RésistanceS 08-04-2009

Extrême droite


Les enjeux des élections du 7 juin 2009



L'extrême droite belge francophone et flamande sera présente, une fois de plus, aux prochaines élections. Ce scrutin – régional et européen - sera décisif pour les partis en lice. Le Vlaams Belang risque de perdre définitivement son leadership en matière de populisme, en Flandre et à Bruxelles. Il pourrait même se diriger vers une «groupusculisation», voire une implosion. Le Front national «rénové» jouera sa survie dans le paysage politique. Le FN d'origine pourrait quant à lui disparaitre. RésistanceS.be fait le point de la situation pré-électorale de la droite ultra nationaliste et populiste.


Le 7 juin, l'extrême droite pourrait décliner... voire imploser © Photo-document montage : RésistanceS.be


Depuis plusieurs élections, de manière répétée, les partis nationalistes populistes d'ultra droite sont en perte de vitesse en Belgique, comme l'est le Front national en France. Leur reflux électoral s'explique par diverses raisons.

Le Vlaams Belang en voie de «groupusculisation» ?
En Flandre, la décroissance électorale de l'extrême droite, incarnée par le Vlaams Belang, est due à deux motifs essentiels : son maintien continu dans l'opposition et l'apparition de nouvelles forces protestataires. Explications en détail :

1. L'usure due à la présence continue du Vlaams Belang dans l'opposition. Depuis sa création, sous le nom de Vlaams Blok, en 1978, il y a plus de trente ans, le VB n'a jamais accédé à un quelconque pouvoir. Le vote protestataire simpliste ne suffit plus au VB pour maintenir le cap de la protestation sans fin. Une partie de son électorat estime que son rôle d'éternel opposant poujadiste est usé. Terminé.

2. L'émergence de nouvelles formations politiques : la Nieuw-vlaamse alliantie (NVA, Nouvelle alliance flamande) et la Lijst Dedecker (LDD).

La NVA a été formée par l'aile ultra droite de l'ex-Volksunie, le parti nationaliste historique du mouvement national flamand, dont le VB fut une scission indirecte. Elle a trouvé un leader charismatique en la personne de Bart De Wever, présent désormais dans le «top 5» des personnalités les plus populaires en Flandre, bien avant Filip Dewinter, le chef médiatique du Vlaams Belang, qui se trouve en neuvième position dans le «hit-parade» politique flamand. Certes, la NVA fera moins que le VB le 7 juin prochain. Toutefois, elle ne cesse plus d'augmenter ses scores dans les derniers sondages. La nouvelle alliance flamande de De Wever pourrait obtenir plus de 6 %. Pendant que le VB perd encore des voix : près de 10 % en moins par rapport aux précédentes élections régionales.

Pour sa part, la LDD est également conduite par un populiste à succès, bien plus encore que Bart De Wever : Jean-Marie Dedecker, l'ex-entraineur national de judo et ex-parlementaire libéral rebelle. Après l'ancien ministre fédéral libéral Guy Verhofstadt, le big-boss-fondateur de la LDD est l'homme politique le plus aimé des Flamands. Son avenir est assuré à long terme. Apparue il y a deux ans à peine, la LDD est déjà un poids lourd dans le paysage politique flamand. Lors de sa création et sa première participation aux élections législatives, en juin 2007, le parti de Jean-Marie Dedecker bat tous les records du taux de pénétration de l'histoire politique belge dans la catégorie «nouveau parti», avec 6,5 % des voix de l'électorat flamand. Aujourd'hui, la LDD est créditée de plus de 16,6 %.

NVA et LDD s'expriment politiquement dans un style très proche de celui du VB : nationaliste-flamand, très réactif à l'égard du monde politique francophone, hyper à droite, exploitant un sentiment xénophobe/islamophobe... De plus, ils bénéficient d'une image plus «jeune», plus adaptée à notre époque. Leurs leaders respectifs incarnent la stature d'«hommes nouveaux». Et last but not least : la NVA et la LDD ne sont pas «victimes» du cordon sanitaire. Un cordon qui isole le Vlaams Belang dans une éternelle opposition sans issue. Sur base de leurs programmes d'opposition, NVA et LDD pourront bien vite accéder au pouvoir. Ce qui est d'ailleurs déjà le cas localement pour la NVA.

La confirmation du renforcement électoral de la Nieuw-vlaamse alliantie et de la Lijst Dedecker pourrait signifier la fin du Vlaams Belang, sous sa forme actuelle. Le scénario possible : son implosion au lendemain du 7 juin, le départ des dirigeants et cadres les moins marqués par le passé nazi du parti et leur transfert chez Dedecker ou De Wever, voire au CD&V. Dégraissé, le VB survivrait alors autour de ses chefs les plus radicaux. Ce qui entraînerait sa «groupusculisation» à terme.


La fin du mauvais «Le Pen bruxellois» ?
Dans la capitale, c'est la division des listes «néofascistes» qui explique la mauvaise santé de leur potentiel électoral. Le Vlaams Belang Brussel n'a jamais réussi à élargir durablement son électorat local, malgré les gros moyens financiers (des millions d'euros !) et humains déployés, depuis 1996, avec l'arrivée dans ses rangs de Johan Demol. Programmé pour devenir le «Le Pen bruxellois», l'ex-chef de la police de Schaerbeek n'a pas réussi à atteindre les objectifs souhaités par l'état-major du VB Brussel. C'est même l'échec cuisant qui s'annonce pour juin, selon le sondage de «La Libre Belgique» du 30 mars dernier : le parti nationaliste flamand passerait de 4,7 % aux élections régionales de 2004 à 2,7 %. Le «phénomène Demol» n'aura jamais pris à Bruxelles. L'opération de conquête de la capitale du VB se terminera certainement par un «Waterloo politique» qui coûtera très cher au parti nationaliste flamand dans son ensemble.

Du côté de l'extrême droite francophone, la fissuration se poursuit, ainsi que les litiges et imbroglio pour connaître l'identité du propriétaire légal du Front national. Comme RésistanceS.be l'a si souvent détaillé, le FN se conjugue au pluriel. A la veille du début de la campagne électorale, il n'est toujours pas possible de savoir à qui appartient réellement le Front national belge : au clan de Daniel Féret (son président-fondateur) ou à celui mené par les députés régionaux Patrick Sessler, Daniel Huygens, Jean-Pierre Borbouse et le sénateur Michel Delacroix ? Le ministre de l'Intérieur a refusé de trancher, le 3 avril dernier, lors du tirage au sort des numéros nationaux. Résultat : aucun des deux FN n'en a obtenu un. Les patrons des FN devront attendre le vendredi 10 avril prochain pour savoir qui des deux entités frontistes sera reconnue comme étant le «FN réel». D'après les informations en notre possession, il devrait s'agir du FN de Sessler and C°.

De plus, en parallèle à la «guerre des FN», les frontistes belges francophones font face à la présence sur le terrain de quelques petits concurrents. Certes, ces derniers n'ont aucune chance de remplacer les frontistes en doublant le peloton de tête de l'extrême droite francophone dans sa course folle. Cependant, comme à chaque élections, malgré des scores maigrichons, les copies du FN piqueront ici et là des voix qui, théoriquement, lui sont réservées.

 


Le 7 juin : la fin politique de Johan Demol ? © Photo : Maz/RésistanceS.be



L'extrême droite survivra-t-elle ?
Résumons : en Flandre, le Vlaams Belang est dans un cul-de-sac et perd des électeurs et des adhérents en grand nombre, de plus en plus tentés de l'abandonner pour rejoindre les deux nouvelles formations nationalistes flamandes – la NVA et la LDD - qui montent continuellement quand le VB diminue d'élections en élections. A Bruxelles, un «Waterloo électoral» est au rendez-vous pour ce parti, le 7 juin prochain, après près de quinze ans d'investissements humains et financiers très onéreux. L'actuelle direction du Vlaams Belang devra alors payer, en interne, les pots cassés... L'addition promet d'être très dure à encaisser...

Dans une situation économique qui lui est favorable, l'extrême droite francophone garde un léger potentiel pour encore arriver à réunir une bonne partie des voix protestataires. D'autant plus qu'il n'existe pas en Wallonie – comme en Flandre - de forces politiques nouvelles pouvant séduire son électorat. A l'exception du parti Libéral démocrate (LiDé) jusqu'il y a peu. Mais depuis lors, celui a implosé en plein vol, après son décollage et bien avant son atterrissage, prévu pour le 7 juin justement. Aujourd'hui, le FN a le champ libre. Or, les frontistes semblent définitivement incapables d'enterrer la hache de guerre qui les divise. Les guéguerres internes restent la singularité de cette extrême droite que certains décrivent, non sans raison, comme étant la plus bête du monde.

C'est le 7 juin prochain que l'avenir des droites extrêmes se jouera. Parce que ces élections seront décisives pour leur survie respective à court et long terme.

Manuel Abramowicz


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 8 avril 2009.

 

 

Nota bene - Ce dossier a été ouvert le 8 avril 2009 par RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite. Il sera régulièrement réactualisé.

Déjà au sommaire de ce dossier :

Le Front national organise sa survie politique

L'extrême droite électorale en décroissance généralisée

Extrême droite: qui sera présent le 7 juin prochain?

«Wallonie d'abord !» , l'extrême droite régionaliste aux élections de 2009

Les enjeux des élections 2009

Etat des lieux de l'extrême droite francophone pré-élections

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Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008