, Nick Griffin, de prendre le pouvoir au BNP. Pouvoir que détenait sans partage, depuis 1982, John Tyndall.

Lors des dernières élections européennes, en 2004, le BNP va sortir de sa traversé du désert : il va réunir plus de 808.200 en sa faveur, soit 4,7 % de l'électorat anglais. Le parti d'extrême droite connaitra alors une véritable ascension électorale. Poussée qui se confirmera en mai 2006, aux élections communales : le British national party y récolte une bonne vingtaine de sièges de conseillers municipaux. L'implantation locale du BNP est bel et bien réelle. Et annonce son renforcement sur l'échiquier politique. Il pourra prétendre au titre de « grand parti d'extrême droite » d'Europe, comme le sont alors le Front national français et le Vlaams Belang flamand.

En France, le BNP a des relations fraternelles avec le FN de Jean-Marie Le Pen (ce dernier est un véritable modèle pour Nick Griffin). En Belgique, le BNP est un exemple à suivre pour les « identitaires » du mouvement Nation (fondé en 1999 par des dissidents du Front nouveau de Belgique et du Front national belge). Après les élections communales de 2003 et le premier petit succès qu'enregistra le BNP, Nation diffusa un communiqué de presse affirmant ceci :

« Le mouvement Nation, qui entretient de bons contacts avec le BNP, salue cette victoire qui démontre que l’on peut avoir une ligne radicale et néanmoins avoir la crédibilité suffisante pour avoir un succès électoral. »

Le 21 avril dernier, un dirigeant de Nation devait participer à un rassemblement européen au Portugal avec le BNP anglais et d'autres formations néofascistes, comme le Parti national rénovateur portugais, le NPD allemand, le MSI-FT italien... Ce meeting fut pour finir interdit. Quatre mois auparavant, l'anglais Nick Griffin était en Belgique. Il participait, le 2 décembre 2006, à un « congrès international » tenu dans la commune de Lebbeke (près de la ville de Dendermonde, en Région flamande). Son organisateur: l'association Euro-Rus, dirigée par un ancien dirigeant de plusieurs partis nationalistes de Belgique (le Vlaams Blok, le Front national, le Front nouveau de Belgique, la Liga nationaal...) aujourd'hui actif au sein de la Nieuw-Solidaristisch alternatief (N-SA), une organisation unitaire rassemblant plusieurs groupes radicaux flamands (comme Euro-Rus, les Jongeren aktief, les Vlaams jongeren Westland et Noordland) et lié au mouvement francophone Nation.

Au « congrès » de Lebbeke, le chef du BNP pris la parole en présence d'autres orateurs : les français Yann Ber Tillenon (président de l'association nationaliste païenne bretonne Kêrvreizh) et Guillaume Faye (ex-cadre du Grece – un cercle de réflexion nationaliste qui donna naissance à la Nouvelle Droite – et actuel théoricien de la « guerre raciale », notamment pour le compte de l'association racialiste Terre & Peuple), le belge Robert Steuckers (ex-cadre du Grece, dirigeant du réseau Synergies européennes et proche de la mouvance radicale pro-Vlaams Blok/Belang), l'américain David Duke (leader de la droite extrême aux Etats-Unis, ex-chef du KKK)... ainsi que d'autres leaders belges, hollandais, russes... de la « Grande Europe blanche ».

La présence du BNP à de tels rassemblements confirme sa participation aux diverses tentatives de structurer la droite extrême au niveau européen. Dans le passé, le British national party aurait aussi eu des liens avec le Nouvel ordre européen (Noe), un réseau international néonazi, auquel appartenait, entre autres, l'ex-SS wallon Léon Degrelle...

Manuel Abramowicz

© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 27 décembre 2007

 

 

 

 


Visuel antifasciste contre le British national party


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Section « Anglaise » de RésistanceS
La revue de l'Observatoire belge de l'extrême droite publie aussi certains de ses articles en langue anglaise. Vous pouvez les consulter en cliquant ici


Stop the BNP !
Pour en savoir plus sur le British national party, son histoire, son programme et le conflit interne qui le secoue actuellement, RésistanceS vous invite à vous rendre sur le site « Stop the BNP » (en anglais), réalisé par le réseau antifasciste «Searchlight».