RésistanceS 03-01-2008

Polémique chez les adeptes de l'Ordre nouveau

La « question juive » divise l'extrême droite

Le dernier livre de Guillaume Faye, un idéologue identitaire européen, est au coeur d'une polémique qui déchire les divers courants nationaux-identitaires. Son pamphlet « La nouvelle question juive » préconise l'alliance « avec les sionistes » pour lutter contre l'Islam. Guillaume Faye est depuis lors la cible de multiples attaques provenant de son camp. Projection sur ce conflit interne qui caractérise les grands problèmes d'identité de la mouvance... identitaire !

 


Le polémiste identitaire européen Guillaume Faye est l'auteur de nombreux ouvrages. Essentiellement contre l'immigration. Son dernier livre, « La nouvelle question juive », s'attaque désormais à son propre camp... - Document : RésistanceS.

Une bisbille larvée a lieu actuellement, en sourdine, au sein de l'extrême droite. L'objet du litige : les dernières prises de position de Guillaume Faye, un des anciens dirigeants, dans les années 1970, du Groupement de réflexion et d'études pour la civilisation européenne (Grece), le cercle de réflexion qui fut à la base de la Nouvelle Droite, le courant intellectuel de l'extrême droite française. Au début des années 2000, Guillaume Faye était réapparu dans la mouvance identitaire française. Il participait assidument aux activités de Terre & Peuple, un mouvement racialiste mené par Pierre Vial. L'ex-Gréciste était aussi régulièrement invité en Belgique par les « identitaires » locaux, comme en décembre 2006 au congrès « Euro-Rus » (à ce sujet ). Le mouvement Nation l'avait aussi convié à certains de ses rassemblements.

Mais depuis environ trois ans, Guillaume Faye fait l'objet d'attaques répétées suite à la publication d'un article le dénonçant dans « Le Libre Journal de la France courtoise », le magazine d'extrême droite de feu Serge de Beketch (1). Ce dernier y informait que Faye s'était vanté de « rouler (les) mongoliens du milieu » (sic) nationaliste. Ensuite, les critiques vont pleuvoirs sur l'ex-chef du Grece. Il sera alors dénoncé, selon sa notice sur Wikipedia, en tant qu'« idéologue de la mouvance nationale-sioniste » et comme un « imposteur ». Ses relations avec des organisations nord-américaines rassemblant « des juifs d'extrême droite » seront également épinglées.

« Esprit femelle du collabo »
Face à cet avalanche de flèches provenant de son propre camp, Guillaume Faye va riposter en remettant les pendules à l'heure sur un sujet polémique pour l'extrême droite. Il publie, en automne 2007, un nouveau pamphlet de 401 pages au titre énigmatique : « La Nouvelle question juive », aux éditions du Lore (2). Dans ce brûlot, Guillaume Faye remet en question les positions de l'extrême droite en général, toute tendance confondue (nationaliste, identitaire, négationniste, néopaïenne...), à l'égard des Juifs et des thématiques qui leurs sont souvent liées : le nazisme, le génocide, le sionisme, l'État d'Israël, l'immigration, le cosmopolitisme... Guillaume Faye place entre autres dans la ligne de mire de son livre son ex-compagnon du Grece, Alain de Benoist, le dirigeant de la mouvance radicale, Christian Bouchet, et le « national-communiste » Alain Soral (transfuge du PCF vers le FN, invité en décembre dernier à Bruxelles à la Fête de l'Identité, co-organisée par le mouvement Nation).

Pour Faye, ils ont « ataviquement l'esprit femelle du collabo » dans leur approche de la religion musulmane et des immigrés nord-africains. Guillaume Faye critique aussi ouvertement les négateurs du génocide des Juifs commis par les nazis. Les termes qu'il utilise contre eux sont très durs. Pour finir, afin de lutter efficacement contre l'Islam, il plaide pour une allaince stratégique « avec les sionistes ». Un crime dans le milieu nationaliste-identitaire... Qui avait déjà auparavant excommunié, pour les mêmes raisons, un autre de ses intellectuels, Alexandre Del Valle.

Depuis la sortie de « La Nouvelle question juive », les attaques contre Guillaume Faye se sont multipliées. Les négationnistes Robert Faurisson et Jürgen Graf (au sujet de ce négateur suisse ) ont directement réagi. Ils « ont décrété que c'était la fin de Guillaume Faye, suite à ses prises de positions ''controversées'' sur l'Holocauste » (3). Pierre Vial, le leader de Terre & Peuple, a lui aussi annoncé sa rupture officielle avec Faye (il bénéficiait alors d'une rubrique dans le « magazine » de ce mouvement identitaire). Pour Jürgen Graf : « dans les milieux identitaires et nationalistes dignes de ce nom, le voilà maintenant discrédité. A jamais » (4).


Guillaume Faye à la tribune de la « Xe Table Ronde » de Terre & Peuple, le 23 octobre 2005, consacrée au « Choc des civilisations ». Depuis lors, Pierre Vial, le dirigeant de ce mouvement racialiste, a annoncé sa rupture avec son ancien « camarade ». Il militait déjà avec lui à l'époque du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation europennne, dans les années 1970...


« Mouvance identitaire » et « considérations irrationnelles »
En effet, à notre connaissance, au sein de l'extrême droite personne n'a pris la défense de Guillaume Faye. A l'exception récente du mensuel du Front nouveau de Belgique (FNB, en voie d'absorption dans le Front national ). Dans le dernier numéro de son mensuel, « Le Bastion », daté du mois de décembre 2007, un article figurait à propos du récent ouvrage publié par Guillaume Faye. Dans « Le Bastion », il est toujours considéré comme un « ami » (sic). Le journal du FNB notait notamment à propos de « La Nouvelle question juive » :

« Ce dernier ouvrage, au titre un brin provocateur, est loin d'avoir fait l'unanimité. C'est le moins qu'on puisse dire ! Même des fidèles de Guillaume se sont désolidarisés de ses thèses. »

Le Front nouveau de Belgique, juste avant sa fusion prochaine dans le Front national belge de Michel Delacroix, s'est rangé derrière les actuelles thèses politiques de Guillaume Faye sur les Juifs, le sionisme et le combat contre l'Islam. En précisant :

« (...) contrairement à une partie de la mouvance identitaire, qui se laisse aveugler par des considérations irrationnelles, nous sommes assez d'accord avec les conclusions de Guillaume Faye».

Jusqu'à présent, le FNB était un des alliés inconditionnels de cette « mouvance identitaire » (). Désormais, il lui signifie la fin de leurs relations, notamment, à cause de la « question juive »...

Alexandre VICK

Notes :

1. Serge de Beketch est décédé le 6 octobre 2007. Il a été à la base de l'actuelle fronde qui cible de plein fouet Guillaume Faye. Journaliste, Serge de Beketch a dirigé plusieurs grands titres de la presse d'extrême droite française : « Minute » (en 1979, puis à nouveau en 1990), « National-Hebdo » (après 1986)... En 1987, il fait partie des fondateurs de Radio Courtoisie, une radio privée contrôlée par l'extrême droite. En 1993, Serge de Beketch crée « Le Libre Journal de la France courtoise ». Il était un habituel des formules provocatrices. Plusieurs plaintes furent déposées contre lui et il sera à plusieurs reprises condamné. Sur les antennes de Radio Courtoisie, en novembre 1996, Serge de Beketch avait notamment déclaré : « en France, en 1943, on ne traitait pas les Juifs comme on traite aujourd'hui les gens du Front national. Évidemment, on les arrêtait, on les déportait... En Allemagne, il y a eu des choses, mais en France, je n'ai pas souvenir qu'il y ait eu de pogroms comme on en fait actuellement aux gens du FN ». Après l'annonce de sa disparition, la majorité des dirigeants de l'extrême droite française lui rendirent un dernier hommage : Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Bruno Mégret... En Belgique, c'est l'association politico-religieuse Belgique & Chrétienté qui va saluer le parcours politique de Serge de Beketch...
2. Les éditions du Lore sont surtout connues comme diffuseur de livres d'extrême droite. « La Diffusion du Lore », localisée à Chevaigne, propose par exemple à la vente : « La France LICRAtisée » d'Anne Kling, « Allende, la face cachée » de Victor Farias, « L'Homme, cet inconnu » d'Alexis Carrel, « Manifeste libertin » d'Eric Delcroix, « Une terre, un peuple » de Pierre Vial, « Au coeur du pouvoir » d' Emmanuel Ratier, « Les financiers qui mènent le monde » d'Henri Coston...
3. Selon le journal belge « Le Bastion », de décembre 2007.
4. Jürgen Graf dans son article « ''La nouvelle question juive'' ou la fin de Guillaume Faye », publié sur son site Interne, le 29 octobre 2007.


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 3 janvier 2008.

 

NOUVEAU Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne. Dans les partis et mouvements d'extrême droite subsistent toujours des courants pro-arabes, antisionistes et antisémites. Un courant pro-israélien existe également...



L'ex-idéologue de l'extrême droite identitaire est l'auteur d'un nouveau pamphlet énigmatique : « La nouvelle question juive ». Il s'est mis depuis tous ses amis politiques sur le dos, à l'exception du FNB belge...


Guillaume Faye sur RésistanceS


Dans les articles suivants de RésistanceS, Guillaume Faye, l'auteur de « La nouvelle question juive », est référé :

Voyage en « lepénie »

« Euro-Rus », une association d'Indo-européens blancs pour la « Grande Europe »

Les liens belges de «Réfléchir & Agir »

Le racisme organisé au cœur de l’Histoire politique belge

Bloc Wallon, un nouveau parti d'extrême droite francophone ?


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