RésistanceS 03-10-2006

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L'extrême droite
pro-intégriste islamique, existe !

Depuis les années 80, un courant d'extrême droite apporte son soutien idéologique aux intégristes musulmans. Considérés eux aussi comme des ''nationalistes'', ces derniers bénéficieront de la sympathie affirmée de nationalistes européens actifs en Belgique dans divers cercles et partis. Aujourd'hui, des néofascistes pro-islamiques se retrouvent au Vlaams Blok / Belang, mais aussi dans d'autres mouvements d'ultradroite raciste, pourtant connus pour leur islamophobie primaire. L'extrême droite rassemble des identités... lézardées.

Enquête de RésistanceS.be.


Jeunes bruxellois et islamistes pro-iraniens, lors d'une manifestation à Bruxelles, en été 2006. Ils ne sont pas les seuls : à l'extrême droite, on en trouve aussi © Photo : Manuel Abramowicz-RésistanceS.
AVERTISSEMENT : il est strictement interdit par la loi de reproduire les photos sous copyright. RésistanceS vient ainsi de déposer plainte nommément contre le responsable belge du site Internet néofasciste Novopress.


Il y a quelques jours étaient publiées les listes des candidats pour les élections communales. Quelle ne fut pas la surprise de consulter celles de la commune bruxelloise de Berchem-Saint-Agathe. En deuxième et troisième places de la liste du Vlaams Blok/Belang (VB, qui compte neuf candidats), se trouvent en effet les dénommés Anne-Marie Stroobants et Roland Pirard. Elue aux élections communales de 2000, la première est l'une des deux conseillers communaux du VB, avec son chef local, Arie De Smedt. Roland Pirard est son époux. Ce couple est constitué de deux ''vieux'' routiers de l'extrême droite... francophone, passés voici plusieurs années déjà dans l'orbite du parti d'extrême droite nationaliste flamand, pour des raisons opportunistes et stratégiques.

Roland Pirard et Anne-Marie Stroobants ne sont pas des cas isolés. Il y a d'autres ''harkis francophones'' au VB, qui y animent une véritable section de langue française. Ce qui est très étonnant pour un parti anti-francophone, mais les incohérences identitaires sont légion dans la nébuleuse néofasciste, comme nous le savons fort bien (sur ce ''phénomène, lire notre nouvel article : Les harkis francophones du bloc flamand ).

Nouvelle Droite, néonazi, antisémite...
Autre point digne d'intérêt concernant Pirard-Stroobants : leur parcours avant de se retrouver sur les listes VB. Un cursus qui montre qu'ils proviennent en droite ligne du courant d'extrême droite, partisan acharné d'une alliance stratégique avec les intégristes musulmans. Rien de moins !

Jeune militant, Roland Pirard, dans les années 70 déjà, est actif au Mouvement socialiste populaire (MSP). Le MSP est le nom d'emprunt de l'Association politique pour un Ordre nouveau (Apon). L'Apon-MSP agit alors de façon confidentielle dans le but d'infiltrer la gauche radicale et diverses organisations pacifistes, sur le mode opératoire de leurs ''camarades italiens'' impliqués dans la ''stratégie de la tension'' pour déstabiliser l'Italie démocratique. Après des révélations dans ''Concret'', un hebdomadaire d'extrême gauche, les activistes de l'Apon-MSP se dispersent. Avec d'autres Bruxellois, Roland Pirard participe à la fondation, en 1982, de la revue ''Conscience européenne''. Elle utilise l'adresse postale du FSP, le Front socialiste populaire, la nouvelle appellation de l'Apon-MSP. L'équipe rédactionnelle de ''Conscience européenne'' s'allie ensuite avec un groupe ''nationaliste-révolutionnaire'' de Charleroi, conduit par un certain Luc Michel, l'ex-dirigeant du Front de la jeunesse. Ensemble, ils lancent le Front nationaliste-Nationalistische front (FNF), la première tentative de fondation d'un ''FN'' en Belgique qui ne sera actif qu'entre 1982 et 1984. Comme beaucoup d'autres de sa génération militante, Roland Pirard est alors fortement séduit par les écrits idéologiques et géostratégiques de la Nouvelle Droite (ND), le courant ''intellectuel'' de l'extrême droite.

Ce courant agit au sein de divers cercles de réflexion, pour la plupart marqués par leur action dans l'ombre, au travers de réseaux qui servent de courroie de transmission entre l'extrême droite subversive et l'ultradroite politique. Roland Pirard fréquente, à Bruxelles, le cercle Etudes, recherches et orientations européennes (Eroe), dirigé par Robert Steuckers. ''Branche belge'' du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (Grece), le fer de lance de la ND animée par le Français Alain de Benoist, l'Eroe est alors proche du Parti des forces nouvelles (PFN), un groupuscule néonazi, antisémite et négationniste.

Sioniste mental, nazi et autre bachi-bouzouk
Roland Pirard va fonder, en janvier 1985, avec d'autres dissidents de l'équipe de rédaction de ''Conscience européenne'', une nouvelle publication qui prendra le titre de ''Volonté européenne''. L'année suivante, elle se dote d'une structure organisationnelle, le Cercle Copernic. Celui-ci vient en soutien, dans la capitale uniquement, aux activités pluridisciplianaires de l'Eroe et à celles plus politiques du PFN. Mais très vite, Pirard va entrer en bagarre avec Steuckers, le ''patron'' des intellectuels de la nébuleuse des ''Forces nouvelles''. Le premier quitte le second, avec de nombreuses accusations et insultes à la clés. Pour Pirard, Steuckers est rien de moins qu'un ''sioniste mental''. Pour ce dernier, son ex-comparse serait carrément un ''nazi'', mais aussi un ''bachi-bouzouk''. Ca vole haut, chez les intellos du facho-park…



Juillet 1985 : couverture de ''Volonté européenne'', une revue nationaliste pro-iranienne (Document : RésistanceS).

Ayant gagné son autonomie face à Robert Steuckers, le Cercle Copernic tentera de le supplanter. Sans succès. Sa publication, ''Volonté européenne'' se singularise alors par sa très mauvaise qualité graphique. Elle restera ultraconfidentielle et se limitera à une diffusion dans la mouvance du PFN. Ses conférence se tiennent au ''104'', le nom du local anderlechtois des ''Forces nouvelles''. Branchée sur l'avenir des nationalistes européens, la nostalgie d'un certain passé historique transpire régulièrement dans les colonnes de ''Volonté européenne''. Une revue clairement marquée à la droite extrême de l'extrême droite. Elle ne cache d'ailleurs pas ses amitiés politiques pour le Parti nationaliste français, une dissidence du Front national de Jean-Marie Le Pen, conduite par de jeunes néonazis et d'anciens combattants de la division ''Charlemagne'', la SS française. Rien d'étonnant à cela : la majorité des membres de l'équipe et de l'asbl gestionnaire de ''Volonté européenne'' est originaire d'organisations ultra radicales : Front nationaliste populaire, Front de la jeunesse, Association politique pour un Ordre nouveau... L'un des éditeurs responsables de la publication belge fut d'ailleurs Emile Robe, le dirigeant de Rex national, un mouvement groupusculaire rêvant du retour en Belgique du chef de la SS wallonne, Léon Degrelle. ''Volonté européenne'' exprime aussi d'autres sympathies bien particulières.

Des néofascistes pro-islamistes !
En juillet 1985, ''Volonté européenne'' avait en effet consacré son numéro à ''Europe et intégrisme chiite''. C'était un plaidoyer sans détour en faveur des intégristes musulmans qui gouvernent à Téhéran depuis la révolution de 1979. Comme l'illustre à merveille cet extrait : ''L'Iran et l'intégrisme islamique surtout chiite sont objectivement les alliés de l'Europe. La révolution iranienne interpelle également les Européens par son aspect culturel ; en effet il s'agit d'un rejet catégorique de l''american way of death' et l'affirmation d'un retour aux valeurs fondamentales chiites. C'est un exemple pour l'Europe américanisée''.

Deux ans plus tard, le soutien aux intégristes iraniens se poursuit dans la revue du Cercle Copernic. Dans son numéro 20, on lit ceci:

''La révolution islamique constitue incontestablement un fait nouveau par rapport à l'ordre mondial de Yalta. L'Iran est indubitablement sorti du condominium soviéto-américain. Pour cette raison et parce que l'Iran a les mêmes ennemis que nous, c'est un allié potentiel de l'Europe''. Plus loin : '' (...) même arabe, l'intégrisme islamique représente un élément positif incontestable : il constitue un obstacle de taille pour tous les partisans de l''intégration' des immigrés musulmans en Europe. (...) l'intégrisme islamique combat le même ennemi que nous et affirme la primauté de valeurs spirituelles sur le matérialisme consumériste du monde américano-centré décadent. Nous préférons, par conséquent, les intégristes qui revendiquent leur culture aux beurs qui adhèrent aux anti-valeurs occidentales''.

''Volonté européenne'' va aussi exprimer son soutien au colonel libyen Kadhafi, un dictateur arabe et ''souteneur'' de plusieurs groupes terroristes arabo-musulmans responsables d'attentats en Europe. Dans les colonnes de son n° 13 (janvier 1986), il affirme : ''Les 'nationaux-révolutionnaires' observent le processus révolutionnaire libyen avec beaucoup de sympathie et d'intérêt, ils lisent et discutent le 'Livre vert' de Kadhafi''. La Libye kadhafienne est par ailleurs présentée dans cet article comme étant la victime de ''la propagande du puissant lobby sioniste''.


Eté 1988 : En couverture de ''Volonté européenne'', opuscule d'extrême droite pro-intégristes musulmans, les symboles des néonazis (Document: RésistanceS).

De Copernic à Féret !
Les animateurs du Cercle Copernic, éditant la revue pro-iranienne ''Volonté européenne'', vont ensuite se brouiller avec le Parti des forces nouvelles qui soutenait alors le nationalisme arabe laïque incarné en Irak par l'ex-dictateur Saddam Hussein. L'importation chez nous de la guerre Iran-Irak aura des conséquences divisionnaires au sein des nationalistes néofascistes. Deux ans avant la disparition définitive du PFN, en 1991, le Cercle Copernic, avec d'autres ''nationalistes-révolutionnaires'' des ''Forces nouvelles'', va rejoindre le Front national belge de Daniel Féret, qui était pourtant jusqu'alors le pire ennemi du PFN. La raison en sera opportuniste. Avec pour stratégie de changer le FN de l'intérieur. Les activités politico-culturelles du Cercle Copernic et l'édition de ''Volonté européenne'' vont cesser. Après l'échec de sa revue ''La Bourrasque'' (un seul numéro édité), Roland Pirard, de façon très narcissique, proposera alors sa propre lettre d'information, ''Civis''. Ce nouveau opuscule tentera, en mars 1993, de réhabiliter le fasciste national-flamand d'avant-Guerre Joris Van Severen.

Au programme de ''Civis'', la lettre d'information de Roland Pirard, alors membre du directoire du Front national belgicain : la réhabilitation de Joris Van Severen, leader fasciste national-flamand d'avant-Guerre (Document : RésistanceS).

Sachant comment s'y prendre avec Féret, Roland Pirard passe de simple adhérent frontiste à la direction du ''clone'' belge du FN français de Le Pen. Il devient même son secrétaire général, en charge de l'organisation interne et de la liaison entre les différentes structures du parti. Cumulard au sein du FN, entre 1991 et 1993, il sera par ailleurs le rédacteur en chef du ''National'', l'organe de presse du parti frontiste.

Avec son comparse de l'époque, René-Marc Momont, Roland Pirard se charge aussi de relever le niveau intellectuel de la base militante frontiste. Ce travail est dur. Lors des permanence hebdomadaire du FN, il ne sera pas rare d'assister à des conférences du tandem Pirard-Mormont, ensemble ou en solo. Le n°2 de l'ex-Cercle Copernic y manifestera toujours son soutien à la cause arabo-musulmane en général, palestinienne en particulier. En effet, René-Marc Momont donnera certains de ses exposés en keffieh palestinien des combattants du Fatah de Yasser Arafat, comme le montre la photographie ci-dessous.


René-Marc Momont, le n°2 du Cercle Copernic, lors d'une conférence du Front national de Daniel Féret © Photo Georges Berghezan - Extrait de ''L'affront national'', de Gwenaël Breës, éditions EPO, Bruxelles, 1992.


Identités lézardées
Après son échec de prise de pouvoir au FN, Roland Pirard passera le Rubicon avec d'autres frontistes ''nationaux-belges'' pour adhérer au ''Bloc flamand'' anti-Belge. Un paradoxe de plus dans le ''facholand'' belgo-belge. En 2000, il assiste à l'élection de son épouse au conseil communal de Berchem-SaintAgathe. Aujourd'hui, ils briguent tous deux une place de conseiller communal pour le compte du VB. Seront-ils élus ? A suivre, le soir du 8 octobre prochain.

Une autre question essentielle : sont-ils toujours des partisans acharnés d'une alliance stratégique avec les intégristes islamistes depuis qu'ils militent au VB, spécialiste pourtant de l'islamophobie de la pire espèce ? Une chose est sûre, Roland Pirard et Anne-Marie Stroobants n'ont jamais renié leurs engagements de jadis. La présence au VB de ces (ex ?) supporters de la révolution islamique de l'Ayatollah Khomeiny est-elle étonnante ? Non, parce que dans l'objectif de s'implanter partout, le parti nationaliste flamand ratisse très large. C’est pourquoi ses rangs sont hétéroclites : ils intègrent l'ensemble de l'éventail des courants nationalistes d'extrême droite : ultranationaliste flamingant, néonazi, néofasciste, poujadiste libéral antisocial, chrétien intégriste, néopaïen anti-monothéiste... et pro-intégriste musulman.. Les nationalistes se sont toujours singularisés par leurs ''identités meurtrières''... lézardées.

Manuel ABRAMOWICZ


Autre cas d'une identité lézardée

Au milieu des années 80, la revue ''Volonté européenne'' de Roland Pirard affirmait dans son texte de présentation que ''le libéralisme – qu'il soit néo-libéral ou social-libéral - ainsi que le marxisme doivent être éliminés pour permettre à l'Europe de retrouver les valeurs de sa culture''.

Depuis ces déclarations identitaires, entre autres, anti-libérales, Roland Pirard a rejoint le Vlaams Blok / Belang, non seulement un parti d'extrême droite, mais également le parti le plus ultralibéral... Une contradiction de plus des identités lézardée des nationalistes de chez nous...

M.AZ

© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 3 octobre 2006.

Extrême droite - Islamique

Nos sources pour cette enquête

Nous avons consulté plusieurs sources publiques pour réaliser cet article.

Les articles de ''Volonté européenne'' :
• ''Europe et intégrisme chiite'', in n° 11, juillet 1985, p. 6.
• ''L'Iran et la guerre du Golfe'', in n° 20, automne 1987, p. 9.
• ''Seize ans de révolution libyenne'', article extrait de la revue viennoise ''Der Nationalrevolutionär'', repris dans ''Volonté européenne'', n° 13, janvier 1986, p. 12-13.
• Extrait du texte de présentation de ''Volonté européenne'' figurant au dos de tous ses numéros.

Les articles des publications antifascistes ''Article 31'' et ''CelsiuS'' :
• ''Nouveau look ? Vieilles idées !'', de Maurice Petit, in ''Article 31'', n° 20, juin 1986, pp. 13-15.
• ''Droit de réponse'' d'Anne-Marie Stroobants, en qualité de secrétaire de l'association sans but lucratif ''Volonté européenne'', in ''Article 31'', n° 25, décembre 1986, pp. 16-17.
• ''Volonté européenne – Annexe'', de Jacques Rouergue, in ''Article 31'', n° 25, décembre 1986, pp. 16-17.
• ''Radioscopie : la Nouvelle Droite'', de Costa Halperin, ''CelsiuS'', n° 43, septembre 1991, pp. 19-20.

Les livres suivants :
• ''L'affront national'', de Gwenaël Breës, éditions EPO, Bruxelles, 1992.
• ''Extrême droite et antisémitisme en Belgique – de 1945 à nos jours, de Manuel Abramowicz, éditions EVO, Bruxelles, 1993.
• ''Un passé composé'' (pp. 103 à 126), de Manuel Abramowicz, in ''Le désarroi démocratique'', ouvrage collectif sous la direction de Hugues Le Paige, éditions Labor, Bruxelles, 1995.
• ''Les rats noirs – L'extrême droite en Belgique'', de Manuel Abramowicz, éditions Luc Pire, Bruxelles, 1996.



Sur RésistanceS.be

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