RésistanceS 1999

Un héritier de Degrelle au Blok

degredeb.jpg (61500 bytes)Cheville ouvrière du néorexisme, Jean-Robert Debbaudt (à gauche sur la photo), un personnage aux multiples facettes, est, depuis plus de 50 ans, une figure emblématique de l’extrême droite belge. Ami intime de Léon Degrelle (à droite sur la photo), son nom est associé à maintes tentatives de refondation d’un mouvement néofasciste tant sur le plan national qu’européen. Depuis le début des années 90, cet actif pensionné francophone a rejoint les rangs du Vlaams Blok. Comme Johan Demol…

Frayant depuis de longues années dans les eaux troubles de l’antisémitisme, du négationnisme et du néonazisme à l’échelle internationale, Jean-Robert Debbaudt affectionne aujourd’hui l’image d’un paisible retraité francophone. Loin du portrait rassurant qu’il tente de forger face aux caméras de la VRT, à l’occasion du Congrès bruxellois du Vlaams Blok, ou lorsqu’il est interviewé par le magazine du parti, Debbaudt incarne le lien permanent entre l’extrême droite actuelle et un passé aux relents pour le moins nauséabonds.

Une vocation fasciste qui commença très tôt...
Capturé sur le Front de l’Est, alors qu’il n’a que 17 ans, Jean-Robert Debbaudt est jugé, en 1946, mais est acquitté en raison de son âge. Dès 1950, le jeune Debbaudt fonde un « Mouvement pour le retour de Léon Degrelle » (sic). Il multiplie également les contacts avec divers groupements d’anciens Waffen SS et obtient même du gouvernement allemand que les invalides belges de Russie bénéficient des mêmes droits à la pension que leurs compagnons allemands (1).

Un an plus tard, il prend part à la renaissance du fascisme en Europe par le biais du Mouvement social européen (MSE), dont il dirige la section belge : le Mouvement social belge (MSB). Très vite Debbaudt rejoint le Nouvel ordre européen (NOE), une dissidence antisémite et néonazie du MSE. Le NOE est dirigé par l’écrivain français Maurice Bardèche, beau-frère du collabo Robert Brasillach et kamarade d’un certain Karel Dillen (le futur fondateur du Vlaams Blok). L’officine belge du Nouvel ordre européen, le MSB, survit et dépose même une liste électorale aux élections législatives de 1954.

Debbaudt et l’internationale nazi
En 1957, Debbaudt lance le Peuple Réel, un fac-similé du Pays réel édité avant-guerre par le parti Rex. Cette publication deviendra sous le titre de L’Europe Réelle, l’organe officiel du NOE. Ceci jusqu’au début des années 70, quand Debbaudt quitte ce réseau clandestin international. La revue de Debbaudt exercera une très importante influence dans les milieux néonazis à travers l’Europe entière avec pour constante un antisémitisme absolu, illustré par la publication dans ses colonnes du célèbre faux "les Protocoles des Sages de Sion".

En 1962, on retrouve Debbaudt parmi les participants d’un camp international organisé par la WUNS, l’Union mondiale des nationaux-socialistes (2). Quelques années plus tard, il devient l’animateur de l’antenne belge du « groupe Paladin », un réseau international de recrutement de mercenaires qui apporte un soutien logistique au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), organisation dissidente de l’OLP qui mène des actions terroristes (3). Très présent sur la scène néonazie internationale, Debbaudt fourmille également de projets pour la Belgique.

Rex tombe le masque
À partir de 1966, il tente par le biais du Front fédéral fasciste (FFF) et de diverses publications de rassembler les néo-fascistes belges et de coordonner leur lutte (4). Sans grand succès.

Loin de se décourager, Debbaudt cherche alors à encourager les « vocations » en ressuscitant Rex par la fondation, en 1971, du Mouvement rexiste. La référence explicite au rexisme permet au parti d’étoffer quelque peu sa base militante. Celle-ci, à travers l’Ordre de Saint-André, affectionne en particulier les rassemblements néofascistes, où elle peut parader en bottes noires et uniformes vert-de-gris en brandissant des étendards marqués de la croix de Bourgogne.

Au grand désappointement du leader qui exclut rapidement cette frange folklorique de son mouvement. Plus fondamentalement, ce sont les rivalités entre Jean-Robert Debbaudt et Émile Robbe qui précipitent, vers 1973-1974, l’éclatement du néorexisme en deux fractions : l’Action rexiste dirigée par Debbaudt et Rex national mené par Robbe (ce dernier sera, dans les années 80, l’idéologue du VMO-Bruxelles et ensuite celui du groupe l’Assaut).

En mars 1977, le parti néorexiste de l’ex-SS Debbaudt change à nouveau d’appellation pour devenir le Front nationaliste populaire (FNP). Ce front rassemblera de jeunes militants qui proviennent pour la plupart du GRECE-Belgique et du Front de la jeunesse (5). Parmi eux : le futur traducteur Robert Steuckers et le futur neuropsychiatre Eric Wilmart.

La même année, le FNP — dont l’emblème est la croix celtique et le slogan invite à chasser les pourris, les vendus, les ploutocrates et les banksters — récolte 0,2 % des suffrages lors des élections législatives.

La filiation avec Rex dépasse la stratégie purement électoraliste. En effet, depuis les années 50, le « fils spirituel » de Léon Degrelle se rend très fréquemment en Espagne pour rencontrer son maître. En 1975, c’est d’ailleurs lui qui assure l’édition du livre de Degrelle "Lettres à mon Cardinal" ainsi que la publication, en 1979, d’une fracassante et négationniste "Lettre au Pape à propos d’Auschwitz".

Plus discret au cours des années 80, suite sans doute à sa condamnation, en 1981, pour incitation à la débauche de mineurs et tenue d’une maison de débauche (6), Debbaudt milite aujourd’hui dans les rangs du parti « de la vertu et du retour de la morale ».

Denis Grégoire

Notes :

(1) "Rex", Didier Pirlot, éditions Phigi, Bruxelles, 1978, p. 75.
(2) "Dossier Néonazisme", Patrice Chairoff, éditions Ramsay, 1977, p. 446.
(3) "Le Croissant et la croix gammée — Les secrets de l’allaince entre l’Islam et le nazisme de Hitler à nos jours", Roger Faligot et Remi Kauffer, éditions Albin Michel, 1990, p. 231.
(4) Il s’agit des revues "Fanion", "Fascisme", "Faisceau" et "Peuple et Nation".
(5) Sur le GRECE-Belgique : revoir "RésistanceS" numéro 5, p. 6-7.
(6) Debbaudt loua à un individu accompagné d’une fillette de 13 ans une chambre de l’hôtel de passe où il travaillait dans le quartier Nord de Bruxelles. Cf. "Les Brigades noires — L’extrême droite en France et en Belgique francophones de 1944à nos jours", Serge Dumont, éditions EPO, p. 210.

ATTENTION : PAS DIFFUSE SUR NOTRE WEB SITE :
L’encadré sur le Front nationaliste populaire (FNP)

 



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