RésistanceS.be 9-02-2011

(revu et actualisé, première publication : 10 décembre 2010)


Focus sur un hymne populo-xénophobe d'extrême droite


Un «tube» raciste des années 80 toujours en ligne sur Internet


En décembre dernier, le quotidien bruxellois «La Capitale»
publiait un article à propos d'une chanson raciste diffusée sur Internet, mais datant de l'ère du tourne-disque. RésistanceS.be a retrouvé son auteur. Il s'agit d'un activiste d'extrême droite qui passa allègrement de l'UND au Vlaams Blok (aujourd'hui Belang), en s'arrêtant au Front national. Ni YouTube ni les organismes antiracistes n'ont encore réagi pour que cesse la diffusion sur le Net du clip vidéo de cet hymne anti-musulman et raciste.

 

Chansonraciste sur Youtube

La chanson raciste, de 1985, a été récemment mise en ligne sur YouT ube – Image RésistanceS.be



L e 6 décembre dernier le journal «La Capitale» (groupe Sud presse) publiait, en Une et sur une page entière,  des informations sur la diffusion Internet d'un clip  raciste «made in Belgium» : c ette «chanson raciste, instrumentalisant le folklore bruxellois, fait le buzz sur internet. Écrite à l’origine pour les élections 1985, elle ressort sur YouTube. Des militants proches de l’extrême droite semblent être à la base de cette résurrection inattendue», écri t «La Capitale».


Invasion de la Belgique, fanatisme religieux
Elle a pour titre «''Touche pas à mon Belge!'', un détournement du slogan ''Touche pas à mon pote'' de SOS Racisme», mouvement antiraciste créé en 1984, soit un an avant la sortie de cet hymne populo-xénophobe. Le quotidien poursuit  ainsi: «les paroles de cet air reprenaient déjà tous les thèmes anti-musulmans utilisés par les partis populistes européens actuels: invasion de la Belgique par les musulmans, polygamie, fanatisme religieux, vol de l’emploi par les immigrés et détournement des aides sociales». Il précise encore, au sujet de son apparition  le 30 novembre dernier sur le site de partage de vidéos You Tube que:  «cette chanson oubliée pendant des années a refait surface sur internet par le biais d’un site de partage russe Rutube, le 9 avril 2010. Elle a d’abord été postée par des personnes appartenant au blog français d’extrême droite www.fdesouche.com». Ce blog,  d'orientation «nationaliste et identitaire» est apparu sur la toile en 2005.

Selon «La Capitale» les personnes qui ont mis en ligne et réalisé (de façon très amateur) le clip de cette chanson pourraient  «être d’origine flamande», puisque le montage audiovisuel «commence par cette phrase en néerlandais ''Dat is wel degelijk in Brussel'', soit en français dans le texte ''C’est en effet ça Bruxelles''.

 

Autocollants de l'UND des années 80

Autocollants et tracts de l'Union pour une nouvelle démocratie (UND), une minuscule formation d'extrême droite belge des années 1980, dont la chanson «Touche pas à mon Belge!» est devenu l'hymne. Le nom de son auteur se trouve sur le tract de l'UND (à droite)  © Doc. Archives RésistanceS.be


L'auteur de cette chanson
Quant à l'auteur de «Touche pas à mon Belge!», RésistanceS.be a retrouvé sa trace. Proche du milieu folklorique de la scène musicale bruxelloise, il s'agit d'un certain Désiré Deldicque, alias «Micky Day» ou encore «Micky Deldicque». Né en 1929, il fréquente très vite le milieu du show-business de la capitale. Micky Deldicque dirige des orchestres, comme celui des Caravelles dans les années soixante.

D ès le début des années quatre-vingt, il est lié à la mouvance raciste bruxelloise qui gravite dans l'ombre de feu Roger Nols, alors bourgmestre populiste de Schaerbeek. Ce dernier, rappelons-le, passa du Front démocratique des francophones (FDF) au Parti réformateur libéral (PRL ) pour terminer au Front national. Deldicque, quant à lui, milite en particulier au sein de l'Union pour une nouvelle démocratie (UND), petit parti politique belge partisan de Jean-Marie Le Pen . Selon des documents de l'UND en possession de RésistanceS.be, le chansonnier bruxellois serait même le responsable de ce parti dans la commune de Saint-Gilles. En 1985, pour les élactions législatives il va figurer en deuxième place sur l a liste déposée pour le Sénat . Le slogan électoral de l'UND est des plus explicite : «Face à l'insécurité et l'immigration abusive».

C'est donc à cette même époque que Désiré Deldicque interprète la chanson raciste en question. Produite sur un 45 tour, elle sera distribuée, dans une pochette ornée du logo de l'UND, dans plusieurs cafés populaires de Molenbeek, de Schaerbeek, du quartier des Marolles... Et «tournera régulièrement à fond», selon un témoin de l'époque, dans leur jukebox.


De l'UND au FN, puis au Vlaams Blok
Après la disparition de l'UND, Désiré Deldicque rejoint le Front national (FN) de Daniel Féret, ancien responsable de l'éphémère Union pour une nouvelle démocratie. Le chanteur folklorique ambitionne de conduire la liste schaerbeekoise du FN lors des élections communales de 1994. Peine perdue . Vers 1996, s uite à des conflits internes, il adhère  avec plusieurs autres frontistes, au Vlaams Blok (VB), actuel Vlaams Belang. Dans «Vérités bruxelloises», le mensuel des francophones du VB, il se  charge d'une rubrique mensuelle : «Chronique d'Absurdie».

Aux élections communales de 2000, l'ex-frontiste nationaliste belge se retrouve premier suppléant sur la liste déposée à Schaerbeek par le parti d'extrême droite flamand. Elle est conduite par Johan Demol, ex-commissaire francophone de cette commune bruxelloise rallié à l'extrême droite  après son exclusion de la police ( suite, précisément, à des révélations sur son passé politique débuté à l'extrême droite). En 2006, suite à la démission d'un élu du VB, Désiré Deldicque est désigné conseiller communal pour les derniers mois de la législature.

 

Auteur de la chanson raciste

L'auteur de la chanson populo-xénophobe écrira ensuite dans le journal francophone du Vlaams Belang, puis dans celui du Front national, comme en attestent les deux documents ci-dessus © Doc. Archives RésistanceS.be

 

Retour au FN «canal historique»
En 2004, avec d'autres francophones du Vlaams Blok en rupture avec Johan Demol, il repasse au Front national. Aux élections régionales de 2004, Désiré Deldicque figure en quinzième place sur la liste bruxelloise du FN. Il mettra aussi sa plume au service du journal du Front, «Le National».

Aujourd’hui i l entretient toujours des contacts «amicaux» avec certains leaders d'extrême droite, notamment avec Emanuele Licari di Castel Mola, ancien dirigeant du Front national des jeunes (FNJ) qui aujourd'hui, après un bref passage au mouvement néofasciste Nation, est revenu dans les rangs du FN «canal historique».

Ce parcours politique bien marqué à la droite de la droite populiste et raciste nous éclaire sur les motivations de l'auteur de cette chanson de 1985, anti-musulmane et aux relents clairement racistes. Sa réapparition l’an dernier sur le net évoquée par le quotidien «La Capitale», n’a suscité, à l'exception de cet article de RésistanceS.be, aucune réaction ou initiative pour qu'elle disparaisse du Net. Ni chez Youtube - qui maintient en ligne, à cette date encore, le clip de cette chanson raciste - ni chez les associations ou organismes antiracistes...

Manuel Abramowicz

 

Article La Capitale

L'article du 6 décembre dernier du journal «La Capitale» au sujet de cet hymne populo-xénophobe. Avec en bonus, une interview de l'auteur de l'article ci-dessus © La Capitale

 

 


Note de la rédaction
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© RésistanceS.be, web-média de l'Observatoire belge de l'extrême droite (www.resistances.be – info@resistances.be), Bruxelles, 9 février 2011 (revu et actualisé, première publication : 10 décembre 2010).

Chanson raciste sur Youtube

A la date du 9 février 2011, YouTube diffuse encore une chanson raciste !


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