RésistanceS.be 24-09-2010


Sexe, politique et tabous


Pédophilie : les silences de l'extrême droite


Face aux scandales qui frappent actuellement l'Église catholique belge, les habituels partisans de solutions radicales contre les pédophiles font cette fois-ci preuve de beaucoup de discrétion. L'ultra droite puritaine et conservatrice est prise d'un étrange malaise en cette période. Des tabous auront-ils été brisés. RésistanceS.be fait le point sur des sujets interdits pour l'extrême droite. Qui protège manifestement une certaine «catégorie» de pédophiles : les délinquants sexuels en col romain...

 


Depuis plusieurs mois, l'Église catholique belge fait la Une des médias pour les scandales de pédophilie qui la secouent - Doc. RésistanceS.be



«Peine de mort pour ceux qui touchent à nos enfants», «Pendons les pédophiles»... avec ce type de slogan, provenant des rangs de l'extrême droite, les curés et autres évêques actuellement impliqués dans des faits de pédophilie seraient nombreux à se retrouver sous la corde de la potence ! Avec la droite ultra, moraliste, puritaine et conservatrice, la solution est toujours radicale pour mettre fin aux déviations «psycho-sexuelles». Déviations qui pour l’instant frappent, de plein fouet, l'Église catholique belge, après les églises irlandaises, nord-américaines... Le 10 septembre dernier, la «Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale» remettait son rapport (voir notre article dans ce même dossier consacré à ce rapport). Son contenu mentionne une église belge gangrénée, depuis bien longtemps, par des centaines de prêtres auteurs d'abus sexuels sur des enfants.

Que les délinquants sexuels en col romain se rassurent : les slogans meurtriers de cette extrême droite sont de nos jours périmés. En effet, ils datent des années nonante, à l'époque de ladite «affaire Dutroux», le sujet numéro un de l'actualité des faits divers belges et étrangers de 1996 à 1999. A cette occasion, la droite nationaliste, populiste et extrémiste s'était alors lancée dans une croisade de moralisation réclamant des remèdes exemplaires, comme la peine de mort, par exemple.

«Offensive christianophobe» (sic)
Le Front nouveau de Belgique (FNB), une dissidence du Front national regroupant plusieurs transfuges des directions des ailes droites de l'ancien Parti social chrétien et du Parti réformateur libéral, en coalition avec des groupes catholiques intégristes et des groupuscules néofacistes, gonflera diverses rumeurs évoquant des liaisons secrètes entre «le Pouvoir» et la pédophilie organisée (commercialisée). La présidente du FNB, notamment, alors députée fédérale, propagea il y a plus de dix ans, à partir des bancs du parlement, des campagnes de manipulation de l'opinion à propos d'hommes politiques qui auraient été, selon «ses informations», impliqués dans des réseaux pédophiles. Spécialiste de la dénonciation des «pédophiles et pédérastes présents au cœur du gouvernement et du parlement» et d'écrivains progressistes soixante-huitards accusés d'avoir fait la promotion de la pédophilie dans des livres (… édités il y a plusieurs années et même plusieurs décennies !), aujourd'hui, cette même droite reste totalement silencieuse (ou très discrète) à propos du tsunami médiatique qui ravage l'ensemble des autorités du catholicisme belge.

Pas un mot, pas une ligne et pas un seul slogan dans les journaux et sur les sites Internet de l'extrême droite pour dénoncer, en bloc et de front, cette fois-ci ce fléau de société. Et mettre au pilori de la vindicte populaire les sinistres coupables. Néanmoins, lorsqu’une référence est faite à l’«affaire Dutroux de l'Église» (dixit le pédopsychiatre Peter Adriaenssens, responsable du rapport de la Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale), il y est évoqué, dans un réflexe pavlovien, une sorte de… terrible complot fomentant une «offensive christianophobe».

Pour la droite radicale et fondamentaliste catholique y aura-t-il dès lors deux catégories distinctes de pédophiles ? D'un côté d'horribles pervers sexuels à pendre sur le champ au bout d'une corde, de l'autre des pédophiles qu'il serait bon de protéger et de sauver ? A la lecture comparative des campagnes politiques contre les pédophiles orchestrées par l'extrême droite à l'époque de l'«affaire Dutroux» et l'actualité du moment éclaboussant l'institution catholique, il est permis de le penser. Le silence manifeste - ou les diversions diffusées pour noyer le poisson - que l'on observe de la part des divers «fronts de la haine» et autres «blocs de la discrimination» sur les révélations fracassantes à propos de la généralisation de la pédophilie dans l'Église catholique ne peut que poser des questions sur le rapport que la droite extrême entretient avec ces délits.


Graffitis du groupe néonazi l'Assaut, en 1996 à Bruxelles, pour le compte du Front nouveau de Belgique – Doc. Archives RésistanceS.be


Le bon ménage : croix chrétienne et croix celtique
Il faut savoir que l'extrême droite de tout temps a été proche - et est même directement liée - aux courants catholiques les plus traditionalistes et intégristes. La croix chrétienne a toujours fait bon ménage avec la croix celtique de la droite radicale et nationaliste. Leurs adeptes défendent ensemble une conception rétrograde, hiérarchisée et autoritaire pour l'organisation, en société et en famille, des rapports humains. Dans cet univers impitoyable, le linge sale se lave en famille. En vase clos. Entre les murs. En silence. Sous le règne de l'hypocrisie, de la honte, de la culpabilité et si nécessaire de la terreur. Rien d'étonnant dès lors à ce que nombreux soient les militants néofascistes qui proviennent de divers mouvements religieux rigoristes.

L'un des piliers fondateurs du Front national français de Jean-Marie Le Pen - et du FN belge - est justement celui dirigé par les «nationaux-catholiques», connus pour fédérer les disciples des dictateurs catholiques Salazar, Franco et Pétain. Au Vlaams Belang, ce courant «nat-catho» est lui aussi une des bases fondatrices de ce parti nationaliste flamand (relire notre article «L'extrême droite catholique pro-Léonard» ). Lors de congrès et manifestations de formations et d'organisations d'extrême droite, des messes traditionalistes sont célébrées par des ecclésiastiques acquis aux idéaux de l'Ordre nouveau. Héritiers politico-religieux de ceux qui sur le front de l'Est, de 1941 à 1945, fanatisaient avec des sermons religieux les très jeunes combattants des divisions SS wallonne et flamande. Une «belle époque» d’expression guerrière et virile pour des mâles dominants chargés de l’encadrement d’adolescents, pas encore vraiment adultes pour faire la guerre.

Un tabou absolu
Les connexions entre l'extrémisme politique de droite et l'extrémisme religieux catholiques sont légions et forment ainsi un circuit fermé. Il est donc logique que les illustres représentants de la droite orthodoxe se taisent, baisent la tête et marchent à l'ombre pendant que des clercs et des prêtres pédophiles font la Une de l'actualité. D'autant plus que la pédophilie, la sexualité, les pratiques sexuelles «non conformistes», l’adultère, l'homosexualité... sont des sujets d'un tabou absolu dans ce milieu politique sectaire, refermé sur lui-même.

Officiellement défenseur des valeurs morales de l'Occident chrétien, il n'est pourtant pas rare de retrouver parmi les militants d'ultra droite catholique des trompés et des «trompeurs», des homosexuels «refoulés» ou «honteux», des violeurs et des violés, des victimes et des témoins d'actes de pédophilie, des pédérastes et pédophiles. C'est alors dans les jeunes troupes formant la base militante de la droite extrême que ces derniers recrutent leurs juvéniles proies. En France, plusieurs cas de ce genre ont déjà défrayé la chronique. En Belgique, des militants et des responsables d'ultra droite ont aussi fait l'objet de poursuites judiciaires et de condamnations dans le cadre de dossiers pour des attentats à la pudeur et des viols sur mineurs d'âge ().

«Peine de mort pour ceux qui touchent à nos enfants», «Pendons les pédophiles»... scandait il n’y a pas si longtemps que cela l’extrême droite. Dans son chef, nous l’avons compris, il s’agissait bien entendu d’une solution finale à géométrie variable...

Manuel ABRAMOWICZ



Manifestation, en octobre 2009 en France, de l'extrême droite française contre le ministre sarkozyste Frédéric Mitterrand, accusé par Marine Le Pen d'être un pédophile.


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 24 septembre 2010.

 


Un nouveau dossier inédit de RésistanceS.be,
réalisé par Manuel Abramowicz


Au sommaire de ce dossier

Pédophilie : les silences de l'extrême droite

Le rapport sur «affaire Dutroux de l'Église» : l'extrême droite relativise

«Pendons les pédophiles», mais sauvons les «pervers» et «débauchés» en col romain...

 




A lire également :

Réseau pédophile: Implication d’un intégriste chrétien d’extrême droite

L'extrême droite catholique pro-Léonard

Homosexualité, nazisme et extrême droite...

Famille, avortement et homosexualité, un vieux combat de l'extrême droite

Intégrisme catholique : Danger homophobie ! Du mépris au fascisme…


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