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Demol(i) en six questions

Johan Demol est le nouveau cheval de Troie du Vlaams Blok. Cet ancien "serviteur de l’Etat" (unitaire et monarchiste, détesté royalement par le parti d’extrême droite flamingant), est devenu une vedette. Il se prend pour une star politique. Hier, homme d’un noyau idéologique du SP, Demol est aujourd’hui un hameçon politicard dans les mains des blokkers anti-Belges. Voici 6 questions pour mieux comprendre ce personnage et son "système".

 

1. Quels sont les liens entre Johan Demol et l’extrême droite ?

A la fin des années 70, Demol est membre du Front de la Jeunesse, une milice privée, unitariste, royaliste et raciste. A cette même époque, Demol exerce sa fonction de gendarme auprès de l’Escadron Spécial d’Intervention (ESI).

Cette sympathie fasciste, que Demol aimera mettre plus tard sur le compte d’un péché de jeunesse, ne pourra plus être camouflée lors de son passage fort médiatisé au Vlaams Blok, le 24 février 1998. C’est donc un mois à peine après son éviction en tant que commissaire en chef de la police de Schaerbeek, qu’il est accueilli à bras ouverts par le seul parti politique qui le soutient (encore) : le Vlaams Blok.

Rappelons que plusieurs militants qui avaient côtoyé Demol au FJ seront impliqués dans différents faits divers de type politique : en décembre 1980, un immigré est assassiné dans un café de Laeken par trois membres du Front de la Jeunesse, aucun de ceux-ci était inconnu pour Demol. En juin 1981, des membres de cette milice privée ainsi que d’anciens gendarmes sont impliqués dans l’incendie de Pour, l’hebdomadaire de gauche. L’un des pyromanes n’est autre que Michel Van Hove, ancien gendarme de l’ESI auquel appartenait Johan Demol.

D’autres méfaits perpétrés par l’extrême droite s’enchaînent : attentat à la bombe sur un véhicule de la BSR, agression violente du colonel Vernaillen, vol d’armes spectaculaire à l’ESI (sans violence cette fois mais aussi sans la moindre trace). Les événements atteignent rapidement la vitesse du tourbillon et le point culminant est constitué par les attentats des tueurs du Brabant wallon. C’est donc au début des années 90 que Demol entre en scène à Schaerbeek, dans une Belgique en état de choc et où l’opinion publique est dans la confusion la plus totale. Schaerbeek où Roger Nols, un modèle pour Demol, est la cheville ouvrière d’un racisme organisé, d’abord contre les Flamands, ensuite contre les "immigrés".

2. Demol a-t-il été un policier exemplaire ?

Il est vrai que le corps d’élite de policiers formé par Demol, et qui ressemble plus à un mini ESI, a apporté des résultats immédiats et impressionnants à Schaerbeek en matière de répression de la criminalité, de trafic de drogue, d’insécurité… Cependant, à long terme, il n’en restera qu’une politique répressive et paramilitaire, car seuls les faits sont attaqués et non les causes. De plus, la "méthode Demol" ne pouvait enregistrer des résultats que si tous les services de police l’utilisaient, ce qui n’était pas le cas. Sans oublier que sa méthode a été l’objet de différentes enquêtes au sujet de techniques policières qui auraient été illégales !

Citons ici, entre autres, la collaboration avec le garage Dierickx : pour ses actions spectaculaires, Demol avait besoin de nombreux véhicules rapides et non reconnaissables. Il n’avait pas de budget à consacrer à cela, et la commune non plus, car il s’agissait d’un système illégal. Il pouvait donc disposer auprès de ce garage de voitures toute prêtes.

Pour ses actions musclées, il lui fallait aussi de l’argent, beaucoup d’argent. Au parquet, on s’étonnait que, malgré le nombre important d’arrestations de trafiquants de drogue et de saisies de stupéfiants, seules d’infimes quantités d’argent et de drogue parvenaient au greffe. Les stupéfiants auraient été en outre nécessaires afin de rétribuer les services des informateurs toxicomanes…

Demol rêvait d’une lutte antiterroriste sur ses terrains schaerbeekois. Il envoya donc quelques-unes de ses recrues aux Etats Unis, sous la direction du violent instructeur en arts martiaux Toussaint, afin qu’elles y suivent un entraînement spécial de guérilla urbaine. Des sommes énormes furent à nouveau consacrées à ses troupes afin de mieux livrer la guerre dans les rues de Schaerbeek.

Depuis qu’il est entré à 18 ans à la gendarmerie, Demol était possédé par l’utopie du grand nettoyage. Dehors, la "racaille" court et fait son trou et l’élite parmi les élites va détruire cette "racaille". Telle était déjà l’idéologie du FJ que l’on retrouve dans celle du Vlaams Blok actuel.

3. Demol a-t-il rétabli la sécurité à Schaerbeek ?

C’est ce qu’il aurait aimé prouver en autorisant VTM, une télévision néerlandophone privée, à filmer ses exploits dans les rues en ruine de Schaerbeek. La réalité est tout autre : les pratiques musclées du corps de police de Demol dans les milieux schaerbeekois de la drogue principalement, ont fait en sorte que les dealers abandonnent leurs terrains d’opération pour d’autres communes. Le problème de l’insécurité n’a donc pas été résolu mais tout simplement déplacé sous les regards ahuris, mais satisfaits, de la population locale qui se croyait protégée par le super-flic incorruptible et sa troupe de choc. Toutefois, en mai 1996 avec son "opération Muleta", Demol fera réfléchir l’opinion publique, lui étant favorable jusqu’à présent, quant à ses techniques policières.

Selon Demol, l’opération était destinée à rassurer la population : 70 agents et officiers armés jusqu’aux dents effectuent à tour de bras des contrôles d’identité provocateurs et embarquent 49 "suspects" pour vérification au poste. Suspects parmi lesquels des enfants de 12 ans qui passeront la nuit dans la salle d’attente du commissariat attachés aux radiateurs par des menottes. Telle est la politique sécurisante et sécuritaire de Demol.

Notons au passage que pour Demol il faut rejeter en bloc le travail social de quartier. Aussi avait-il décidé de fermer les antennes de police locales et d’évincer les agents plus âgés…

Pour en revenir au cheval de bataille de Demol, la drogue, des chercheurs ont démontré que des policiers se laissent acheter par des trafiquants de drogue mais il y a également des policiers qui se transforment en revendeurs de stupéfiants. Cela sape la confiance de la population. Plus il est intervenu activement contre la drogue, plus leur prix ont grimpé, de sorte que les toxicomanes ont dû commettre de plus en plus de méfaits pour se procurer leurs doses. Après chaque "action spéciale" de Demol et ses acolytes, les prix à la revente grimpaient, ce qui fait que la petite criminalité augmentait elle aussi et rendait les quartiers encore moins sûrs.

4. Demol est-il un leader charismatique ?

En apparence, nous pourrions penser que oui. Son attitude calme face aux médias, son langage posé, son physique costaud et rassurant (surtout sous son uniforme), en ont fait auprès de l’opinion publique "un flic intègre qui voulait rendre sa commune plus sûre".

Mais si nous grattons ce vernis politiquement correct, nous nous apercevons bien vite que Demol exploite uniquement et inlassablement le seul sujet qu’il connaît : l’insécurité. Insécurité pour laquelle il n’apporte aucune solution concrète mise à part une répression haineuse par la violence.

Les policiers travaillant sous la direction de Demol lui ont toujours voué une admiration et un soutien sans faille. Aujourd’hui cependant, les langues se délient : des anciens collaborateurs de Demol dénoncent les pratiques peu légales de l’ex-commissaire en chef. Le suicide d’un policier, à l’époque sous les ordres de Demol, n’est pas à négliger non plus : cet homme ne savait plus comment sortir de ce guêpier malsain dans lequel il était censé servir le Royaume de Belgique !

Demol s’est toujours entouré de personnes provenant de milieux proches de l’extrême droite, que ce soit lors de son appartenance au FJ, tout au long de sa carrière professionnelle ou plus récemment lors de son passage au Vlaams Blok. Sous ses apparences d’incorruptible se cache un partisan de l’ordre (nouveau) qui veut appliquer désormais des solutions fascistes aux problèmes de la société.

5. Demol est-il utilisé par le Vlaams Blok ou est-ce l’inverse ?

Le VB se cherchait, pour Bruxelles, une tête de liste qui soit à la fois francophone et charismatique. Il fallait quelqu’un qui exerce une fonction exemplaire dans l’approche musclée de la criminalité. Quelqu’un qui chaque fois puisse amalgamer les quatre concepts de drogues, immigrés, criminalité et insécurité, pour mieux les jeter ensuite à la face des médias et de l’opinion publique. Demol était donc l’instrument de marketing idéal pour le VB. Quant à lui, il a adhéré au VB afin de l’utiliser comme tremplin pour se venger de ceux qui ont été ces protecteurs pendant de longues années (Francis Duriau, bourgmestre de Schaerbeek, Johan Vande Lanotte, Louis Tobback, etc.).

Après son renvoi de la police de Schaerbeek, il restait deux partis politiques s’offrant à lui : le Front national et le Vlaams Blok. Demol comprendra bien vite que le FN de Féret ne représentait déjà plus grand-chose. Il en était tout autrement du VB. C’est au sein de celui-ci qu’il compte chasser du pouvoir les corrompus et les incompétents qui dirigent ce pays depuis des décennies.

Demol est donc à ce jour la locomotive de la liste électorale du VB à Bruxelles, mais il est également incorporé et payé au Blok comme collaborateur universitaire (il est licencié en droit).

Cependant, il est fort à parier que demain, il se peut que Demol décide de quitter le VB. Et vole de ses propres ailes vers la maison communale de Schaerbeek en vue des élections communales de 2000 ? C’est fort possible. A suivre donc avec intérêt.

 

6. Demol fait-il l’unanimité au sein du Blok ?

Plusieurs dirigeants du VB mettent en doute Johan Demol. Ils lui reprochent son côté opportuniste. Son combat personnel par vengeance contre le pouvoir ne lui a pas fait que des amis eu sein du VB. Ce côté "vedettariat" de mettre en tête de liste une personne ne provenant pas directement des milieux politiques, dérange bon nombre de blokkers.

Un jour, les jalousies envers Demol au sein du VB seront exprimées ouvertement, à l’image du "cas Mégret", en France (lui aussi un transfuge de la "particratie").

Deux "comités de soutien francophones" gravitent autour de Demol : le BIS (Bruxelles-Identité-Sécurité) dirigé par Pieter Kerstens (un adepte du coup de poing), Robert Steuckers (un traducteur récemment interrogé par la PJ sur une enquête concernant un réseau pédéraste) et Hubert Defourny ("Fondateur" de REF), et celui de Patrick Sessler, qui organise les permanences sociales de Demol.

N’étant pas des nationalistes flamands de souche, bien que des purs extrémistes, cela a créé des tensions au sein du VB car le fameux bilinguisme du parti à Bruxelles n’est autre qu’une stratégie électorale.

De plus, avec Demol sur ses listes, le VB, qui a deux sièges sur les quatre néerlandophones à la Région bruxelloise, espère en conquérir bien plus. Résultat : des tensions risquent encore de naître au sein du Blok face à Demol. Récemment, quatre élus en Flandre occidentale ont décidé de quitter les rangs du parti entre autres parce que Demol a été catapulté en tant que locomotive électorale, prenant ainsi la place de "vrais" nationalistes flamands. Il faut savoir que depuis la venue de Demol, le programme communautaire du VB s’est fortement affaibli afin de gagner un maximum de voix à Bruxelles.

Les conflits internes ne font que commencer. Espérons qu’elles aboutiront à l’autodestruction de ce Vlaams Blok qui prétend réunifier tous les extrémistes.

* * *

Le programme d’apartheid du Blok conduira à un aggravement de la situation et même selon les plus pessimistes à des conflits violents. Développer un tel programme isolera la Flandre et Bruxelles au niveau européen et mondial. Le boycott économique sera de vigueur et ne fera qu’aggraver la crise.

Quant aux méthodes d’approche de Demol sont on ne peut plus populistes : promenades sur les marchés les plus importants de Bruxelles, rendez-vous chez des particuliers (le plus souvent francophones), organisations de soirées tupperware où il déballe ses idées politiques. Le 13 juin prochain nous démontrera si cette stratégie tape-à-l’oeil portera ses fruits et ce au détriment des autres partis traditionnels néerlandophones à Bruxelles !

Christine MATHY

Source : "RésistanceS", n° 6, printemps 1999, pp. 19-21.

 

A lire aussi sur ce site : Portrait de Patrick Sessler, l'éminence grise de Johan Demol.

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