RésistanceS 15-01-2007

Les ennemis de l’Europe démocratique s’organisent

L’extrême droite en fraction au Parlement européen


Le 8 janvier dernier, des formations d’extrême droite présentes au Parlement européen ont adressé une lettre au président de celui-ci pour annoncer la formation d’un groupe politique. Son nom ? ITS, c’est-à-dire « Identité, Tradition, Souveraineté ». Tout un programme… et de nombreux avantages. Portrait d’un groupe anti-européen en général et de ses membres roumains et bulgares en particulier.

Sud de la France, en 2001, Jean-Marie Le Pen en affiche. Aujourd'hui, il tente - à nouveau - de fédérer l'extrême droite de l'Europe de l'Ouest et de l'Est © Photo Manuel Abramowicz - RésistanceS.

Composition de ce groupe ? Sept Français, parmi lesquels Bruno Gollnisch, Jean-Marie et Marine le Pen ; trois Belges (se présentant comme Flamands), Frank Vanhecke, Koenraad Dillen et Philip Claeys ; cinq Roumains ; deux Italiens ; un Britannique ; un Bulgare et un Autrichien.

Si Frank Vanhecke, président du Vlaams Blok/Belang, définit ce groupe comme « une collaboration essentiellement technique » - destinée, en somme, à obtenir un financement et un droit de parole plus importants -, les principes constitutifs de l’ITS n’en sont pas moins éclairants. Ainsi, parmi eux : « engagement en faveur des valeurs chrétiennes, de l’héritage, de la culture, des traditions de la civilisation européenne », « engagement en faveur de la famille traditionnelle en tant que trait d’union naturel de la société » et « opposition à une Europe unitaire, bureaucratique et à un super Etat européen ».

C’est grâce à l’entrée des Roumains et des Bulgares dans l’Union européenne qu’un groupe parlementaire a finalement pu être constitué au Parlement. Une entrée contre laquelle le membre britannique d’ITS, Ashley Mote, se prononçait pourtant encore dans une interview, le 12 novembre dernier (1). Qui sont ces députés à droite de la droite venus de Roumanie et de Bulgarie ?

Extrémistes roumains et bulgares : antisémitisme, cléricalisme, populisme, xénophobie…
Le Parti de la Grande Roumanie (PRM) existe depuis 1991. Le PRM est dirigé par Corneliu Vadim Tudor. Dans ses discours, Tudor stigmatise l’Occident et le capitalisme et s’affirme violemment xénophobe, contre « l'Occident capitaliste juif qui veut voler la Roumanie et l'a contaminée par des mœurs dissolues et le sida »(2). A l’occasion du scrutin présidentiel de 2004, Corneliu Vadim Tudor avait déclaré vouloir « rendre le pouvoir au peuple roumain ». Selon lui, son élection à la présidence de la République faisait « partie du plan de Dieu pour le peuple roumain ». Le PRM a finalement obtenu 13 % des voix, ce qui le plaçait en troisième position.

Depuis quelques années, le dirigeant du PRM travaille à expurger ses discours de tout relent antisémite. Après avoir longtemps considéré le maréchal Ion Antonescu (3) comme un « héros national », il a ainsi fini par reconnaître sa responsabilité dans la mort de 400.000 Juifs dans les camps de la mort, durant la seconde guerre mondiale.

Le composante roumaine du groupe ITS se compose de cinq députés: Petre Popeanga (trésorier), Eugen Mihaescu (vice-président), Daniela Buruiana, Viorica Moisuc et Cristian Stanescu.

Côté Bulgare, l’Ataka a été créé en 2005. Il a remporté 8,7% des suffrages aux élections législatives du 25 juin 2005. Les contraintes imposées par l’Union européenne ayant obligé les partis bulgares à expurger leur discours de ses relents populistes et xénophobes, le leader de l’Ataka, Volen Siderov, n’a eu qu’à exploiter un créneau désormais libre (4). Considéré comme fasciste, ce parti prône la « préférence nationale » et est ouvertement raciste et antisémite.

Extrait de « L’appel de l’Ataka », signé Siderov : « Faisons entrer dans le pouvoir des patriotes intègres qui pensent à la Bulgarie. C’est la seule garantie que l’on ne nous pillera pas à nouveau. Sinon, nous deviendrons demain un territoire peuplé de serviteurs des étrangers » (5). Et l’appel conclut sur ces mots : « Purge ! Révision ! Châtiment ! Prenons ce qui est à nous ! Rendons la Bulgarie aux Bulgares ! ».

Au niveau philosophique, l’Ataka n’est certes pas un partisan de la séparation de l’Eglise et de L’Etat : « Restitution immédiate des biens de l’Eglise. Confirmation par la loi de l’Orthodoxie comme religion officielle de la Bulgarie. Introduction du catéchisme à l’école primaire. Harmonisation avec l’avis du Saint-Synode de toutes les décisions concernant les grands problèmes de société, les projets de loi. Elaboration d’un statut de l’Eglise orthodoxe bulgare comme institution, établie financièrement et structurellement et qui prend une place déterminante au sein de la société bulgare et définit le système de valeurs pour l’avenir de la Bulgarie(6).

Lifting de façade
En Belgique, un groupuscule néofasciste proche des intégristes nationaux-catholiques de Belgique & Chrétienté affirmait officiellement soutenir Ataka. A cela rien d’étonnant, même si la ligne idéologique du groupe européen ITS semble s’arc-bouter sur des identités pas toujours cohérentes les unes avec les autres.

Ainsi, RésistanceS dénonçait il y a peu les incohérences de la nouvelle compagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen, laquelle s’emploie notamment à faire du Front national français un défenseur de la laïcité… (7). L’alliance entre Le Pen (père et fille) et Gollnisch d’une part, et les cléricaux d’Ataka de l’autre, autour de la défense des valeurs chrétiennes, est un signe de plus de ce qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’un lifting de façade.

L’un des représentants d’Ataka, Dimitar Stoyanov, seul membre bulgare du bureau de l’ITS et beau-fils de Volen Siderov, s’est distingué en 2006 pour s’être opposé à la nomination de la députée hongroise d’origine rom Livia Jaroka comme meilleure parlementaire 2006, titre décerné par un magazine du parlement. Stoyanov, membre du parti ultra-nationaliste Ataka, a justifié son opposition par ces mots : « Dans mon pays il y a des dizaines de milliers de filles tziganes plus belles que cette honorable-là (...). Les meilleures d'entre elles sont chères - jusqu'à 5.000 euros pièce, Wow! ». Le parlement bulgare a condamné les propos de Stoyanov, jugés xénophobes et misogynes. Quant au président du Parlement européen, Josep Borrel, il a demandé à Stoyanov de « retirer publiquement les remarques offensantes et provocantes » qu'il avait faites sur Livia Jaroka.

Nadia GEERTS

© RésistanceS – L'Observatoire de l'extrême droite - Bruxelles – Belgique – www.resistances.be / info@resistances.be – 15 janvier 2007


(1)
(2) source :
(3) premier ministre et dictateur roumain entre 1940 et 1944, allié à Hitler. Il fut exécuté en prison en 1946 après avoir été traduit devant un « tribunal du peuple » de la Roumanie devenue communiste.
(4) source :
(5) source :
(6) idem
(7)