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Ils sont passés à l'action

Quarante-six éditeurs
belges contre l'extrême droite

Le 23 avril 1999, l’Association des éditeurs belges (ADEB) a organisé une conférence de presse afin de rendre public l’appel qu’elle lançait contre les propagandes racistes et non démocratiques. Ils étaient alors 46 éditeurs membres de l’ADEB à le signer. Les signataires ont été invités à prendre contact avec leur fournisseurs et leurs prestataires de services pour les informer de leur position. Par ailleurs, la Fédération belge des arts graphiques (Febelgra), la Fédération des éditeurs européens (FEE), l’Union internationale des éditeurs (UIE), Livre Hebdo et la revue "Lecture" ont été informé de cette action.

Les valeurs qui fondent notre société sont inscrites dans la Déclaration universelle et la Convention européenne des droits de l’Homme. Nous vivons dans un pays démocratique. Nul n’en doute. Nul ne le conteste. Et les pays qui nous entourent se revendiquent des mêmes principes.

Cette situation privilégiée n’est cependant pas garantie à jamais. Au contraire. La démocratie se construit tous les jours. Le moindre temps d’arrêt, la moindre inattention peuvent signifier des reculs significatifs.

Il y a quelques années, l’écrivain Salman Rushdie était condamné à mort par une fatwa iranienne pour des écrits jugés inacceptables d’un certain point de vue religieux. L’intégrisme musulman, direz-vous, dans l’Iran des ayatollahs !

Mais qui aurait imaginé qu’il y a quelques mois, dans des villes françaises où le fronton de la Mairie affiche ostensiblement la devise Liberté, égalité, fraternité, des livres puissent être retirés des bibliothèques et des écrivains interdits de séjour. Il a suffit pour cela que le Front national remporte, ici ou là, des élections municipales.

Et aujourd’hui, à quelques encablures des côtes italiennes, en Europe même, la barbarie fut à nouveau au rendez-vous.

Les éditeurs sont conscients du rôle majeur que joue l’écrit, et notamment le livre, dans la défense des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Ils voient aussi l’utilisation qui en est faite pour véhiculer des idées racistes et non démocratiques.

 L’Appel des éditeurs
C’est pourquoi, réunis au sein de l’Association des éditeurs belges de langue française (ADEB), les éditeurs ont décidé de ne plus confier, désormais, aucun travail à toute personne ou société qui, à un titre ou à un autre, collaborerait à la conception, la réalisation, l’impression ou la distribution de documents propageant des idées racistes, xénophobes ou discriminatoires aux plans religieux, philosophique ou linguistique.

Pourquoi les autres professionnels de la communication et en particulier la presse écrite, la radio et la télévision, n’adopteraient-ils pas des mesures allant dans le même sens ?

Pourquoi tous les autres acteurs de la vie économique ne prendraient-ils pas les dispositions appropriées pour limiter, par toutes voies légales, les moyens de propagande des personnes, groupes, mouvements, formations ou partis dont l’idéologie et les programmes sont contraires aux principes démocratiques ?

La citoyenneté responsable n’est pas limitée à l’isoloir. Elle est du ressort quotidien, y compris dans la vie économique. Il est utile de s’en souvenir — et d’agir — avant qu’il ne soit trop tard.

Georges HOYOS
Administrateur de l’ADEB et administrateur délégué
du groupe De Boeck.

Source : "RésistanceS", n° 7, été 1999, p. 43.

Lire l'Appel des éditeurs contre les propagandes racistes et non démocratiques