RésistanceS 08-06-2009

Résultats des élections régionales et européennes 2009


L'extrême droite électorale en décroissance généralisée


Le danger que représentaient les partis antidémocratiques est-il derrière nous ? Ce 7 juin, le Vlaams Belang a reçu une terrible gifle électorale qui pourrait nuire à son avenir. Le Front national a pour sa part été expulsé des parlements régionaux. Au vu de ses scores électoraux ridicules, la fin du frontisme est aujourd’hui probable. Le revanche de l'ex-Volksunie, via la N-VA, sur le VB, a sonné.


A Bruxelles et en Wallonie, le Front national est désormais exclu des parlements régionaux. En Flandre et à Bruxelles, le Vlaams Belang perd une bonne partie de son cheptel électoral au profit de la N-VA, parti issu de l'aile droite de la Volksunie – Illu : RésistanceS.be


Le constat devra être considéré comme majeur dans l'histoire politique belge : après plus de vingt années d’incessantes victoires aux différentes élections, le 7 juin dernier, l'extrême droite a été mise en déroute. Véritablement en déroute. Comme en France, mais pas au Pays-Bas, où une nouvelle forme de droite populiste s'incruste fortement dans le paysage politique local.

En Flandre, la défaite est cinglante pour le Vlaams Belang (VB) qui perd près de 9 % de son électorat par rapport aux élections régionales de 2004. Dans la circonscription d'Anvers, son fief historique, il passe de 30 à 19 %. A Bruxelles, le parti nationaliste flamand d'ultradroite voit sa représentativité au Parlement régional fondre de moitié.

Le mouvement de reflux électoral du VB avait déjà été observé aux élections communales de 2006. Aujourd'hui, le mouvement de net recul est confirmé. Et annonce la fin du rôle de nuisance et d'influence que le VB jouait : il ne pourra plus diriger l'orchestre du nationalisme flamand pur et dur et donner le tempo à la politique flamande. Le Vlaams Belang est en décroissance ! Certes, il reste le deuxième parti chez les Flamands, mais pour combien de temps encore ?

TABLEAU 1
Résultats du Vlaams Blok / Belang aux élections régionales flamandes

1995

1999

2004

2009

12,33 %

15,54 %

24,15 %

15,28 %

 


Le cordon a payé ?
Apparu en 1978, à l'initiative de dissidents radicaux de l'ex-Volksunie (le parti nationaliste historique du mouvement flamand), le Vlaams Belang - alors connu sous son premier nom : Vlaams Blok - est devenu depuis lors le parti séparatiste leader dans le Nord du pays. De scrutin en scrutin, le VB gagnait des points de plus en plus significatifs, des élus à tous les niveaux (de la plus petite commune jusqu’au Parlement européen) et une influence considérable sur la politique flamande. Ce parti pouvait même être reconnu alors comme l'un des partis d'extrême droite les plus performants d’Europe. Il était annoncé, en 1994, que la ville d'Anvers allait tomber dans son escarcelle. Après la bataille d'Anvers, le VB avait prévu la prise de l'électorat néerlandophone de Bruxelles. Avec toujours comme objectif final de devenir le numéro un en Flandre, briser l'unité du pays, faire exploser la Belgique et créer un Etat flamand indépendant.

La stratégie VBiste était une stratégie de longue haleine : rue par rue, quartier par quartier, commune par commune, province par province. Plan d'attaque déjà mis en place, dès les années cinquante, par son président-fondateur, Karel Dillen, l'organisation néonazie qu'il dirigeait, Were Di (aujourd'hui disparue), et le courant radical qu'ils représentaient alors au sein de la Volksunie. La stratégie de ces nationalistes radicaux n'avait pas prévu la mise en place, dès 1988, d'un cordon sanitaire, pensé et proposé par l'antifasciste Hugo Gijsels.

En résumé, ce «cordon» préconisait la diabolisation du Vlaams Belang. Son isolement au sein du monde politique. Son statut d'éternel opposant qui ne sera jamais aux affaires. Cette stratégie antifasciste semble avoir aujourd'hui gagné : une bonne partie de l'électorat du VB ne souhaitant plus voter éternellement pour une formation ne pouvant pas appliquer son propre programme, a décidé de façon mature qu'il fallait voter pour ceux qui offraient un programme proche mais qui n'étaient pas labellisés comme infréquentables. Ce qui est le cas de la Nieuw-vlaamse alliantie (N-VA, la Nouvelle alliance flamande) de Bart De Wever et de la Lijst Dedecker (LDD), de Jean-Marie Dedecker.



Feu Karel Dillen et Jean-Marie Le Pen, les présidents-fondateurs du Vlaams Blok/Belang et du Front national français. Aujourd'hui, deux partis en nette diminution électorale.



La revanche de l'ex-Volksunie
C'est certainement surtout la N-VA qui est à l'origine du reflux important du Vlaams Belang. Avec ses 13 % en Flandre, la Nouvelle alliance flamande est le parti nationaliste qui monte. Il se pourrait qu'aux prochaines élections, la N-VA croise le VB, pour le remplacer en bonne place dans le hit-parade politique flamand. A l'observation des derniers mouvements électoraux, ce scénario est possible. D'autant plus que le «Waterloo électoral», subi ce 7 juin par le VB, va certainement donner lieu à l'augmentation de la tension interne qui morcelle de l'intérieur, depuis plusieurs années déjà, ce parti de la droite extrême nationaliste. A l'instar d'une partie de son cheptel électoral, des migrations d'élus, de cadres et de membres du VB vers la N-VA - et/ou la LDD – pourraient encore avoir lieu prochainement. La N-VA accueillera ces transfuges les bras ouverts. Mais seuls les «clean» du VB (ceux n'ayant pas de passé «politiquement incorrect») auront la chance de trouver un «asile politique» au cœur du parti de Bart De Wever. Les autres resteront dans un Belang qui se «groupusculera» de plus en plus.

La main, chez les nationalistes flamands, appartient désormais bel et bien à la N-VA. Un parti fondé par l'aile droite de l'ex-Volksunie. Cette dernière avait disparu en 2001 après les succès successifs du Vlaams Belang au sein de l'électorat nationaliste protestataire. La victoire future de la N-VA sur le VB sera donc, en quelque sorte, une revanche de l'ex-Volksunie - via ses successeurs actifs à la N-VA - sur le parti qui l'avait, jadis, détrôné puis fait disparaître définitivement.



Le Vlaams Belang se présente comme «la» nouvelle force flamande. Aujourd'hui, c'est la N-VA qui pourrait jouer ce rôle © Photo Tractothèque.

Du côté de l'extrême droite francophone, la déroute est encore plus forte. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'une déroute mais d'une véritable disparition. Après plusieurs victoires aux élections régionales (en 1989 à Bruxelles, puis en 1995 et 2004) et l'élection de députés Front national, l'extrême droite est totalement évincée des parlements de la Région bruxelloise et de la Région wallonne. Par ricochet, le coup pourrait être mortel pour l'avenir du FN en général, et de l'extrême droite francophone en particulier.

Avec des résultats électoraux mordant la poussière, la disparition parlementaire régionale des frontistes en Wallonie et à Bruxelles résulte de trois facteurs :

1. Grâce à un travail d'information des spécialistes du sujet et des grands médias, l’image de l'extrême droite est devenue désastreuse auprès de son propre public. Ses incompétences politiques, ses divisions claniques, ses magouilles et l'incapacité de mettre sur pied un véritable parti sont dorénavant sues de tous.

2. A cause de ses problèmes endogènes, le FN n'est pas arrivé à représenter une alternative crédible et à se développer sur le terrain pour devenir un parti de masse (malgré son premier succès électoral d’ampleur nationale en 1991).

3. Le respect strict du cordon sanitaire (notamment au niveau médiatique, à la différence de la Flandre) à isolé ce front et fait comprendre à «ses» électeurs le peu d'espoir qu'ils pouvaient avoir en lui pour influencer réellement la politique en Wallonie et à Bruxelles. Contrairement au VB, dans le Nord du pays, le rôle d'influence du FN sur la classe politique traditionnelle a été nul. Dès lors, le «frontisme» n'a plus de raison d'être utilisé comme vote protestataire.

Quant à l'alternative, les électeurs venant du FN l'ont sans doute désormais trouvée en partie, chez Ecolo, ainsi que dans l'abstention. Mais seule une étude socio-politique pourrait, demain, confirmer cette hypothèse.

TABLEAU 2
Résultats du Front national aux élections régionales wallonnes

1995

1999

2004

2009

5,11 %
2 députés

3,95 %
1 député

8,12 %
4 députés

2,86%
Aucun député

 

 

TABLEAU 3
Résultats du Front national aux élections régionales de Bruxelles-capitale

1989

1995

1999

2004

2009

3,28 %
2 députés

7,46 %
 6 députés

2,63 %
 2 députés

4,67 %
4 députés

1,9 %
Aucun député

 


Le VB perd, pas ses idées
Résumons. Les élections du 7 juin dernier ont été caractérisées, concernant les partis antidémocratiques, par le reflux important du Vlaams Belang au bénéfice essentiellement de la N-VA, et sans doute aussi, dans une moindre mesure, de la LDD. La défaite électorale du VB, qui confirme un mouvement électoral observé déjà en 2006, pourrait donner lieu à la décroissance de son influence en Flandre. Cependant, les idées séparatistes de ce parti d'extrême droite, également en partie portées par la N-VA et la LDD, seront toujours bien là pour nuire au bon fonctionnement de la Belgique fédérale.

Le Front national, divisé désormais en trois clans antagonistes, n'existe plus au niveau parlementaire régional. Les scores ridicules qu'il a obtenus aux élections du 7 juin vont le marginaliser encore plus. Même si à Charleroi, le vote total pour l'extrême droite se situe encore à près de 10 %. Néanmoins, une «renaissance électorale» reste peu probable ou en tout les cas très difficile dans l'immédiat. La Wallonie et Bruxelles sont sans doute sauvées pour un bon bout de temps du danger qu'a représenté le Front national de 1989 à 2007.

Manuel Abramowicz

Anciens de l’extrême droite : contactez-nous !

Vous avez jadis ou récemment encore milité dans une organisation, un groupe ou un parti d’extrême droite. Vous n’en êtes plus membre parce que vous avez changé d’opinion.

Vous souhaitez à votre tour lutter contre l’extrême droite qui a abusé de votre naïveté, de votre jeunesse.

RésistanceS.be peut vous y aider !

• Si vous voulez témoigner de votre expérience au sein de l’extrême droite
• Si vous voulez vous adresser à ceux qui y sont restés pour leur dire de la quitter au plus tôt
• Si vous avez gardé de la documentation (tracts, journaux, photos, documents variés…) de l’organisation ou parti d’extrême droite dans lequel vous militiez, alors :

CONTACTEZ-NOUS !

Votre anonymat sera entièrement garanti.

info@resistances.be




© Affiche de RésistanceS – 2008-2009


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 8 juin 2009.

 

Nota bene - Ce dossier a été ouvert le 8 avril 2009 par RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite. Il sera régulièrement réactualisé.

Déjà au sommaire de ce dossier :

Le Front national organise sa survie politique

L'extrême droite électorale en décroissance généralisée

Extrême droite: qui sera présent le 7 juin prochain?

«Wallonie d'abord !» , l'extrême droite régionaliste aux élections de 2009

Les enjeux des élections 2009

Etat des lieux de l'extrême droite francophone pré-élections

Le FN anti-Féret, désormais le seul Front national

 


Sur RésistanceS.be, les derniers articles

Sur le Vlaams Belang

Un haut dirigeant du Vlaams Belang condamné pour négationnisme

Le Vlaams Belang cultive ses racines nazies

Un Vlaams Belang biographe relativiste d'Adolf Hitler

Le Vlaams Belang en voie d'implosion

Conflits au Vlaams Belang : zizanie sous chape de plomb

 


Sur les «Front national»

FN «rénové»... dégraissé ?

L'extrême droite dans une voie sans issue ?

Révoltes des jeunes : le FN préconise toujours la manière forte

Daniel Féret, bientôt réfugié politique en Russie ?

Il y a deux Front national en Belgique



Consultez les autres «dossiers élections» de RésistanceS.be

 

 


Comité de soutien de RésistanceS



POUR BENEFICIER DE NOS SERVICES : QUE FAIRE ?
Soutenez vous aussi RésistanceS...
Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs qui lui font des dons.

Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS !

Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant un don sur son compte bancaire :
n° 310-1618732-82
IBAN : BE25 3101 6187 3282
Avec en communication : «don 2009»

... et abonnez-vous gratuitement à sa Newsletter !
Vous souhaitez recevoir des informations sur l'Observatoire de l'extrême droite, le journal RésistanceS et les réactualisations de son site Internet :
=> Abonnez-vous (c'est en plus gratuit, mais cela n'empêche pas de faire un don : revoir ci-dessus) à sa Newsletter : CLIQUEZ ICI


Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008