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Le Vlaams Blok est mis en échec à Diksmude

Comme expliqué dans notre dernière édition du mois d'août, le Vlaams Blok a une nouvelle fois marqué ses distances avec le comité de pèlerinage de l'Yser, le traditionnel rassemblement des nationalistes flamands. D'inspiration pathologique et national-révolutionnaire, l'extrême droite ne saura certes jamais être d'accord avec personne, ni quoique ce soit, sinon à être au pouvoir. Mais de là à se fourvoyer comme le Vlaams Blok l'a fait, on peut deviner combien la propagande est actuellement bien difficile à gérer pour ce futur ex-troisième parti de la Région flamande. On ne s'en plaindra bien évidemment pas.

Un bref rappel des faits s'impose :
Le Vlaams Blok, qui fut à l'origine un cartel de groupements nationalistes ayant fui une Volksunie devenue trop progressiste à leurs yeux, voit depuis plusieurs années le rassemblement de l'Yser comme « le coassement hypocrite des grenouilles flamandes ». Il reproche ainsi aux organisateurs du pèlerinage que l'Yser fournit des discours édulcorés qui ne procurent aucun poids aux négociations communautaires. Ce qui est bien entendu erroné, mais « radical » pathologique oblige : on ne peut pas être d'accord par définition. De premières échauffourées entre nationalistes blokkers et « nationalistes démocrates » auront lieu en 1996 lors du pèlerinage. Le mois dernier, le Vlaams Blok a de nouveau tenté de radicaliser l'esprit des nationalistes flamands. Ainsi, le Blok  a mené un Comité de Pèlerins pour faire face au Comité (officiel) de pèlerinage. Bataille rangée à coup sûr. Sauf que.

Sauf que, c'était sans compter la réaction efficace et tranchée du président du comité officiel, Lionel Vandenberghe. Celui-ci a sèchement répondu au Blok (notamment par voie de communiqué de presse, mais en prenant également  sa plume pour écrire des cartes blanches/opinions dans les quotidiens flamands). En gros, le président du comité officiel ne veut plus d'incidents extrémistes à Diksmude, il rappelle que l'extrême droite du monde entier se donnait rendez-vous à cette occasion. Et il impute les incidents au Blok qui, dit-il, organisent la manifestation via un pseudo groupement indépendant (le Werkgroep Radicalisering IJzerbedevaart). Bien joué, il démasque le blok. D'autant plus à raison que le fameux werkgroep a été fondé par l'actuel conseiller communal d'Anvers, Ledy Broeckx, (leader du VNJ - une organisation de scouts nationalistes – et élu sur la liste du Vlaams Blok), ainsi que par le " service d'ordre " informel du Blok, à savoir le groupe d'action Voorpost. Ainsi démasqué, le Blok perdait son coup d'avance. Les blancs reprenaient l'avantage. Même que le Roi fait une sortie. Ce sera un pas en avant, un pas en arrière. Une fois oui, une fois non. Frank Vanhecke (président du VB)  soutient l’action du Werkgroep, mais Il n'en est pas. Le lendemain, on peut lire que le Vlaams Blok rejoint le werkgroep et qu'une délégation se rendra au pèlerinage officiel. Bref, le Vlaams Blok s'est fourvoyé, perdant ainsi énormément de crédit.

Pourquoi le Vlaams Blok s'est-il fourvoyé ?
Une fois démasqué par le président du pèlerinage (officiel) de l'Yser, ce que savaient   les lecteurs de RésistanceS depuis son bulletin publié deux semaines avant, le Vlaams Blok avait le choix entre se marginaliser un peu ou se marginaliser beaucoup. Intégrer le mouvement traditionnel lui aurait fait perdre tout le sens extrémiste qu'il avance depuis deux décennies et aurait de surcroît provoqué des démissions dans les hautes sphères du cartel néo-fasciste. Mais à côté de cela, il ne s'agissait pas pour le Blok de perdre l'occasion de toucher son dernier électorat potentiel, les pèlerins de l'Yser. Le propos des Blokkers néonazis s'est donc fait «politiquement correct» (alors que le Blok aime tant à le dénoncer). Car enfin, se marginaliser radicalement ne pouvait permettre d’atteindre l'objectif galvanisateur initialement prévu que si le Blok était soudainement apparu lors d'un meeting indépendant du pèlerinage de l'Yser. Triste Sire, le Fou du Blok tomba.

D. Latour

Que fait la presse ?

On a envie de crier «au secours !» :  Un communiqué du Vlaams Blok diffusé quasi entièrement sur le site Internet de RTL sans un commentaire, le Knack qui déniche le scoop depuis un groupuscule liberticide islamiste, la TV1 qui laisse débattre son leader (Dyab Abou Jahjah) en direct avec un leader du Blok (Dewinter), VTM qui veut s'accaparer des conclusions en organisant un débat entre le journaliste du Knack et le même Dewinter, l'islamophobie de Fallaci lancée dans le Soir, la RTBF qui offre une tribune à des renégats de la liberté. A quand la Star Academy de l'extrême droite?

Quelques jours après le pèlerinage de l'Yser qui rassemble les nationalistes flamands, le Knack lance sa bombe : un groupement «musulman» revendique l'arabe comme quatrième langue nationale en Belgique. La bombe explose, tous les journaux flamands s'empressent d'alimenter la polémique. Une semaine de littérature. La polémique provoque la   bonne pelletée et creuse encore davantage le fossé entre la communauté musulmane de Flandre et les nationalistes flamands. Une démarche exécrable dont se démarqueront heureusement quelques rares éditorialistes.

Ce ne fut pas le cas de la TV1 flamande qui invita la poudre Dyab Abou JahJah de la ligue européenne arabe qui revendique l'arabe comme quatrième langue nationale avec le soufre Dewinter du Vlaams Blok. Car voilà bien deux explosifs placés sous un pilier de la démocratie. La télévision du service public flamand a retransmis un débat dont on connaissait d'avance les réponses de l'un comme de l'autre, mais dont le téléspectateur n'attendait que l'incident (il arriva bien entendu, mais cela ne devrait être qu'un détail). Naïf ou imbécile, le choix de présenter un débat entre deux liberticidaires n'a donné que plus de crédit aux sentiments anti-progressistes et liberticides. Ce débat n'a pas manqué -ici aussi- d'accroître le fossé depuis la confusion que deux extrémistes entretiennent avec la représentation d’un nationalisme flamand d'une part et avec la représentation d’une communauté musulmane de l'autre. En fait, ces deux là sont faits pour s'entendre.

Nous passerons outre la récupération du débat qu'a tentée VTM en souhaitant inviter le même Dyab Abou Jahjah avec De Cuelnar qui provoqua l'incident sur le plateau en disant qu'il n'était pas difficile d'être plus intelligent que Dewinter. Nous passons sur la tentative polémiste du journal Le Soir avec la reproduction d'un pamphlet islamophobe qui a déjà été largement commenté. Mais on ne pourra faire l'économie de fustiger -une nouvelle fois- l'émission « Lieux Publics » présentée sur la RTBF par Paul Germain.

Est-il en effet acceptable que sans le moindre traitement de l'information, une tribune ouverte soit concédée à des représentants d'un islamisme radical qui interprètent les versets coraniques dans tout ce qu'ils y voient de plus belliqueux, comme par exemple les versets de l'épée ou encore le Jihad ?