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Républicain, le Vlaams Blok ?

Au nombre des reproches régulièrement adressés par les médias au Vlaams Blok, on compte son « républicanisme ». Le Vlaams Blok serait partisan de la création d’une république flamande indépendante, peut-on en effet lire dans nombre d’articles (y compris dans des argumentaires antifascistes) destinés à convaincre le lecteur-électeur de ne pas se laisser tenter par les sirènes de l’extrême droite. Républicain donc. Vraiment ?

En règle générale, il est à vrai dire assez difficile de s’y retrouver dans le discours du Vlaams Blok, ou plutôt dans les discours du Blok. Depuis que ce dernier a entrepris de courtiser les francophones de Bruxelles, il s’est en effet attaché à diversifier son discours en fonction de l’interlocuteur ciblé.

C’est ainsi que dans les publications à destination des francophones, on peut lire que « Tout Bruxellois, qu’il soit néerlandophone ou francophone, et qui vote pour le Vlaams Blok, a donc intérêt à apporter sa voix pour cette liste ». On sent bien, outre la mauvaise traduction qui fait de cette phrase une quasi tautologie, la main tendue aux francophones. Main que l’on retrouve dans les propos de Greet Van Linter, 3ième sur les listes des dernières élections pour le Parlement de la Région bruxelloise, qui tente de convaincre les électeurs francophones qu’ils n’ont rien à gagner au non respect des lois linguistiques qui sévit à Bruxelles, faisant des néerlandophones des « citoyens de seconde ou de troisième zone », parfois « traités pire que les immigrés »(1). Bref, le programme du Blok, si l’on en croit ses publications à destination des francophones, vise à instaurer le respect pur et simple des lois linguistiques existant, afin de permettre une cohabitation harmonieuse entre les deux communautés linguistiques.

Les francophones, pigeons du Blok
« Le Vlaams Blok estime qu’une bonne entente entre les bruxellois néerlandophones et francophones est possible et nécessaire à condition que les lois linguistiques existantes soient effectivement appliquées ». Ca, c’est ce que proclame Dominiek Lootens, député (2). Autre son de cloche, cependant, du côté des publications à destination des néerlandophones. Dans une lettre adressée personnellement aux néerlandophones de la capitale, le Vlaams Blok se fait plus mordant, mettant l’accent sur le sort injuste dont ceux-ci sont victimes, payant chaque mois de leurs deniers pour des services sont ils ne bénéficient pas, ou si peu. Et de citer l’enseignement, la télédistribution, les crèches et prégardiennats, les hôpitaux, etc., avant de revendiquer, par exemple, la priorité absolue pour les néerlandophones dans l’enseignement flamand. Quant à Luc Vermeulen, responsable du service d’ordre du Vlaans Blok et membre du Voorpost, il déclarait en 2001 vouloir « mettre le feu à Bruxelles » pour la « renéerlandiser ». Une attitude commune à beaucoup de représentants du parti, qui, des hommages aux SS flamands aux manifestations violemment anti-francophones des Fourons ou de Kraainem, en passant par les milices naziphiles Voorpost et VMO, n’ont eu de cesse de montrer leur attachement à une « Flandre blanche » non seulement grande et fière, mais aussi et surtout radicalement hostile aux francophones de Belgique. Et Karel Dillen, le fondateur et président d’honneur de la formation séparatiste néonazie, plus policé, de définir ainsi sa vision de l’avenir pour Bruxelles : une capitale prospère dans un Etat indépendant flamand. État conçu comme une étape, cela va sans dire, vers la réunification de la Flandre avec les Pays-Bas. Pour une république néerlandaise unie ? Pas sûr.

Le Vlaams Blok est pour la monarchie… des Pays-Bas !
Le 6 décembre 2002, les parlementaires Vlaams Blok Wim Verreycken et Frank Creyelman déposaient au Sénat une proposition de révision du décret du 24 novembre 1830 « portant exclusion perpétuelle de la famille d’Orange-Nassau de tout pouvoir en Belgique ». Au nombre des arguments invoqués, le fait que la séparation intervenue en 1830 ait « causé énormément de torts à la nation flamande », mais aussi une glorification des « mérites de la maison d’Orange-Nassau vis-à-vis des Pays-Bas méridionaux »…ainsi que l’interdiction « d’établir des discriminations sur base des origines » !

En clair, cela signifie donc que le Vlaams Blok, par la voix de ses représentants au Parlement, souhaite que le trône de Belgique puisse dorénavant être occupé par un membre de la maison d’Orange-Nassau. Curieuse démarche, on en conviendra, pour un parti décrit par certains comme « républicain ».

Car force est de constater qu’à l’évidence, le Vlaams Blok n’a rien de républicain. Il est seulement, viscéralement, anti-belge. Et c’est au nom de cette hostilité viscérale à la Belgique, et en ce nom seul, qu’il manifeste à l’occasion son animosité envers la monarchie belge. Une monarchie néerlandaise, sans doute, l’agréerait parfaitement, dès lors qu’elle chapeauterait les Etats néerlandais unis qu’il appelle de ses vœux. Le vœu du Blok serait alors exaucé : faire crever la Belgique.

Nadia GEERTS

© RésistanceS – Bruxelles – Belgique – 14 juin 2004

(1) Ces citations sont extraites du tract électoral « Bruxelles, notre ville ! » distribué en juin 2004.
(2) Dans le toutes-boîtes bilingue Bruxelles ma ville ! – Feiten Réalités n°6, mai 2004.

 

 

Analyse des résultats du scrutin du 13 juin 2004 NOUVEAU

L’extrême droite : stop ou encore ? (15 juin 2004)

Le « vote protestataire » d’extrême gauche également en hausse (15 juin 2004)

Voir aussi: J'aimerais qu'on m'explique, la nouvelle chronique de Nadia Geerts

Sommaire du dossier Elections 2004

Introduction de ce dossier

Les précédents résultats (1999)

Qui sera présent le 13 juin ?

Les absents du 13 juin

Un néonazi du FN désigné député?

Républicain, le Vlaams Blok?

Bruxelles : le double discours du Vlaams Blok

Elections : rendez-vous pour les règlements de compte
(Bloc National – Front national)

La liste bruxelloise FIRE est un sous-marin du Vlaams Blok

Vlaams Blok = Blocage (06/06/04)

Forum. Démocratie en danger : quelle réponse des partis « traditionnels » ?

Bruits de campagne - 24/05/04

Une nouvelle campagne contre l'extrême droite

Ce dossier a été coordonné par
Manuel ABRAMOWICZ

Mis en ligne le 1 juin 2004.


Quartier général du Front national, à Molenbeek en 1988 © Photo Manuel Abramowicz.


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