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RésistanceS 26-04-2006 

Le front des anti-Féret s'organise en marge du FN


Who's who de la ''mouvance identitaire''


Elle regroupe les purs et durs de l'extrême droite francophone. Des dissidents et des adversaires du FN belge. Elle vise à la création d'une nouvelle force politique pour remplacer le front de Daniel Féret. Le 22 avril dernier, à Bruxelles, cette ''mouvance'' est entrée en campagne électorale lors d'un “meeting identitaire''. Ses actuels piliers sont le mouvement Nation, le Front nouveau de Belgique, Terre & Peuple Wallonie et Belgique & Chrétienté. Radioscopie de cette fumeuse ''mouvance identitaire''.

 


Délégation du mouvement Nation à une manifestation nationaliste flamande, en février 2004. Ce mouvement est aujourd'hui le pilier principal de la dite ''mouvance identitaire''. © Photo : Blokbuster.

Au sein de l'extrême droite belge francophone et dans l'ombre du Front national de Daniel Féret, une dite ''mouvance identitaire'' a vu le jour. Elle est désormais composée des adversaires les plus hostiles du président-fondateur du ''frontisme à la Belge''. Malgré ce point commun, elle n'en demeure pas moins extrêmement hétéroclite. Pêle-mêle, on y retrouve des partisans acharnés de l'ultradroite libérale antisociale, des ''nationalistes anti-Système'' prônant la ''Troisième voie'' (ni gauche ni droite), des catholiques intégristes opposés au Vatican, des néopaïens antichrétiens, des nationaux-belgicains (attachés à la ''Belgique de papa'') et même des indépendantistes wallons. Un vrai panier de crabes qui prévoit néanmoins de se présenter ensemble aux prochaines élections communales, en octobre de cette année.

Les piliers de cette nébuleuse d'extrême droite sont deux partis politiques (le mouvement Nation et le Front nouveau de Belgique) et deux associations militantes (Belgique & Chrétienté et Terre & Peuple Wallonie).

Mouvement Nation
Ce mouvement a été fondé à Bruxelles, en septembre 1999, après les "Etats généraux du nationalisme". Ces derniers s'étaient organisés autour de deux leaders d'extrême droite : Hubert Defourny (ex-vice-président d'AGIR et "fondateur" de REF) et Hervé Van Laethem (alors responsable de la revue "Devenir", ex-chef du groupe néonazi l'Assaut et dirigeant des jeunes du Front nouveau de Belgique jusqu'en 1997). Malgré l'amitié qui les liait depuis plusieurs années, Defourny et Van Laethem finirent par entrer en conflit. Le second l'emporta et fonda le mouvement Nation avec ses propres partisans, dont Michel Demoulin (un ancien attaché parlementaire de Marguerite Bastien, la présidente de l'époque du FNB). Plusieurs déçus du FN et du FNB les rejoignirent.

Se revendiquant comme "le premier mouvement de Belgique francophone sur le plan militant", Nation va organiser des formations afin d'"armer politiquement" les futurs cadres du "mouvement nationaliste". Essentiellement implanté dans la capitale, ce mouvement va mettre sur pied des sections locales dans plusieurs villes de Wallonie (essentiellement dans la province du Hainaut). Pour se donner de l'importance, plusieurs structures thématiques vont apparaître mais n'auront jamais de réelle existence.

Dès ses premiers pas, le mouvement Nation va agir contre les "faux nationalistes" de son propre camp, actifs, d'après lui, au sein du Bloc wallon, du Front national, du Front nouveau de Belgique, du Vlaams Blok... En 2003, ce mouvement s'est présenté aux élections législatives. Son résultat fut microscopique. Depuis, il recherche coûte que coûte de nouveaux débouchés électoraux.

Front nouveau de Belgique (FNB)
Le FNB est apparu officiellement en 1996. Il a été fondé par des dissidents du Front national de Daniel Féret conduits par la députée fédérale frontiste Marguerite Bastien. Il va très rapidement rassembler tous les anti-Féret de l'époque : des néonazis du groupe l'Assaut aux partisans de l'ultradroite libérale antisociale venant des rangs du PRL, en passant par le cercle Europa (section belge de Synergies européennes de Robert Steuckers), le groupe néopaïen sectaire Thule-Sodalitas, l'Ordre fraternel européen des druides et chevaliers du Tribann (une secte néopaïenne néonazie belgo-française), la Ligue chrétienne belge, le journal ''Polémique'' d'Alain Escada (dirigeant de Belgique & Chrétienté), des affiliés de Pro Vita, des militants de la Fraternité Saint-Pie X, des fidèles du Père Samuel et des immigrés italiens d'extrême droite de la région de Charleroi. Un beau melting pot avec une ligne politique ouvertement nationale-catholique, monarchiste, inégalitaire, antisociale, ultralibérale (de type thatchérien)... Favorable à l'''apartheid planétaire'', ce front prône la ''loi du sang''.

Depuis le début des années 2000, sa présidente-fondatrice, Marguerite Bastien, a quitté les rangs du FNB suite à des conflits internes. Selon certaines informations, il se pourrait qu'elle se présente sur une liste communale du Vlaams Blok-Belang aux communales d'octobre 2006. C'est son ex-bras droit, François-Xavier Robert (un ancien membre du Parti réformateur libéral), qui dirige aujourd'hui le FNB. Comme d'autres meneurs d'extrême droite, celui-ci est à l'heure actuelle poursuivi devant les tribunaux pour racisme.

Annoncé en 1996 comme le successeur du FN de Féret, dix ans plus tard, le Front nouveau de Belgique s'est complètement lézardé pour devenir un groupuscule parmi les nombreux autres formant l'extrême droite belge francophone. Cependant, dans un objectif opportuniste, des listes aux initiales ''FNB'', pourraient être déposées aux élections communales du 8 octobre 2006 par la ''mouvance identitaire'', rassemblant désormais le FNB, le mouvement Nation, Belgique & Chrétienté et l'association Terre & Peuple-Wallonie (voir à ce sujet notre article : Des listes unitaires FNB pour la ''mouvance identitaire'' ).

 


Manifestation à Neufchâteau du FNB en avril 1998. Parmi les manifestants, certains fonderont l'année suivante le mouvement Nation.


Belgique & Chrétienté (B&C)
Cette association intégriste est apparue à Liège, en 1989, dans la mouvance patriotique ''belgicaine''. Elle se donne pour mission de lutter contre le ''racisme anti-chrétien et anti-belge'' (sic). Dès lors, B&C va traquer inlassablement les blasphèmes et autres offenses à la religion catholique et appeler au boycott des sociétés commerciales qui manquent de respect à celle-ci. L'une de ses devises est : ''Se moquer de la religion catholique deviendra dangereux !''.

Cette association s’est très vite intégrée dans les rangs de l’extrême droite classique. Proche de la droite ultra, catholique et intégriste française (active au sein du Front national de Jean-Marie Le Pen), en 1996, Belgique & Chrétienté soutiendra la création du Front nouveau de Belgique. Le dirigeant de cette association intégriste, Alain Escada (par ailleurs directeur-fondateur au même moment du journal ''Polémique'') rejoindra la direction du FNB, comme porte-parole officiel. Comme Escada, une bonne partie des membres de B&C proviennent de la Fraternité Saint-Pie X, le mouvement religieux de feu monseigneur Lefebvre hostile à la modernisation de l'Eglise catholique. Cette église parallèle intégriste voue un culte de la personnalité au dictateur Pétain et exploite les théories nationales-catholiques de Charles Maurras pour galvaniser ses troupes.

En avril 2004, B&C va lancer une campagne de soutien au film ''La Passion du Christ'', jugé par beaucoup comme étant un film de propagande antisémite. Au cours d'une projection privée de ce film, qui se déroula au cinéma Kinépolis de Bruxelles, les plus ultra de l'intégrisme belge se donnèrent rendez-vous. Outre les militants de Belgique & Chrétienté, il y avait aussi des fidèles de la Fraternité Saint-Pie X, des Légionnaires du Christ et de l’Opus Dei.
L'association d'Alain Escada s'est également spécialisée dans l'organisation de conférences données par un panel très orienté, politiquement parlant. Bruno Gollnisch (numéro deux du Front national français), Wallerand de Saint-Just (membre du comité central du Front national français dans les années nonante), Mario Borghezio (député européen italien de la Ligue du Nord, formation populiste et xénophobe), Serge de Beketch (ancien directeur de la rédaction du journal d’extrême droite ''Minute'' et de ''National-Hebdo'', l’hebdomadaire du FN de Jean-Marie Le Pen), Camille Galic (directrice de l’hebdomadaire néofasciste ''Rivarol'') et d'autres ont été les conférenciers de B&C.
Depuis plus d'un an, B&C s'est fortement rapproché du mouvement Nation. Ensemble, ils manifestent souvent publiquement. Sur le site Internet de Nation, un lien hypertexte renvoi directement vers celui de Belgique & Chrétienté, repris dans la rubrique ''réseau associatif''. Par ailleurs, depuis peu, la ''tendance identitaire'' du Front national appuie également B&C. Opposée à l'hégémonie de Daniel Féret sur le FN, cette tendance agit au sein d'un pseudo ''cercle Droite et Modernité'' (au sujet de celui-ci, lire notre article : Le cercle Droite et Modernité, le Front national de demain ?
).

Les dirigeants de cette tendance sont le sénateur frontiste Michel Delacroix et Patrick Sessler. Le premier militait dans les années 80 au Parti libéral chrétien (une survivance du Cepic, feue l'aile droite du Parti social chrétien), le second provient de la direction du Parti des forces nouvelles, un groupuscule néonazi, et fut le bras droit de Johan Demol, le président bruxellois du Vlaams Blok-Belang.

Terre et Peuple-Wallonie (T&P)
Apparue en 2000, T&P-Wallonie est la "bannière wallonne" de l'association française Terre et Peuple. Cette association identitaire a été constitué en 1994 autour de Pierre Vial, l'ex-chef de file des radicaux du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (Grece), du FN lepéniste d'abord, puis du Mouvement républicain national (MNR) de Bruno Mégret (pour un portrait détaillé de Pierre Vial, lire notre article : Pierre Vial, le gourou de Terre et Peuple.

T&P se revendique de la tradition, défend les thèses ''volkischs'' (un nationalisme basé sur une Communauté ethniquement homogène), comme jadis les nazis ou aujourd'hui encore le Vlaams Blok-Belang (VB). La mission que s'est donnée le groupe sectaire de Pierre Vial est de préparer "intellectuellement, politiquement et physiquement" les "Européens blancs" à la "guerre ethnique" qui devrait selon lui déboucher incessamment.

En Belgique, diverses organisations d'extrême droite belge ont manifesté leur soutien à Terre & Peuple. A plusieurs reprises, Pierre Vial fut invité par le groupe néopaïen Thule-Sodalitas (alors dirigé par un cadre du VB qui passa par la suite au FNB). Plusieurs dirigeants du VB soutiennent encore T&P, comme par exemple Roland Raes, son vice-président et idéologue de 1978 à 2001. Quant à la "bannière wallonne" de T&P, elle est dirigée depuis sa création par Georges Hupin. C'est dans les années 70, lorsqu'il dirigeait le Grece-Belgique, qu'il connut Pierre Vial. Après un retrait politique suite à la disparition de la section belge du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne, Georges Hupin reprit du service au milieu des années 90 au sein du Front national. En 2000, avec d'autres dissidents frontistes, il a participé à la fondation du Bloc wallon (BW), un parti politique d'extrême droite qui n'aura qu'une existence éphémère.
En hiver dernier, le leader de Terre & Peuple – Wallonie sera parmi les initiateurs de Renaissance sociale
, une association politique de soutien aux SDF organisant à Charleroi et à Bruxelles des ''soupes populaires''.



Page de promotion pour l'association racialiste Terre & Peuple dans ''le National'', le mensuel du Front national de Daniel Féret, de septembre 2005.

Lié au mouvement Nation, T&P se présente maintenant comme l'une des composantes de la ''mouvance identitaire'' qui prévoit aujourd’hui le dépôt de listes électorales sous le label du FNB. Seulement voilà : ce projet est loin de faire l’unanimité au sein de T&P. En effet, il faut savoir que l'un des adeptes les plus acharnés de ce groupe néopaïen en Belgique francophone est Patrick Cocriamont, député fédéral du Front national et ''lieutenant'' fidèle de Daniel Féret. Les partisans de T&P de Pierre Vial se recrutent donc aussi au sein du FN de Féret. Ainsi, en septembre 2005, une page entière en couleur était publiée dans ''Le National'' , le mensuel du FN féretiste, pour faire la promotion du journal de T&P. Il y était mentionné : ''Terre & Peuple Magazine est un trimestriel indispensable à la formation de chaque militant identitaire'' (1). Pour le contact de T&P en Belgique , une adresse e-mail figurait... celle de Patrick Cocriamont.

Ce dernier, son fidèle mentor (Daniel Leskens) et d'autres partisans de Féret agissent désormais pour faire capoter les projets électoraux de la ''mouvance identitaire''.

Suite donc au prochain épisode...

Alexandre VICK


(1) Dans ce même article du journal du FN de Féret (daté du mois de septembre 2005) soutenant l'association Terre & Peuple, était encore fait mention des ''valeurs ethno-culturelles qui sont les nôtres''. Soit une référence clairement ''raciale''. Pas étonnant de la part d'un parti dont le président sera ensuite, en avril 2006, condamné pour racisme .

© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances – Belgique – 26 avril 2006

 

 

Après les élections du 8 octobre 2006


Un dossier de RésistanceS.be coordonné par manuel Abramowicz et mis en ligne le 21 octobre 2006.

Les huit enseignements des élections 2006

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 (Région flamande)

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 ( Région Bruxelles-capitale)

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 (Région wallonne)

Résultats de l'extrême droite aux élections provinciales 2006

Rapport de force des extrêmes droites dans les trois régions

VB-Vlott : succès relatif de leur cartel électoraux

Les premiers élus de Force nationale

Echec des Identitaires

Plainte contre Belgique & Chrétienté et Nation

 

Sommaire de notre dossier


Un dossier de RésistanceS coordonné par Manuel ABRAMOWICZ

Dossier mis en ligne le : 29 août 2006
Dossier réactualisé le : 29 août 2006

Introduction à notre dossier: Que va-t-il se passer le 8 octobre prochain ?

Où l’extrême droite sera-t-elle présente aux élections communales du 8 octobre ?

Zizanie facho : enjeux et conflits électoraux inter-nationalistes

La bataille d'Anvers

L’imposture philosémite de Dewinter

Des listes unitaires FNB pour la ''mouvance identitaire''

Who's who de la ''mouvance identitaire''

Après le 8 octobre : la fin du cordon sanitaire ?

Des ''immigrés'' nationalistes sur des listes démocratiques

L'extrême droite pro-intégriste islamique, existe !

Une réalité tabouisée - interview de Mehmet Koksal sur l'extrême droite chez les ''immigrés''

''Ne votez pas extrême droite'' : Appel de la FGTB flamande contre le Vlaams Blok/Belang

Belgique & Chrétienté, le rendez-vous de la ''vraie droite belge''

Résultats et analyses des précédentes élections communales (2000)

 

Toujours en ligne sur RésistanceS.be


En plus de notre présent dossier, nous vous invitons à consulter nos articles suivants :

Extrême droite et antifascisme en Belgique – Intervention de RésistanceS au Parlement européen sur l’état de la situation - 12 mai 2006

Qui est réellement Philip Dewinter ? Portrait chronologique du véritable patron du Vlaams Blok/Belang

La fin du « féretisme » ?

Portrait politique de Daniel Féret

Antisémitisme : le naturel du Blok/Belang revient au galop

Notre dossier Elections communales 2000