RésistanceS 29-01-2008

 

REACTUALISATION (05/10/2010) : Des alliances sulfureuses - Contre l'islamisation de l'Europe, Juifs ultra sionistes et extrême droite française même combat !

Dans les coulisses des adeptes de l'Ordre nouveau

Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne


L'antisémitisme fait partie intégrante de l'histoire de l'extrême droite. Les discours et les pratiques contre les Juifs ont été nombreuses. Durant la Seconde Guerre mondiale, le régime nazi a exterminé plus de six millions de Juifs, avec la complicité de mouvements collaborateurs d'ultra-droite français, belges, hollandais...
Depuis lors, un courant pro-israélien est apparu chez les partisans de l'Ordre nouveau. Les raisons étaient géostratégiques - pour la défense de l'Occident chrétien contre l'Islam - et désormais électorales. Cela n'empêche la présence des courants pro-arabes, antisionistes et antisémites. Eclairage sur les identités multiples – et antagonistes - de l'extrême droite...


Quelques documents traditionnels de l'extrême droite antisioniste et antisémite © Archives Observatoire de l'extrême droite – RésistanceS.


Le mensuel confidentiel du Front nouveau de Belgique (FNB), Le Bastion, en décembre dernier, publiait un article pouvant être considéré comme énigmatique (1). Son sujet : une défense de La nouvelle question juive, le dernier livre de Guillaume Faye, publié en octobre 2007 par un éditeur-diffuseur d’extrême droite d’outre-Quiévrain. La thèse du brulot de ce publiciste français d'extrême droite : face à la « menace islamiste », les nationalistes européens doivent s'allier avec Israël, les organisations sionistes et les communautés juives de la diaspora. L'idée n'est pas neuve, cependant à chaque fois qu'elle s'est exprimée, elle a suscité, logiquement, au sein de l'extrême droite de vibrantes polémiques (2).

Le dernier ouvrage de Faye, « au titre un brin provocateur, est loin d'avoir fait l'unanimité. C'est le moins qu'on puisse dire ! Même des fidèles de Guillaume se sont désolidarisés de ses thèses », écrivait l'auteur de l'article du « Bastion ». Il précisait d'ailleurs : « contrairement à une partie de la mouvance identitaire (3), qui se laisse aveugler par des considérations irrationnelles, nous sommes assez d'accord avec les conclusions de Guillaume Faye ».

Ce papier publié par le FNB confirme la subsistance d'un courant prosioniste dans l'extrême droite en Europe (et aussi aux États-Unis, bien entendu). Ce courant ne s'arc-boute pas sur une sympathie particulière pour Israël, le sionisme ou le peuple juif. Il se base sur une vision purement stratégique se développant dans le cadre de la « nouvelle guerre mondiale » contre l'Islam, selon les idéologues actuels de l'extrême droit (4).


Article contre le « sioniste » Guillaume Faye paru en mars 2006 dans un opuscule nationaliste-révolutionnaire français. Cet idéologue de l'extrême droite identitaire est la cible des radicaux de sa « famille politique » d'origine depuis qu'il préconise une alliance avec l'Etat d'Israël et les organisations sionistes – Document : Archives de l'Observatoire de l'extrême droite – RésistanceS.


Persistance antisémite
L'une des caractéristiques de l'extrême droite en général reste sa connexion directe avec l'antisémtisme. Une bonne partie de ses idéologues historiques (Charles Maurras, par exemple), de ses propagandistes (tel qu’Henry Coston) et de ses dirigeants actuels (comme Jean-Marie Le Pen) sont connus pour leurs corpus, pamphlets ou déclarations publiques ciblant clairement les Juifs. Juifs qui – désignés par des noms codés : les « mondialistes », le « cosmopolitisme », la « haute finance vagabonde et anonyme »... - restent les ennemis n°1 du « camp national ». Si l'extrême droite est toujours singularisée par une persistance antisémite (avouée, détournée, camouflée ou mise entre-parenthèse), une fraction de celle-ci est immunisée contre la « haine des Juifs ». Elle est certes minoritaire, mais pas moins silencieuse.
Cette fraction s'exprimera au gré de l'actualité liée aux Juifs, de la diaspora et d'Israël, ou au monde arabe.

Durant la guerre d'Algérie, parmi les anti-indépendantistes, y compris ceux de l'OAS fascisante, Israël est considéré comme un allié objectif contre le nationalisme arabe. L'époque annonce la « Défense de l'Occident » chrétien contre ses nouveaux ennemis. Lors de la guerre des six jours, en juin 1967, « on voit (...) un véritable clivage s'opérer au sein de l'extrême droite : d'un côté, les notables (...), prennent parti pour Israël ''bastion avancé de l'Occident contre le communisme'' et, de l'autre, les néofascistes qui soutiennent le camp arabe », écrivait en 1983 le journaliste belge Serge Dumont (5).

Ce clivage entre pro-israéliens et pro-arabes va produire de nombreuses altercations. Pour décrier des adversaires internes, suite à des bisbilles développées en intra muros, l'insulte suprême de « sioniste » sera régulièrement usitée. Pierre Sidos, dirigeant de l'Œuvre française, un groupuscule antisémite, affirme ainsi, au début des années 1970, que des dirigeants d'Ordre nouveau (l'organisation qui donna naissance au Front national de Jean-Marie Le Pen) sont « vendus aux Juifs ». Dix ans plus tard, c'est Le Pen en personne qui est dénoncé par l'aile néonazie du FN comme étant devenu « un jouet entre les mains des sionistes » et victime de « manigances talmudiques ».

Malgré les insultes et accusations diverses de connexions avec les Juifs, les pro-Israël de l'extrême droite vont continuer à agir. Aussi pour des raisons électorales, comme le laissent supposer les déclarations pro-israéliennes de Filip Dewinter. L’objectif de ce chef de file du Vlaams Belang serait double :

1. Attirer une partie de l’« électorat juif » d’Anvers, ce qui permettrait d’augmenter (légèrement) les scores électoraux du VB.
2. Le soutien de Juifs au VB permettrait de dédiaboliser son parti, dont les racines néonazies sont pourtant nombreuses.

De plus, la prise de positions pro-israéliennes ne risque pas de s’aliéner son électorat de base : conservateur, xénophobe, islamophobe et certainement plus favorable à l’Etat d’Israël qu’au combat des Palestiniens, si souvent amalgamés de façon générale au terrorisme international.

Etrange cocktail
La thèse d'une alliance euro-israélienne contre les Arabes et/ou l'Islam, évoquée à nouveau de nos jours par Guillaume Faye dans son dernier livre, n'est donc pas neuve. Après les attentats du 11 septembre, un autre publiciste français venant lui aussi de l'extrême droite, Alexandre Del Valle, l'avait déjà préconisée dans ses nombreux écrits sur le sujet.

Les prises de positions favorables à Israël de Delle Valle lui avait ouvert en France les portes d'organisations juives sionistes. En avril 2001, il avait été l'invité d'un meeting organisé par divers mouvements d'extrême droite radicale belge – comptant également dans leurs rangs d’anciens propagandistes du négationnisme antisémite - pour évoquer les dangers de l'islamisation de l’Europe. En octobre 2006, le même Alexandre Del Valle donnait, à Bruxelles, une conférence sur « Le péril islamiste ». Cette dernière était proposée par le Cercle Ben Gourion...


Encart de promotion de la revue juive bruxelloise Contact J (du Cercle Ben Gourion) pour une conférence d'Alexandre Del Valle à Bruxelles - Archive Observatoire de l'extrême droite – RésistanceS.

Comme il est constaté, la réaction à l'Islam peut donner lieu à la constitution d'un étrange cocktail politique, mélangeant ici-même des activistes de l'extrême droite radicale et des ultras du sionisme.

Manuel Abramowicz


Notes :
1. Depuis lors, le FNB a fusionné avec le Front national (FN) de Michel Delacroix. En mars prochain, Le Bastion deviendra l'organe de presse officiel du FN.
2. A ce sujet, lire sur le site de RésistanceS l'article publié le 3 janvier dernier : « La ''question juive'' divise l'extrême droite ».
3. Ladite « mouvance identitaire » regroupe l'extrême droite alliant un combat pour la Nation, l'héritage culturel et le patrimoine ethnique des différentes régions d'Europe. Elle préconise la séparation des cultures communautaires et la création d'États composés exclusivement de leurs peuples primitifs. En Belgique, cette mouvance regroupe le mouvement Nation, Terre & Peuple et Belgique & Chrétienté. Le FNB faisait partie de celle-ci jusqu'à sa fusion dans le Front national.
4. La thèse de l'existence de signes avant coureurs annonçant une « nouvelle guerre mondiale » opposant l'Occident à l'Islam n'est pas que partagée par l'extrême droite. En effet, plusieurs intellectuels de renoms sont les auteurs d'écrits évoquant une vision géostratégique identique. Certains d'entre-eux décrivent alors un combat contre le « nazi-islamisme ». Dans ce cadre, après avoir résisté au nazisme et au communisme, le monde occidental (moderne) devra s'opposer à l'Islam pour sauver la démocratie... d'après eux.
5. Dans son livre Les brigades noires, éditions Epo, p. 111

[ Une version – sans le chapeau et les illustrations - de cet article est également parue, sous le titre de « L'extrême droite pro-israélienne contre l'Islam » dans le numéro de février 2008 du mensuel Points Critiques, le journal – papier – de l'Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB), organisation juive de gauche non-sioniste (www.upjb.be) ].


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 29 janvier 2008.


Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne. Dans les partis et mouvements d'extrême droite subsistent toujours des courants pro-arabes, antisionistes et antisémites. Un courant pro-israélien existe également...

Dossier mis en ligne le 29 janvier 2008

Comme les autres enquêtes et dossiers de RésistanceS, celui-ci sera prochainement « alimenté » de nouveaux articles.


NOUVEAU Des alliances sulfureuses - Contre l'islamisation de l'Europe, Juifs ultra sionistes et extrême droite française même combat ! (06/10/2010)


Sommaire

Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne

La « question juive » divise l'extrême droite

Crise identitaire sur le « sioniste » Faye

Au coeur du FN lepéniste, la « question israélienne » en débat

Les frontistes sionistes du Comité national des Français juifs

Des Juifs parmi les électeurs du Vlaams Blok ?

PROCHAINEMENT :
• Galarie des pro-israéliens de la droite dure : Soustelle, Faye, Dewinter, Fini, Del Valle...




Lire également nos dossiers



Lire la dernière enquête exclusive de l'Observatoire de l'extrême droite

La Fnac au service de l'extrême droite ?


Pour bénéficier de nos services

Soutenez vous aussi RésistanceS...

Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs qui lui font des dons.

Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS !

Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant un don sur son compte bancaire :

n° 310-1618732-82

Avec en communication : « 29-01-2008 »


... et abonnez-vous gratuitement à sa Newsletter !

Vous souhaitez recevoir des informations sur l'Observatoire de l'extrême droite, le journal RésistanceS et les réactualisation de son site Internet :
Abonnez-vous (c'est en plus gratuit, mais cela n'empêche pas de faire un don : revoir ci-dessus) à sa Newsletter : Cliquez ici


Notre soutien
Ailleurs sur le Net...
Des membres de l'équipe de RésistanceS sont encore actifs ailleurs sur Internet. Consultez également leur blog :