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RésistanceS – 21 octobre 2006

Extrême droite: Stop ou encore ?

Les huit enseignements des élections 2006

Les résultats des dernières communales sont habituels : l'extrême droite monte encore. Oui mais… il y a un mais ! Elle peut être bloquée et mieux encore, elle peut même perdre. C'est le cas du puissant Vlaams Blok/Belang à Anvers, Gand et Schaerbeek. Dans la métropole portuaire, le VB passe de la première à la deuxième place au hit-parade politique.

La victoire, le 8 octobre dernier, est repassée dans le camp des antifascistes. Le SP.a gagne du terrain à Anvers, comme la gauche radicale dans le reste du pays. Demain, des ''dimanches rouges'' ? C'est bel et bien possible désormais. Voici les huit enseignements à tirer des résultats des partis liberticides au dernier scrutin électoral.

Par Manuel ABRAMOWICZ
Coordinateur de la rédaction de RésistanceS.be


RésistanceS : du Net à la TV, pour commenter les résultats des élections. Comme ici sur les antennes de Télé-Bruxelles, le 10 octobre dernier (image : TLB).


1er enseignement
L'extrême droite progresse partout

Le dimanche 8 octobre, le VB a confirmé qu’il était un ''parti de masse'', malgré l’un ou l’autre réel premier échec ici et là, comme cela sera expliqué plus loin. Dans deux communes flamandes, le parti nationaliste de Filip Dewinter dépasse ou se maintient largement au-dessus des 30 % : à Anvers (33 %) et Schoten (près de 35 %). Dans d'autres villes, il se retrouve avec des scores au-dessus des 20-25 % : à Alost (près de 23 %), Beveren (27 %), Renaix (23 %), Saint-Nicolas (26 %), Tamise (24 %) et Vilvoorde (près de 22 %). Pour les élections de districts communaux, le VB peut crier ''bingo'', avec des gains affolant de 30 % dans celui de Borgerhout, 35 % dans le district de Berendrecht Zandvliet-Lillo, 41 % dans ceux de Merksem et Hoboken et 43 % dans le district de Deurne. Cependant, grâce à la mise sur pied de ''majorités patchwork'', constituées d'un large éventail du monde politique, le VB restera dans l'opposition. Ouf, les démocrates l'ont échappé belle.

Du côté francophone, l’extrême droite est restée plus divisée que jamais, ce qui éparpilla les votes protestataires en direction des trois pôles néofascistes actuels (Front national, Front nouveau de Belgique et Force nationale). Malgré ce contexte, le FN engrange à nouveau des bénéfices électoraux importants par rapport aux élections de 2000, comme l'avait déjà démontrées les élections législatives de 2003 et les régionales de 2004. Le FN avait obtenu 6 sièges en 2000, il en a gagné 28 (dont seulement 2 dans la Région bruxelloise) le 8 octobre dernier. Et fait des scores extraordinaires dans des communes où il était absent en 2000 : à Mons (8 %), Fleurus (9 %), Châtelet (10 %), Courcelles (11 %), Quaregnon (11 %) et Pont-à-Celles (13 %). A Charleroi, la ville qui pouvait devenir l’Anvers wallon, le FN n'arrive pas au score prédit avant les élections, néanmoins il y fait un bon résultat avec près de 10 %. Dans la capitale du Pays noir, l’addition de l’ensemble des trois listes antidémocratiques (FN, Force nationale et FNB) donne tout de même un résultat de 13 %. Les succès frontistes sont en majorité enregistrés dans la Province de Hainaut, dans des communes où le PS a été éclaboussé par les dernières ''affaires''. Comme par hasard....

Dans la capitale, l’extrême droite continue à rassembler de très nombreuses voix , lorsqu’on additionne l'ensemble des résultats des listes liberticides : 9 % à Bruxelles-ville ainsi qu'à Evere, 11 % à Molenbeek et près de 12 % à Anderlecht.

En Flandre, le VB a obtenu son treizième succès électoral depuis les communales de 1988. Du côté francophone, les élections du 8 octobre passé ont confirmé que l'extrême droite reprenait de l'ampleur. Si elle arrive à mieux s'organiser et à s'unifier autour d'un Front national ''rénové'', il parait désormais évident que le succès de la droite nationaliste et populiste sera au programme des prochains scrutins.

2e enseignement
Le VB peut être bloqué et perdre


Affiche pour les élections de 2004 de Johan Demol, l'homme providentiel du VB. Aujourd'hui devenu le Napoléon du Vlaams Belang après son Waterloo électoral à Schaerbeek © Photo : Manuel Abramowicz – RésistanceS.

A Anvers, Gand et dans la commune bruxelloise de Schaerbeek, notamment, le Vlaams Blok/Belang, vient de subir de véritables premiers Waterloo électoraux. A Anvers, le VB était pourtant en cartel électoral avec le parlementaire nationaliste libéral Hugo Coveliers (voir notre article sur ce cartel dans ce présent dossier). Il aurait donc dû bénéficier des voix de celui-ci. Or, non seulement il ne progresse que d'un ridicule 0,5 %, mais en plus il passe de la première place (désormais occupée par le SP.a du bourgmestre Patrick Janssens) à la deuxième place au hit-parade électoral. C’est un échec historique. Un échec très personnel pour Filip Dewinter, le véritable patron du VB. Ses adversaires internes ont désormais de nouveaux arguments pour lui couper les ailes (voir le dernier enseignement). A Gand, il passe de près de 20 % à 18 %. A Schaerbeek, la commune dont le VB avait décidé de faire son fief bruxellois, sa liste locale, ''Demol'' (du nom du président bruxellois du parti, Johan Demol), perd plus de 50 % de son électorat. Il passe ainsi de 8 % à 4 %. Représenté par quatre conseillers communaux après les élections de 2000, Johan Demol, qui peut désormais être surnommé le ''Napoléon du VB'', sera le seul représentant du parti séparatiste flamand à Schaerbeek. L'humiliation suprême.

Autre bonne nouvelle : dans le quotidien Le Soir, la journaliste Bénédicte Vaes a démontré que depuis 2004, ''la marée noire reflue'' sur l'ensemble du territoire flamand. ''Ce déclin est très clair lorsqu'on compare les scores provinciaux du 8 octobre à ceux des régionales. Au total, le Vlaams B. qui avait, en 2004, conquis près d'un million de Flamands, perd plus de 80.000 voix, ou 8,46 % de ses effectifs. Son comptage s'arrête désormais à 879.377 voix'', analyse Bénédicte Vaes. Pour elle encore : ''Le Belang a bel et bien subi un coup d'arrêt (...). Ce qui offre une cure d'optimisme aux démocrates. Tous ceux qui prescrivaient, par désespoir, de laisser le VB accéder au pouvoir dans l'espoir qu'il s'y brûle, se taisent soudain''.

Conclusion du journal flamand De Standaard : ''Nulle part en Flandre, le Vlaams Belang n'a pu obtenir un résultat lui permettant d'être incontournable sur l'échiquier politique''. Concernant Anvers, le quotidien catholique constate : ''La ville aura finalement été un Waterloo pour le dirigeant du Vlaams Belang. Le parti n'a pas non plus réalisé de bons scores dans les différents districts d'Anvers (...). L'avenir de ce parti semble moins brillant. Dans certaines villes, il enregistre soit un recul, soit de modestes gains (à Gand et à Malines). De fait, l'idée de permettre à l'extrême droite d'intégrer une majorité afin de le mettre à l'épreuve de l'exercice du pouvoir se fait moins pressante''. Le résultat des élections aura donc finalement renforcé le cordon sanitaire que le VB avait pourtant prévu de faire sauter. Pari perdu.

3e enseignement
Le cordon sanitaire n’a pas implosé


Hugo Gijsels (troisième en partant de la gauche), parrain antifasciste de RésistanceS et initiateur du cordon sanitaire. Le ''0810'' : c'est la « génération Hugo » qui a gagné les élections contre le Vlaams Blok/Belang à Anvers © Photo : Manuel Abramowicz – RésistanceS.

Tout le monde, ou presque, avait prévu que le cordon sanitaire – isolant les partis liberticides dans le paysage politique – allait voler en éclat après le 8 octobre. Selon une enquête réalisée en mars dernier par le quotidien flamand Het Laatste Nieuws, 16 bourgmestres (membres du VLD et CD&V) sur 308 affirmaient alors être prêts à ouvrir des négociations avec le parti d'extrême droite, après les élections, en vue de les intégrer au pouvoir communal. ''Si nous avons besoin d’un seul VB pour former une majorité, alors nous n’abandonnerons pas nos électeurs'', avait affirmé Freddy Vranckx, bourgmestre libéral de la commune de Lubbeek, dans les colonnes de Het Laatste Nieuws.

Le VB pensait donc son heure arrivée pour enfin accéder au pouvoir en coalition, après près de 30 ans d'existence et de présence discontinue sur les bancs de l'opposition. Eh bien non, le cordon sanitaire est resté d’actualité. Il ne fut pas brisé. Pire pour Filip Dewinter : ce cordon sera maintenu et continuera à faire du Blok/Belang un parti éternellement d’opposition, à moins que les ''modérés'' du VB arrivent à bouter hors de leurs rangs Dewinter, ce qui permettrait selon eux de dédiaboliser leur parti et de l'associer enfin à des pouvoir communaux, régionaux.... Mais ceci est une autre affaire, dont il sera question au dernier enseignement.


4e enseignement
Les dissidents et concurrents restent au tapis

En Flandre, face au VB, une toute petite poignée de listes concurrentes d'extrême droite ou d'ultradroite populiste furent déposées. Le Nieuwe partij (NP), branche flamande officielle du Front national de Daniel Féret, a fait un résultat calamiteux à Anvers (0,2 %), seule commune où il avait déposé une liste. Egalement en lice dans la métropole portuaire, le parti Protest (droite radicale, notamment soutenue par des néonazis liés aux francophones du mouvement Nation) a obtenu le même score que le NP. Ensemble, les purs et durs de l'extrême droite rassemblent désormais 1.166 Anversois (0,4 %). Dans la périphérie anversoise, malgré plusieurs listes de cartel avec le VB, des listes Vlott (groupe Coveliers, d'obédience nationaliste, ultra libéral et indépendantiste) étaient déposées dans deux communes où le VB était également présent. Leurs résultats ne sont pas terribles : 3,6 % à Lint et 0,7 % à Mortsel. Dans plusieurs communes bruxelloise, le VB s'est par ailleurs disputé les ''voix protestataires'' avec le Front national, Force nationale et le Front des Bruxellois (FDB, à Evere uniquement). Malgré une ville à majorité francophone (85 % de ses habitants), le parti séparatiste flamand est partout largement en tête de l'extrême droite. Le VB y reste le number one.

Côté francophone, les clones, les dissidents et autres adversaires nationalistes du FN subissent de nouveaux insuccès électoraux. Le FNB confirme son état groupusculaire et son inexistence militante, malgré l'apport des activistes auto-proclamés de terrain du mouvement Nation (comme cela est expliqué dans un autre article de notre dossier). Pour sa part, Force nationale (présenté en Wallonie sous le sigle de FNationale, et à Bruxelles sous celui de Force citoyenne) obtient certes des résultats plus élevés que ceux du FNB (pourtant d’existence plus ancienne), mais tout de même ridicules.

A ces élections, à l'instar des autres rendez-vous électoraux, le FN a donc cloué au sol tous ses concurrents et dissidents. Ce Front « imperformant » – ceci est un paradoxe mais aussi une vérité belgo-francophone – garde donc la main sur le leadership de l'extrême droite. L'avenir de la droite nationaliste, poujadiste, xénophobe et populiste reste définitivement derrière les initiales ''FN''. Pas de salut en-dehors de ce label gagnant, comme RésistanceS l'analyse depuis le milieu des années 90. L’électorat préfère toujours l’original à la copie.

Le Front national garde le leadership
Après ses cuisantes défaites électorales de 1999 et 2000, tout le monde avait prédit la fin du Front national ''féretiste''. Et puis, patatras, Jean-Marie le Pen passe au second tour des présidentielles de 2002 et donne la possibilité, par des ondes de chocs positives, au FN de Daniel Féret de renaître de ses cendres. Les législatives de 2003 et les régionales 2004 sont de très bons crus pour les frontistes de Belgique, qui pourtant restent sclérosés par la ''facho-zizanie'' qui les ravage depuis tant d'années.

Le 8 octobre, le FN a redécollé sur le plan électoral en gagnant 28 conseillers communaux contre seulement 6 en 2000. Certes, il n’y a pas eu de ''raz-de-marée noir'', comme l'avaient prédit certains sondages, mais le Front national obtient de nouveaux scores significatifs lui permettant de s'imposer à la place de leadership des ''franco-fachos''.

 

5e enseignement
Apparition de l'extrême droite ''immigrée''


Local du Front national, à Molenbeek, en 1988. Dans les quartiers ''immigrés'' l'extrême droite est aussi présente © Photo : Manuel Abramowicz – RésistanceS.

Un des thèmes centraux développés par les médias à l'occasion des communales 2006 fut le ''vote communautariste''. Pour la première fois, les étrangers non-européens pouvaient voter à leur tour. Le nombre de candidats d'origine nord-africaine, sub-saharienne, turque... s'est multiplié. Des milliers d'habitants de notre pays, souvent considérés comme des citoyens de seconde zone, purent enfin exprimer leur opinion, désigner leurs représentants et le programme communal de leur choix. Seul bémol dans cette avancée exceptionnelle en Europe : la présence de candidats émanant de mouvements religieux intégristes et d'organisations politiques antidémocratiques. A Schaerbeek, Gand, Charleroi... la présence de membres des Loups gris (extrême droite raciste turque), par exemple, fut observée sur des listes de partis dits démocratiques. Ce sujet tabouisé par la bien-pensance ambiante a fait polémique. Les prises de positions se sont crispées. Chaque camp s'est rangé derrière ses barricades, les uns affirmant que le cordon sanitaire avait été brisé, par le PS à Schaerbeek par exemple, les autres adoptant pour toute défense la politique de l'autruche (se terrer et attendre que l'orage soit passé) ou criant au ''grand complot'', sans pour autant apporter des réponses précises aux questions posées.

S’il y a eu des candidats (et maintenant des élus) d'extrême droite ''immigrée'', c’est qu’il y a aussi un électorat pour ceux-là. Le Vlaams Belang en était bien conscient. C'est pour cette raison qu'aux communales de 2000, sur la liste du VB à Alost figurait une dénommée Belkis Sögütlü, alias ''madame Hitler''. En prévision du scrutin de 2006, le même parti diffusa en 2005 un tract en langue turque à Saint-Josse-ten-Noode et Schaerbeek, communes bruxelloises où réside une forte communauté turcophone, comme l'avait révélé le journaliste Steven Van Garsse de l’hebdomadaire flamand Brussel Deze Week. Après ses révélations sur la présence d'un dirigeant des Loups gris dans les rangs socialistes, le journaliste Mehmet Koksal dénonçait sur son blog (http://allochtone.blogspot.com) la présence sur la liste schaerbeekoise du VB, parti dont l’islamophobie confine à l’obsession, d'un candidat musulman qui adressa sa propagande en arabe. Le Centre d'études sur la vie politique (Cevipol, ULB) avait quant à lui déjà déterminé, aux élections régionales de 2004, que 4,7 % de l’électorat bruxellois du VB s'affirmait comme étant musulman.

Une chose est désormais sûre : il y a bel et bien au sein des populations de souche immigrée des élus et des électeurs d'extrême droite. Le ''parcours immigré'' n'est pas un antidote au racisme et à l'adhésion aux thèses politiques d'Ordre nouveau.

6e enseignement
Montée de l’''Autre extrême''

La gauche radicale monte aux élections 2006, bientôt des ''dimanches rouges'' ? © Photo : Manuel Abramowicz – RésistanceS.

Notre société va mal : délocalisations, fermetures d'entreprises, chômage, criminalité, scandales politico-judiciaires, perte d'identité, lézardisation des institutions fédérales... sont en hausse constante. La Belgique perd la boule et les extrémistes récoltent dans leur escarcelle des déçus, des rebelles et des révoltés. Le vote dit ''protestataire'' est favorable à l'extrême droite... qui incarne pourtant des valeurs intrinsèquement conservatrices, contre-révolutionnaires, rétrogrades, ultralibérales et antisociales. Un paradoxe. Que certains semblent de mieux en mieux comprendre.

De l'autre côté de l'échiquier se trouve une ''autre extrême'' : l'extrême gauche. Cette gauche radicale, anticapitaliste et populaire n'a rien à voir avec les extrémistes en chemises noires. Ces derniers scandent un radicalisme d'exclusion basé sur l'inégalitarisme et le principe capitaliste de ''l'exploitation de l'homme par l'homme''. La gauche réellement de gauche propose, elle, un radicalisme d'intégration, permettant la transformation du pays en jetant les bases fondatrices d'une nouvelle société : auto-organisée par ses habitants, socialiste et égalitariste. Depuis 2004, les représentants de cette gauche anticonformiste s'imposent petit à petit dans le paysage politique. Malgré leurs handicaps endogènes (conflits et divisions internes) et une politique étatique qui organise sciemment le black out autour d'eux, les ''gauchistes'' de chez nous bougent pourtant toujours.

Ils apparaissent dorénavant, de façon bien plus visible, dans les résultats électoraux : près de 3 % à Molenbeek, 8 % à Anderlues, 8 % à Courcelles, 9 % à Herstal, ainsi qu'à Seraing, 10 % à la Louvière... En Flandre, le PvdA (PTB) est même arrivé à près de 22 % à Zelzate (commune du nord de la ville de Gand). En sièges, le PTB est passé de 5 à 15 élus. Un record absolu pour le Parti du travail de Belgique, d'obédience marxiste-léniniste. Les autres représentants de la gauche communiste obtiennent également des élus : 2 pour le Parti ouvrier socialiste et une dizaine pour le Parti communiste, pour la plupart élus sur des listes de cartels alternatifs ou sur celles du parti Ecolo.

Assisterons-nous à d'autres victoires de la gauche radicale en 2007 ? A des ''dimanches rouges'' ? C'est bien probable, si les moyens - octroyés habituellement à toutes les forces politiques pour se faire connaître du grand public - lui en sont accordés. Dernière chose et non des moindres : la montée en puissance des partis proposant une alternative progressiste à la ''Belgique d'en bas'' est un réel frein à celle de l'extrême droite.


7e enseignement
La bonne gouvernance, la solution contre l’extrême droite ?

En général, là où le VB perd, ne progresse que légèrement ou ne fait pas des scores effrayant, on trouve des bourgmestres très actifs dans le domaine de la proximité. De plus, ces bourgmestres présentent en général des bilans communaux positifs et sont dotés d'un charisme séduisant véritablement leur population. ''A Anvers, le bourgmestre Patrick Janssens a prouvé que la bonne gouvernance peut réduire le Vlaams Belang'', note le quotidien De Standaard, après la défaite anversoise de Filip Dewinter. Dans le Hainaut, où des politiciens ont fauté et ont été pris la main dans le sac, le FN décroche des bonus. Le clientélisme archaïque et les gestions féodales sont du pain béni pour le développement durable des vendeurs d'Ordre nouveau. La bonne gouvernance et l'association réelle de la population, dans un esprit de transparence, semble permettre de court-circuiter l'ascension VBiste et frontiste. La perte des batailles électorales à Schaerbeek, Anvers et Gand démontre que le VB peut être bloqué grâce à une autre façon de faire de la politique. Un enseignement encourageant pour l'avenir ?

Pour le long terme et pour mettre définitivement hors d'état de nuire l'extrême droite, ce sont des changement radicaux qui devront être apportés, essentiellement dans le combat contre l'insécurité, la précarité et le chômage. La seule réelle solution pour éradiquer l'extrême droite, cette maladie politique qui ravage depuis plus de quinze ans la Belgique : l'édification d'une société égalitaire, avec un système profondément démocratique qui bannira les injustices et les discriminations. Une ''Autre société'' non seulement est possible, mais est en fait la seule solution contre l'extrême droite.

8e enseignement
Le ''Dewinter Blok'' mis sur la touche

Filip Dewinter, avec le Vlott, il a fait un flop à Anvers. Le début de la fin du golden boy du VB ? © Photo : Georges Berghezan.

Filip Dewinter est arrivé à la tête du Vlaams Blok au milieu des années 80, adoubé par Karel Dillen, le président-fondateur du parti. Influencé par Jean-Marie le Pen, il prend les rênes du pouvoir du parti nationaliste flamand et le transforme en une formation politique moderne de ''droite nationale''. Pour cela, il y installe ses ''potes'' du NSV, une association d'étudiants adeptes de la croix celtique néofasciste, les purs et durs du nationalisme flamand. L'ascension du jeune Dewinter ne va pas faire que des heureux. Fidèle du combat nationaliste ''100 % flamand'', la vieille garde du parti va exprimer, jour après jour, son opposition au clan Dewinter. Les Anversois du VB diront même à Filip Dewinter de retourner chez lui, à Bruges. En effet, ils ne souhaitent pas que celui-ci utilise le fief historique des nationalistes nordistes pour son plan de carrière personnel. Rien n'y fait. Dewinter est le plus fort et s'impose au sommet du VB dans la métropole portuaire. Anvers deviendra son repère, son QG. En 1989, ses premiers opposants internes jettent le gant et partent fonder un mouvement dissident, le Nationalistisch verbond. Son existence sera de courte durée.

En interne, les anti-Dewinter restent toujours présents jusqu'à aujourd'hui. Ils font partie de tous les courants du parti. Certains estiment que Filip Dewinter a abandonné la ''ligne dure'' pour se soumettre au politiquement correct. D'autres par contre dénoncent ses relations fraternelles avec des organisations néofascistes, païennes et antichrétiennes. Aujourd'hui, ils sont de plus en plus nombreux à considérer Filip Dewinter comme étant le principal responsable de la diabolisation du VB. Diabolisation qui l'isole dans le paysage politique et le maintient éternellement dans l'opposition. Même Franck Van Hecke (le président VB) et Gerolf Annemans (le n°3 du parti), désormais, témoignent de l’irritation face à la ''stratégie dewinterienne''. La pression vient aussi de la nébuleuse externe – mais influente – du VB : le Vlaamse Volksbeweging (VVB), le mouvement passerelle entre les différents courants nationalistes, a désapprouvé publiquement Filip Dewinter, après son échec anversois du 8 octobre. L'un des dirigeants du VVB, Dirk Laeremans, souhaite même que Dewinter, devenu un mauvais joueur pour l'''équipe national-flamande'', quitte le terrain et retourne dans les vestiaires, voire en Division 3. Dewinter est dorénavant le vilain petit canard des ultras du nationalisme nordiste, qui le considèrent comme un barrage placé sur le chemin devant conduire à l'indépendance de la Flandre.

Soucieux d'arriver rapidement au pouvoir après bientôt trente ans d'opposition, le clan des ''modérés'' va maintenant profiter de cet échec pour tenter de mettre de côté Dewinter. Le compte à rebours annonçant la dégringolade du ''golden boy'' de l'extrême droite flamande est-il lancé ? Au lendemain des élections communales, Luc Van der Kelen, éditorialiste du quotidien Het Laatste Nieuws, déclarait ainsi au sujet de l’échec électoral de Dewinter : ''Begin van het einde'' (le début de la fin) et que ''le crépuscule des dieux semble entamé pour Filip Dewinter''. Alors demain, la fin du ''Dewinter Blok'' ? L'avenir du parcours du Vlaams Belang (Intérêt flamand) devra être observé avec un grand intérêt.

© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 21octobre 2006

 

 

Après les élections du 8 octobre 2006


Un dossier de RésistanceS.be coordonné par manuel Abramowicz et mis en ligne le 21 octobre 2006.

Les huit enseignements des élections 2006

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 (Région flamande)

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 ( Région Bruxelles-capitale)

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 (Région wallonne)

Résultats de l'extrême droite aux élections provinciales 2006

Rapport de force des extrêmes droites dans les trois régions

VB-Vlott : succès relatif de leur cartel électoraux

Les premiers élus de Force nationale

Echec des Identitaires

Plainte contre Belgique & Chrétienté et Nation

 

Sommaire de notre dossier


Un dossier de RésistanceS coordonné par Manuel ABRAMOWICZ

Dossier mis en ligne le : 29 août 2006
Dossier réactualisé le : 29 août 2006

Introduction à notre dossier: Que va-t-il se passer le 8 octobre prochain ?

Où l’extrême droite sera-t-elle présente aux élections communales du 8 octobre ?

Zizanie facho : enjeux et conflits électoraux inter-nationalistes

La bataille d'Anvers

L’imposture philosémite de Dewinter

Des listes unitaires FNB pour la ''mouvance identitaire''

Who's who de la ''mouvance identitaire''

Après le 8 octobre : la fin du cordon sanitaire ?

Des ''immigrés'' nationalistes sur des listes démocratiques

L'extrême droite pro-intégriste islamique, existe !

Une réalité tabouisée - interview de Mehmet Koksal sur l'extrême droite chez les ''immigrés''

''Ne votez pas extrême droite'' : Appel de la FGTB flamande contre le Vlaams Blok/Belang

Belgique & Chrétienté, le rendez-vous de la ''vraie droite belge''

Résultats et analyses des précédentes élections communales (2000)

 

Toujours en ligne sur RésistanceS.be


En plus de notre présent dossier, nous vous invitons à consulter nos articles suivants :

Extrême droite et antifascisme en Belgique – Intervention de RésistanceS au Parlement européen sur l’état de la situation - 12 mai 2006

Qui est réellement Philip Dewinter ? Portrait chronologique du véritable patron du Vlaams Blok/Belang

La fin du « féretisme » ?

Portrait politique de Daniel Féret

Antisémitisme : le naturel du Blok/Belang revient au galop

Notre dossier Elections communales 2000