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Dans les coulisses des élections du 13 juin 2004

La liste bruxelloise FIRE est un sous-marin du Vlaams Blok


(Photo Nadia Geerts)

 

Le 13 juin prochain figurera sur les bulletins de vote des électeurs bruxellois la liste néerlandophone FIRE. Cette dernière a été déposée par des pompiers. En votant pour elle, on vote en réalité indirectement pour le Vlaams Blok. Et on risque ainsi de mettre le feu (politique) à la Région de Bruxelles-capitale. Eclairage.

L’événement est passé assez inaperçu : le Vlaams Blok a signé un accord d’apparentement avec FIRE, une liste électorale néerlandophone proposée par des professionnels du feu. Cette liste de type « corporatiste », menée par l’un des chefs des sapeurs-pompiers bruxellois, Guy Clauwaert, se présente également le 13 juin pour les élections régionales de Bruxelles-capitale. Cet accord pré-éléctoral entre FIRE et le parti néofasciste flamand permettra à ce dernier de récolter au final les voix gagnées par le premier.

Pourquoi ?
La possibilité d’un apparentement pré-électoral entre des listes est l’une des mesures qui résultent des accords de la Saint-Polycarpe de 2001, visant à réduire le risque d’un blocage des institutions bruxelloises (voir aussi notre article Vlaams Blok = Blocage). Si le Vlaams Blok obtient la majorité au sein du groupe néerlandophone, celui-ci pourra entrer légalement dans le futur gouvernement régional bruxellois, un cauchemar que les partis démocratiques ont voulu éviter à tout prix. Pour ce faire, ces partis ont instauré la possibilité d’un apparentement pré-électoral entre les différentes formations qui se présentent aux suffrages. Ainsi, toutes les voix « superflues » seront redistribuées après le résultat du scrutin, en restant cependant au sein du groupe constitué par les partis avant les élections. En théorie, ce système permet de faire perdre un siège au Vlaams Blok au profit des partis démocratiques. Selon les pronostics, c’est le parti écologiste flamand Groen ! (ex-Agalev) qui pourrait, grâce à ce nouveau système, conserver son siège au Parlement bruxellois.

 

Une aubaine pour le Vlaams Blok ?
Ironie du système, le Blok fait également appel à cette technique. Comment ? En signant tout simplement un accord avec FIRE. Toutes les voix surnuméraires de FIRE iront directement au Blok, et vice versa. Mais comme il est peu probable que FIRE passe la barre des 5 % (nécessaire désormais pour décrocher un siège de député régional), c’est le Vlaams Blok qui bénéficiera sans aucun doute des voix récoltées par FIRE. Et même si ce dernier réussissait à obtenir un siège, son meneur Guy Clauwaert pourrait, dans un second temps, passer au Blok.

En effet, les amitiés entre le Vlaams Blok et FIRE sont un secret de polichinelle. Il faut savoir que c’est le Blok qui a fourni, par l’intermédiaire d’un ses représentants parlementaires, la signature nécessaire au dépôt des listes de FIRE. Ainsi cette liste n’a-t-elle pas eu la tâche trop ardue, contrairement à toutes les « petites formations politiques », pour récolter les milliers de signatures permettant de se présenter aux élections.

FIRE, sous-marin du Blok
Guy Clauwaert, tête de liste de FIRE, a déclaré, lors de la conférence de presse de présentation de son nouveau parti, qu’il prône la fin du cordon sanitaire qui isole politiquement le Blok. FIRE aura comme premier objectif de combattre cet isolement dont le Blok est victime, et donc de lui permette de se banaliser totalement dans le paysage politique. L’autre objectif déclaré de FIRE est de lutter contre la criminalité – thème électoral de prédilection du Blok et autres partis fascisants.

La « tête pensante » de FIRE, le même Clauwaert, a été longtemps membre du SLFP, un syndicat libéral autonome implanté dans les services publics (surtout dans les services de police). Il a débuté en politique il y a un an exactement. Candidat aux élections législatives de 2003, il faisait alors partie du Liberaal Appel (LA) de Ward Beysen, une dissidence d’ultra-droite du parti libéral flamand VLD. Le Liberaal Appel préconise aussi, tout comme FIRE aujourd’hui, la fin du cordon sanitaire. Après les élections de 2003, le LA bruxellois a implosé. Guy Clauwaert a alors fondé son propre parti : FIRE. Depuis lors, Clauwaert, sapeur-pompier à Bruxelles, présente sa formation comme un parti de pompiers, bien qu' aucun autre combattant du feu y figure.

Le Blok pense à long terme
Guy Clauwaert pourrait également servir au Blok pour une toute autre raison. La quasi majorité de la section de la commune bruxelloise d’Evere du Vlaams Blok a tourné le dos à celui-ci pour se rallier au Front national (voir notre article : “Bruxelles: le double discours du Vlaams Blok”). Le Vlaams Blok a ainsi perdu deux de ces conseillers communaux à Evere, ainsi qu’un entourage militant actif et dynamique. Or, Clauwaert, originaire de Zaventem, a déménagé il y a quelques mois, pour venir habiter à … Evere ! Les élections communales étant programmées pour 2006, le pompier aura tout le temps pour y mettre sur pied une nouvelle section du Vlaams Blok. Clauwaert n’a pas fini de mettre le feu (politique) à Bruxelles !

Johan GULBENKIAN

© RésistanceS – www.resistances.be – Belgique – Bruxelles – 3 juin 2004

 

Analyse des résultats du scrutin du 13 juin 2004 NOUVEAU

L’extrême droite : stop ou encore ? (15 juin 2004)

Le « vote protestataire » d’extrême gauche également en hausse (15 juin 2004)

Voir aussi: J'aimerais qu'on m'explique, la nouvelle chronique de Nadia Geerts

Sommaire du dossier Elections 2004

Introduction de ce dossier

Les précédents résultats (1999)

Qui sera présent le 13 juin ?

Les absents du 13 juin

Un néonazi du FN désigné député?

Républicain, le Vlaams Blok?

Bruxelles : le double discours du Vlaams Blok

Elections : rendez-vous pour les règlements de compte
(Bloc National – Front national)

La liste bruxelloise FIRE est un sous-marin du Vlaams Blok

Vlaams Blok = Blocage (06/06/04)

Forum. Démocratie en danger : quelle réponse des partis « traditionnels » ?

Bruits de campagne - 24/05/04

Une nouvelle campagne contre l'extrême droite

Ce dossier a été coordonné par
Manuel ABRAMOWICZ

Mis en ligne le 1 juin 2004.


Quartier général du Front national, à Molenbeek en 1988 © Photo Manuel Abramowicz.


© RésistanceS – www.resistances.be - Bruxelles