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RésistanceS 26-04-2006 

 

Elections communales d'octobre 2006

Des listes unitaires FNB pour la ''mouvance identitaire''


Le 22 avril dernier s'est tenu, à Bruxelles, un “meeting identitaire''. Il a rassemblé les responsables du mouvement Nation, du Front nouveau de Belgique, de Terre & Peuple Wallonie et de Belgique & Chrétienté. Hostile au Front national de Daniel Féret, cette extrême droite pure et dure pourrait se présenter unie aux prochaines élections communales, sous le label ''FNB''. Explication.


La plupart des responsables de la ''mouvance identitaire'' sont des habitués des élections. C'est le cas d'Alain Escada (ci-dessus sur l'affiche reproduite en illustration). Président de Belgique & Chrétienté, il menait aux élections régionales bruxelloises de 1999 la liste ''Zut''. Tout un programme !


Aux prochaines élections communales - qui se dérouleront le 8 octobre de cette année – l'extrême droite belge francophone se présentera divisée, comme à son habitude. Cependant, en marge des listes que le Front national de Daniel Féret déposera là où il en sera encore capable, une autre mouvance nationaliste (préférant aujourd'hui se présenter sous le vocable d'''identitaire'') pourrait déposer des listes électorales alternatives et concurrentes à celles du FN. Virulemment hostiles à Daniel Féret, les leaders de cette ''mouvance identitaire'' proviennent pour une part directement des rangs du FN et ont ensuite fait dissidence, ou militent dans des formations politiques concurrentes.

Cette mouvance rassemble à l'heure actuelle deux partis politiques et deux associations militantes, ainsi que plusieurs individus isolés. Il s'agit du mouvement Nation, du Front nouveau de Belgique (FNB), de Belgique & Chrétienté (B&C) et de Terre et Peuple-Wallonie (sur ceux-ci voir notre article : Who's who de la ''mouvance identitaire'' ). Tous catalogués bien entendu à l'extrême droite de la droite.


''Mouvance identitaire'' contre FN ''féretiste''
Depuis plusieurs années, ces partis et associations se fréquentent lors de conférences-débats, de la ''Fête de l'Identité'' et d’autres manifestations et rassemblements nationalistes. Les activités proposées régulièrement par l'association Belgique & Chrétienté sont devenues, au file des années, de hauts lieux de rendez-vous pour ces ''identitaires''. Invités pour écouter un orateur de prestige (député européen italien, journalistes français... quasi toujours d'extrême droite) ou pour manifester contre les droits égaux pour les couples homosexuels, ils s'y retrouvent et renforcent ainsi leurs liens (voir notre article : Belgique et Chrétienté, le rendez-vous de la ''vraie droite belge''
).

S'activant en parallèle au FN féretiste, le point commun de cette mouvance réside dans la détestation maladive qu'elle voue à Daniel Féret, le fondateur et président à vie du Front national. Pour elle, Féret bloque la construction d'un véritable parti politique de droite nationaliste. Le ''patron” du FN servirait ainsi les intérêts des partis démocratiques. Un FN affaibli au niveau de sa représentativité dans les instances électives et inactif sur le terrain est tout bénéfice pour le pouvoir politique en place, selon cette ''mouvance''. Au FNB et ailleurs, ont évoque même l'hypothèse selon laquelle Daniel Féret serait tenu par la Sûreté de l'Etat. Son rôle : bloquer l'émergence d'une ''droite nationale'' structurée sur le modèle du FN français ou du Vlaams Blok-Belang flamand (1).

Dans l'impossibilité de transformer le FN de l'intérieur ou de dégommer Daniel Féret (malgré de nombreuses tentatives), ces anti-Féret sont donc obligés de s'organiser en-dehors du clone belge du parti de Jean-Marie Le Pen. Les périodes pré-électorales sont souvent des moments clé pour réactiver la fronde contre le front de Féret. C'est à nouveau le cas à l'occasion de la planification des élections communales du 8 octobre prochain.


Aujourd'hui des listes unitaires FNB...

Cest ainsi qu’un projet de dépôt de listes électorales communes a vu le jour au sein de la ''mouvance identitaire''. Mais sous quel sigle ? En phase avec les stratégies du ''marketing politique'', ces listes unitaires pourraient prendre pour initiales celles du Front nouveau de Belgique : FNB. Proches de celles du Front national (FN), elles favoriseraient la confusion chez les ''électeurs frontistes'' et permettraient ainsi de recueillir une partie de leurs voix.

Dans le dernier ''Bastion'', le mensuel du FNB, le secrétaire général de ce dernier, François-Xavier Robert, informe ses militants en vue des communales : ''Bonne nouvelle ! Le FNB ne sera pas seul pour affronter les partis en place. D'autres mouvements, associations ou d'anciens ont décidé de nous soutenir pour présenter des listes sous le sigle FNB''. Au sujet de ces listes unitaires et des organisations et partis qui les composeront, François-Xavier Robert précise qu'''il ne s'agit pas d'une union, mais d'une coordination. Chacun gardera ses spécificités et son organisation. Chacun restera libre de sa conduite. Mais nous défendrons une plate-forme commune. Celle-ci vise évidemment la défense de l'identité et de la culture européenne''.

Quelques jours auparavant, le mouvement Nation d'Hervé Van Laethem avait déjà annoncé à ses affiliés et sympathisants qu'il espérait ''pouvoir se présenter sur des listes unitaires avec d’autres courants de la mouvance identitaire''. Quant à Alain Escada, président de Belgique & Chrétienté, interrogé par le site Internet d'extrême droite Novopress sur l’unification des nationalistes de Belgique francophone, le 23 mars dernier, il répondait ceci : ''Pendant longtemps, cette famille de pensée fut touchée par l’individualisme et la guerre des ''chefs''. Les échecs multiples qui en sont une conséquence naturelle ont néanmoins une retombée positive : un retour à l’humilité. L’orgueilleux est incapable de travailler avec les autres. L’humble, lui, peut construire. L’avenir dira s’il s’est trouvé assez d’humbles pour mener avec efficacité un projet commun visant à construire une véritable droite nationale utile à notre pays.''

L'unité électorale de ces purs et durs du nationalisme de droite, derrière le sigle ''FNB'', est une nouvelle version de l'unité de ces mêmes anti-Féret qui avait conduit, il y a dix ans déjà, à la création, autour de la députée frontiste Marguerite Bastien, d'un FN-bis qui s'était ensuite transformé en Front nouveau de Belgique. Ses piliers de l'époque étaient notamment Hervé Van Laethem et Alain Escada.

... demain, un nouveau FN ?
La coalition électorale de ces ''identitaires'' pourrait dès lors déboucher à terme sur la fondation d'un nouveau FN. Mais tout dépendra des scores des listes unitaires FNB, de la gestion de la période postélectorale et de la survivance ou non de Daniel Féret au poste de leadership de l'extrême droite électorale.

L'avenir de cette coalition opportuniste (le but de ses initiateurs est d'être individuellement élus) dépendra aussi du maintien d'une ''ligne unique'' permettant de masquer son incohérence idéologique. Effectivement, la ''mouvance identitaire'' est en réalité constituée de tendances idéologiques antagonistes. On y retrouve des ''nationalistes anti-Système'' (prônant un pseudo ''nationalisme-révolutionnaire''), des militants de l'ultradroite libérale, des catholiques intégristes, des néopaïens antichrétiens, des belgicains et des nationalistes indépendantistes wallons. Un fameux cocktail politique qui ne peut être qu'explosif. Comme l'histoire de l'extrême droite belge francophone nous l'enseigne.

Manuel ABRAMOWICZ

(1) ''Père Ubu'', hebdomadaire satirique populiste, islamophobe et poujadiste, évoque lui aussi cette hypothèse. Dans son édition du 20 avril dernier, il écrit, suite à la condamnation de Daniel Féret pour racisme : ''Depuis de nombreuses années, l'establishment politique (...) retardait les poursuites contre Féret en contrepartie de la désorganisation volontaire du FN par son président à vie''. Petit détail, derrière le pseudonyme, Kalf Ubu, signant ces lignes, se cacherait un membre du bureau politique du FN radicalement hostile à Féret.

© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances – Belgique – 26 avril 2006.

 

 

Après les élections du 8 octobre 2006


Un dossier de RésistanceS.be coordonné par manuel Abramowicz et mis en ligne le 21 octobre 2006.

Les huit enseignements des élections 2006

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 (Région flamande)

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 ( Région Bruxelles-capitale)

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 (Région wallonne)

Résultats de l'extrême droite aux élections provinciales 2006

Rapport de force des extrêmes droites dans les trois régions

VB-Vlott : succès relatif de leur cartel électoraux

Les premiers élus de Force nationale

Echec des Identitaires

Plainte contre Belgique & Chrétienté et Nation

 

Sommaire de notre dossier


Un dossier de RésistanceS coordonné par Manuel ABRAMOWICZ

Dossier mis en ligne le : 29 août 2006
Dossier réactualisé le : 29 août 2006

Introduction à notre dossier: Que va-t-il se passer le 8 octobre prochain ?

Où l’extrême droite sera-t-elle présente aux élections communales du 8 octobre ?

Zizanie facho : enjeux et conflits électoraux inter-nationalistes

La bataille d'Anvers

L’imposture philosémite de Dewinter

Des listes unitaires FNB pour la ''mouvance identitaire''

Who's who de la ''mouvance identitaire''

Après le 8 octobre : la fin du cordon sanitaire ?

Des ''immigrés'' nationalistes sur des listes démocratiques

L'extrême droite pro-intégriste islamique, existe !

Une réalité tabouisée - interview de Mehmet Koksal sur l'extrême droite chez les ''immigrés''

''Ne votez pas extrême droite'' : Appel de la FGTB flamande contre le Vlaams Blok/Belang

Belgique & Chrétienté, le rendez-vous de la ''vraie droite belge''

Résultats et analyses des précédentes élections communales (2000)

 

Toujours en ligne sur RésistanceS.be


En plus de notre présent dossier, nous vous invitons à consulter nos articles suivants :

Extrême droite et antifascisme en Belgique – Intervention de RésistanceS au Parlement européen sur l’état de la situation - 12 mai 2006

Qui est réellement Philip Dewinter ? Portrait chronologique du véritable patron du Vlaams Blok/Belang

La fin du « féretisme » ?

Portrait politique de Daniel Féret

Antisémitisme : le naturel du Blok/Belang revient au galop

Notre dossier Elections communales 2000