RésistanceS.be 28-05-2010

Sombre avenir pour le VB et le FN : analyse et enjeux


L’extrême droite survivra-t-elle après le 13 juin ?


Affiches et tracts électoraux des différentes listes d'extrême droite qui seront présentes sur les bulletins de vote aux prochaines élections (à l'exception de l'affiche de la liste Vrijheid qui date des élections régionales de 2009) © Doc. RésistanceS.be – Photos : AFF (aff.skynetblogs.be) et Tractothèque (tractotheque.blogspot.com).


Les élections législatives anticipées, qui auront lieu le 13 juin prochain, seront décisives pour l’avenir immédiat des partis qui incarnent en Belgique l’extrême droite. Menacé par le dynamisme préélectoral de la N-VA, le Vlaams Belang pourrait y perdre 50 % de son électorat. Et la majorité de ses élus actuels.

Malgré le soutien de quatre autres groupuscules, deux clans ennemis du Front national – réunis aujourd’hui pour des raisons opportunistes - ne seront présents que dans trois circonscriptions électorales et furent incapables de déposer une liste pour le Sénat. Ils n’ont donc aucune chance, après le rendez-vous électoral du mois de juin, de récupérer une dotation financière et le sigle «FN». Qui reviendrait alors dans l’escarcelle du FN «canal historique».

La bérézina frontiste devra profiter à Wallonie d’Abord, un mouvement issu d’une dissidence frontiste, présent partout aux élections, et sans doute aussi au Parti populaire. L’Après-13 juin annonce la fin de la nocivité du Vlaams Belang dans le paysage politique et peut-être même sa marginalisation totale. L'exclusion du Parlement fédéral de l'extrême droite francophone, étiquetée «Front national», est à l'ordre du jour, ainsi que sa disparition de la scène politique.

Analyse de RésistanceS.be de la situation préélectorale des extrêmes droites de Belgique.


Le dimanche 13 juin prochain, à l'occasion des élections législatives anticipées, les électeurs belges souhaitant voter à l'extrême droite auront le choix. En effet, différentes listes appartenant à cette catégorie du paysage politique seront présentes et parfois même en concurrence, comme ce sera le cas dans une circonscription électorale flamande, dans celle de Bruxelles-Hal-Vilvoorde (BHV) et dans deux circonscriptions en Région wallonne.


La N-VA contre le VB
Dans le nord du pays, le Vlaams Belang (VB) sera le seul parti d'extrême droite présent partout. A une seule exception : dans la circonscription de Louvain (Brabant flamand), une liste concurrente, la liste «Vrijheid» proposée par le Nieuwe Partij-Fervent nationaal, tentera une nouvelle fois de lui prendre quelques voix. Cette présence ne représente cependant aucun réel souci pour le parti nationaliste d’extrême droite. Pour lui, le danger immédiat se trouve ailleurs. C’est l’actuel dynamisme préélectoral de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA), la formation nationaliste démocratique, formée en 2001 sur les ruines de feue la Volksunie (le premier parti nationaliste important de l'Après-guerre), qui fait crainte à l’état-major du VB la fin de son hégémonie totale sur l’électorat radical.

En effet, à l’occasion des élections de juin, la N-VA pourrait devenir le premier parti en Flandre. Cette jeune formation politique conduite par la personnalité la plus populaire dans cette partie de la Belgique, Bart De Wever, capte désormais une partie sans cesse plus importante de l’électorat «traditionnel» et «historique» du Vlaams Belang.


De 19 % à ... 10 %
Résultat : aujourd’hui, la N-VA est crédité de 26 % des voix. Quant à lui, le parti nationaliste d’extrême droite tomberait le 13 juin à… 10 %. Un tsunami politique qui ravagerait plus de 30 ans d’activisme politique (le VB fut fondé en 1978). Aux dernières élections législatives, en 2007, le Vlaams Belang rassemblait encore autour de son sigle plus de 19 % des votants. La dégringolade serait donc des plus dramatiques pour le VB qui durant plus de trois décennies représentait «LE» danger pour l’ensemble de la classe politique néerlandophone.

L’«Après-13 juin» pourrait sonner le chant du cygne du Vlaams Belang, par ailleurs déjà ravagé de l’intérieur par des tensions entre ses radicaux (sous la coupe de Filip Dewinter, le véritable chef du parti) et ses pragmatiques (conduits par Franck Vanhecke, son ancien président de 1996 à 2008). L’avenir - la survie ? - du parti se jouera à n’en pas douter le 13 juin prochain.



De gauche à droite : Filip Dewinter (le véritable n°1 du Vlaams Belang), Karel Dillen (le fondateur du parti en 1978 et son président jusqu'en 2006) et Gerolf Annemans (le n°3 du VB), lors d'une manifestation nationaliste à Bruxelles, en 1990, à l'époque où le parti indépendantiste flamand dirigeait l'agenda de toute la classe politique © Photo : Manuel Abramowicz


«Facho-francophones» : le cirque continue
Tous les courants de l'extrême droite belge francophone, affaiblis par des années des guerres de clans permanentes, se présenteront le 13 juin prochain : des nationaux-libéraux aux nationalistes-«révolutionnaires» (néofascistes), en passant par les partisans d'une Belgique unie et ceux revendiquant une Wallonie forte... La balkanisation des «facho-francophones» reste au programme. A l’occasion des élections qui viennent, le «cirque politique» de l'extrême droite est à nouveau en tournée...

En Wallonie et dans la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvoorde, trois «pôles» représentatifs de l'utra droite radicale, xénophobe, nationaliste (belgicaine ou régionaliste wallonne) et populiste se disputeront, ici et là, l'électorat protestataire, raciste, islamophobe, favorable à des solutions expéditives pour régler les problèmes de société, etc... Il y aura trois listes du «Front national» (n°7), une seule liste du «FN+» et partout (Chambre et Sénat) des listes de Wallonie d’Abord.


Guerres des Fronts
La liste «Front national» est un cartel électoral formé de deux clans frontistes (celui du député sortant Patrick Cocriamont et celui du sénateur sortant Michel Delacroix, issus du FN unitaire qui implosa en 2007), du Front démocratique belge (FDB), de la Fédération des nationalistes wallons (FNW), de la Fédération des nationalistes populaires bruxellois (FNPB) et du mouvement néofasciste Nation. Malgré leur rassemblement sous le même logo, ils ont été incapables de déposer des listes partout. Ce FN, sous le n°7, ne sera présent que dans les circonscriptions électorales de BHV, de Namur et du Hainaut.

Le «FN+» est la liste proposée par le Front national-Nationaal front (FN-NF), l’association fondatrice du FN belge en 1985. Il s’agit du «canal historique» du parti d’extrême droite présidé jusqu’en juin 2008 par Daniel Féret. Malgré le dynamisme de son leader, le conseiller communal frontiste Salvatore Nicotra, et la revendication de 300 membres, ce FN n’a réussi à déposer qu’une seule liste, dans le Hainaut.

Pour sa part et à la différence du «Front national» (liste n°7) et du «FN+», le mouvement Wallonie d’Abord (WdA), la troisième composante de l’extrême droite francophone, sera présent sur l'ensemble de la Wallonie et même à Bruxelles-Halle-Vilvoorde, y compris pour le Sénat. Apparue aux élections régionales de l’année dernière, WdA provient directement de Force Nationale (FNationale), une scission du Front national. Ses principaux dirigeants et candidats sont issus des rangs frontistes. Encouragés par des résultats relativement bons en 2009, les scores des listes de Wallonie d’Abord pourront constituer une surprise le 13 juin prochain. Si tel était le cas, il s’agirait de la première dissidence du «mouvement frontiste» qui pourrait réussir à long terme.

 


Juste avant le lancement de la campagne, les parlementaires sortants frontistes, le sénateur Michel Delacroix et le député Patrick Cocriamont ont signé l'acte de protection du sigle «FN-Front national», comme le montre cet extrait du Moniteur Belge du 12 mai dernier... avec l'appui de Georges-Pierre Tonnelier, une personne qui affirme pourtant ne plus faire partie de l'extrême droite. RésistanceS.be vient de vous prouver que s'est pourtant toujours le cas. Pour agrandir ce document CLIQUEZ SUR SON IMAGE © Doc. RésistanceS.be


Les enjeux
Ces élections représentent donc un enjeu majeur pour les différents partis de l’extrême droite de Belgique.

Pour le Vlaams Belang

  • Il y joue sa place de leadership de l’opposition nationaliste et identitaire. Place que le Vlaams Belang détenait depuis la fin des années 1980.
  • Le danger immédiat du parti nationaliste d’extrême droite est clairement identifié : il s’agit du flux électoral considérable que reçoit actuellement la N-VA de Bart De Wever, le plus populaire des politiciens du Nord du pays. Et dirigeant du futur éventuel premier parti en Flandre !
  • Provenant de l’aile droite de la Volksunie (VU), le raz-de-marée programmé de la N-VA serait une belle revanche des nationalistes démocrates sur les plus fanatiques du mouvement flamand. En 2001, la VU avait mis la clé sous le paillasson après des années de pertes électorales en faveur du Vlaams Belang.
  • En cas de raclée monumentale, ce qui devrait être le cas selon un dernier sondage, avec un maintien électoral à 10 % (contre plus de 19 % en 2007), le Vlaams Belang pourrait voler en éclat.
  • La majorité de ses élus devront quitter les bancs du Parlement.
  • Départ suivi d’une diminution considérable de son financement public. Une amputation qui le handicapera considérablement pour alimenter sa «machine de guerre» politique en campagne permanente.
  • N’ayant plus aucun espoir pour impulser un changement interne et sans plus d’avenir politique, les pragmatiques du parti néofasciste le quitteront pour d’autres cieux : la N-VA, la Lijst Dedecker (LDD), le CD&V (le parti démocrate-chrétien flamand) ou pour fonder une nouvelle formation politique qui pourrait entrer ensuite dans un cartel avec l'un de ces derniers.
  • Contre vents et marées, les purs et durs du VB tenteront de maintenir un cap pour éviter de se «groupusculiser» et de sombrer.
  • Par ces retombées post-électorales : la Flandre de l’Après-13 juin pourrait être débarrassée de la nocivité que représentait jusqu’à récemment encore le Vlaams Belang.


Pour l’extrême droite francophone

A la différence du Vlaams Belang, le Front national belge et ses multiples dissidents-concurrents n’ont jamais été en grande forme. L’extrême droite francophone est bien connue pour sa désunion légendaire, son incompétence généralisée, son potentiel militant bas et son incapacité de se structurer sous la forme d’un véritable parti politique. Il n’y a que deux périodes de son histoire - de 1989 à 1995 et de 2004 à 2007 - où le Front national a été capable de véritablement s’organiser pour essayer de se construire sur des bases solides qui lui auraient permis un développement durable. Depuis, le «frontisme à la Belge», inspiré par le FN français de Jean-Marie Le Pen, est totalement parti en vrille. Face à cette situation :

  • Les scores électoraux prévus le 13 juin prochain pour les frontistes sont des plus mauvais.
  • Ils confirmeront le «Waterloo électoral» subi aux Régionales de 2009 quand le Front national perdit l’ensemble de ses députés régionaux wallons et bruxellois.
  • Incapable de déposer une liste pour le Sénat, le «Front national» (liste n°7) n’a plus qu’une (mini) chance de pouvoir faire réélire sa tête de liste dans la Hainaut, le député fédéral sortant Patrick Cocriamont.
  • Présente au Parlement fédéral depuis les élections législatives de 1991, il y a près de 20 ans déjà, l'extrême droite francophone pourrait disparaître de l'hémicycle.
  • Sans argent (dès lors qu’il n’est plus représenté au Sénat et à la Chambre, la dotation financière publique lui sera supprimée) et sans élus, ce FN sera incapable de reprendre en main le frontisme.
  • De plus, si Patrick Cocriamont n’est pas réélu, il ne sera plus le détenteur légal du sigle «FN-Front national».
  • C’est dès lors, le Front national-Nationaal Front (FN-NF) de Salvatore Nicotra, président de l’association officielle de la structure historique du FN belge, qui redeviendra alors le propriétaire du sigle qui permit de 1989 à 1995, puis de 2003 à 2007, l’obtention de résultats électoraux importants.
  • Bénéficiant d’un nom de parti pouvant encore séduire, Salvatore Nicotra devra cependant repartir de zéro pour reconstruire le Front national, sans élus régionaux et fédéraux, sans apports financiers.
  • De son côté, le mouvement Wallonie d’Abord, en cas d’augmentation des résultats récoltés aux élections régionales de 2009, pourrait prendre la place laissée par le Front national dans les circonscriptions où il est absent : dans la circonscription de Liège et du Luxembourg, et tester sa popularité possible sur l’ensemble de la Région wallonne et dans la circonscription de BHV avec sa liste pour le Sénat (qui sera la seule liste d’extrême droite en présence).
  • De bons résultats pour Wallonie d’Abord signifieraient un espoir pour ce mouvement de faire élire des députés aux prochaines élections régionales, voire même de nombreux conseillers communaux aux élections communales à venir.
  • Ce cas de figure dépendra bien entendu de la capacité de Wallonie d’Abord de se structurer et de recruter de nouveaux adhérents. En sera-t-il capable ?
  • Une chose est dorénavant sûre : le développement possible de Wallonie d’Abord, au même titre que celui du Parti populaire de Mickaël Modrikamen, représentera un danger de premier ordre pour la survie de l’extrême droite frontiste dans notre pays.

Manuel Abramowicz


RésistanceS.be dans le quotidien L'ECHO...


Ce vendredi 28 mai, Manuel Abramowicz, responsable de la rédaction de RésistanceS.be a été interviewé par le quotidien belge de politique et de finance L'ECHO à propos de la situation de l'extrême droite à la veille des prochaines élections législatives. Pour lire l'article ci-dessus CLIQUEZ SUR L'IMAGE.

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 28 mai 2010.



 

Un dossier de RésistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite, qui sera réactualisé systématiquement jusqu'au bilan des élections législatives du 13 juin 2010.


AU SOMMAIRE DE CE DOSSIER

Percée historique pour la N-VA, le Vlaams Belang sérieusement saigné électoralement et le FN deviendrait extra-parlementaire... (13/06/2010)


Les enjeux de ces élections pour le VB, le FN... : l’extrême droite survivra-t-elle après le 13 juin ?

Extrême droite : qui sera présent aux législatives du 13 juin

Évolution électorale et rapport de force des partis d'extrême droite en Belgique (depuis 1989)



A lire également sur RésistanceS.be (service gratuit)

L'extrême droite belge francophone et les élections anticipées


Le Front national belge va-t-il se réunifier ?

 


Relire le dossier de RésistanceS.be sur les élections régionales de 2009


Relire le dossier de RésistanceS.be sur les élections législatives de 2007



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