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Dans les coulisses de l'extrême droite francophone

fjrat.jpg (39965 bytes)L'ancien chef
du Front de la Jeunesse condamné

Francis Dossogne était poursuivi pour exercice illégale de la profession de détective privé. Dans les années 70-80 son nom a été associé à plusieurs dossiers politico-criminels. Il fut un intime de plusieurs notables jouant les agents de liaison entre l'ultradroite régimiste et l'extrême droite "subversive". Ami de flics ripoux, d’agents secrets et de gendarmes néofascistes, Dossogne n’est pas un zigoto. Rappel d’un parcours dans l’ombre de la politique belge.

Le 16 janvier 2001, la 55e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné Francis Dossogne à trois mois de prison avec sursis. Il est reconnu coupable d'avoir exercé la profession de détective privé sans être titulaire de la licence délivrée par le Ministère de l'Intérieur. Le parquet n'avait requis qu'une peine d'amende. L'avocat de Francis Dossogne avait invoqué le dépassement du délai raisonnable dans lequel toute personne a le droit d'être jugée. La défense estimait aussi que les poursuites étaient motivées par le passé politique extrémiste du prévenu, ancien indicateur de plusieurs services de police reconverti en détective privé et basé au Luxembourg.

Au cœur d'une plaque tournante subversive
Etudiant en journalisme à l'Université libre de Bruxelles, après la création du Front de la Jeunesse, à l'Université de Liège en 1973, Francis Dossogne reprit en mains ce groupuscule étudiant d'extrême droite pour en faire le "bras armé" de plusieurs notables de la droite conservatrice alors liés au Centre politique des indépendants et cadres chrétiens (CEPIC), l'aile d'ultradroite du Parti social-chrétien menée à l'époque par feu le Premier ministre Paul Vanden Boeynants.

Francis Dossogne fut encore l'un des piliers du journal d'extrême droite "Nouvel Europe magazine" (NEM), dont le responsable avait durant l'Occupation nazie collaboré avec l'institut culturel de la SS ! Ce périodique raciste proposait à la vente (par correspondance) du matériel de propagande nationale-socialiste et nationale-catholique intégriste. Le NEM allait aussi faire la promotion de tous les leaders de la droite musclée, aussi bien ceux présents dans les rangs du PSC ou du PRL (Paul Vanden Boeynants, Roger Nols, le général Close,...).

Les noms du "Nouvel Europe magazine" et de Francis Dossogne seront ensuite souvent cités dans divers dossiers politico-criminels (WNP, ballets roses du Brabant wallon, tueurs du Brabant, celui de l'ex-commissaire Frans Reyniers, etc.). Selon plusieurs organes de presse, Dossogne s'occupa personnellement encore de l'exfiltration vers l'étranger de plusieurs activistes d'extrême droite impliqués dans des "dossiers chauds" (Jean-Marie Paul et Jean Bultot). Selon "La Dernière Heure" du 6 juin 1997 - reprenant des informations publiées dans deux journaux flamands - le Front de la jeunesse lorsqu'il était dirigé par Francis Dossogne fut financé par feu le dictateur Mobutu pour mener des actions contre les opposants zaïrois exilés en Belgique.

Condamné (puis emprisonné) lors du procès intenté contre le "noyau dur" du Front de la jeunesse (1981-1982), Francis Dossogne participera ensuite à la création du Parti des forces nouvelles (PFN). Le PFN sera activement impliqué dans la diffusion des thèses niant l'existence des chambres à gaz homicides nazies jusqu'à son incorporation au Front national de Daniel Féret, en 1991.

Francis Dossogne fut au cœur d'une plaque tournante animée entre autres par des personnalités du CEPIC bien placés dans les organes politico-affairistes belges. Dans cette nébuleuse se trouvaient également de drôles de flics, des gendarmes d'extrême droite, des nostalgiques d'Adolf Hitler, des agents de services secrets belges et étrangers ainsi que des généraux qui, malgré leur allure, n'étaient pas d'opérette.

Simon HARYS & Isabel CARTER
(notre correspondant permanent au Palais de Justice de Bruxelles) - Dépêche RésistanceS / 16.01.2001

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