RésistanceS 05-06-2009

Les «années de plomb belges»


Eric Lammers,
ex-néonazi du WNP,
est de retour en Belgique


Le 29 mai dernier, un certain Eric Lammers, en fuite en Serbie, a été extradé vers la Belgique. Il est aujourd'hui incarcéré à la prison bruxelloise de Saint-Gilles. Ce Belge de 49 ans n'est pas un inconnu. Il provient de l'extrême droite néonazie des années quatre-vingt, impliquée notamment dans des assassinats et des projets terroristes.

 


Eric Lammers fut membre du WNP, alors dirigé par Paul Latinus (sur cette photo avec la barbe) et l'ancien SS flamand Karl De Lombaerde (à droite au fond). En 1983, le journaliste René Haquin (à droite, prenant des notes) révéla l'existence de cette organisation néonazie dans son livre «Des taupes dans l'extrême droite». Photo extraite de ce livre.


Connu aussi sous le surnom de «la Bête», Eric Lammers (aujourd'hui âgé de 49 ans) s’est fait connaître il y a plus de 25 ans lors des «années de plomb belges», période où des organisations clandestines tentèrent de déstabiliser la Belgique. C'était notamment l'époque des tueurs du
Brabant wallon .

Après une enfance difficile, le jeune Lammers adhère au Front de la jeunesse (FJ), un mouvement politique d'extrême droite actif dans les années septante et quatre-vingt ( ). Ce front est alors en contact politique avec l'aile droite de l'ancien Parti social chrétien (). Au sein du FJ, apparaitra une organisation encore plus radicale, le Westland New Post (WNP, pour les initiés : National Sozialist Ordnung, NSO !). Lammers l'intègre. Et en devient un homme de main. Ce WNP agit alors clandestinement. Certains de ses membres, dont Eric Lammers, ont infiltré l'armée belge et des organisations politiques. Les dirigeants du WNP continuent de fréquenter Emile Lecerf, le directeur du journal «Nouvel Europe magazine», véritable parrain politique du Front de la jeunesse et stratège de la prise du pouvoir par l'infiltration de partis traditionnels ().

En 1983, le journaliste René Haquin, du quotidien «Le Soir», publiera des révélations sur le WNP et son infiltration par des agents de la Sureté de l'Etat belge. Ces révélations mirent au jour l'existence de cette organisation néonazie clandestine.


Terrorisme, énigme judiciaire...
Des enquêtes policières permirent de savoir que le WNP avait planifié un véritable plan de déstabilisation du pays, notamment par le biais d'attentats anti-immigrés et de l'assassinat du ministre de la justice de l'époque, le socialiste Philippe Moureaux. En 1982, un commando de ce WNP avait par ailleurs assassiné un jeune couple d'Anderlecht, sans aucun mobile apparent. Eric Lammers fut arrêté et lors du procès de cet étrange meurtre, connu sous le nom de l'«affaire de la rue de la Pastorale», qui restera une des grandes énigmes de l'histoire criminelle, il fut acquitté faute de preuves.

Entre temps, Paul Latinus, le dirigeant du WNP, fut retrouvé pendu. Il fut conclu qu'il s'agissait d'un suicide, malgré des indices permettant de penser à une élimination physique réalisée de manière professionnelle. Latinus était un étrange personnage qui affirmait travailler pour l’un des nombreux services secrets des Etats-Unis. Il avait auparavant bénéficié du soutien d'un réseau néonazi international, dans lequel l'ancienne police politique chilienne, à l'époque de la dictature du général Pinochet, était impliquée().

Après le scandale suscité par l'affaire du WNP et le procès de la rue de la Pastorale, Eric Lammers se fit oublier. Jusqu'au jour où il réapparut dans une enquête sur le meurtre de deux bijoutiers, commis en 1991 à Anvers. Condamné à perpétuité par la cour d'assises de Liège pour ces meurtres, il fut - après onze années passées derrière les barreaux - libéré conditionnellement en 2002. Mais restera apparemment actif dans le milieu du banditisme : il sera condamné en 2007 pour un trafic de Xanax et ensuite impliqué dans le recel d'un cadavre. Condamné, pour ce dernier délit, à 16 mois de prison ferme, l'ancien membre du WNP décida de prendre la fuite à l'étranger.

Milieu politico-criminel... lié aux tueurs du Brabant ?
Le 4 juillet de l'année dernière, il fut retrouvé et arrêté en Serbie. C'est de ce pays qu'il a été extradé vers la Belgique, le 29 mai dernier. Depuis, il est incarcéré à la prison de Saint-Gilles. Cette extradition a été demandée par la justice belge dans le cadré du viol de la fille (âgée de 8 ans) de l'une de ses ex-compagnes.

Eric Lammers est issu d'un milieu politico-criminel, où se croisent jeunes militants néonazis manipulés, mouvements d'extrême droite ayant pignon sur rue, services secrets et grand banditisme. Il apparait donc évident que cet individu doit encore aujourd'hui détenir des secrets sur ces «années de plomb», et en particulier sur l'implication de l'extrême droite dans les tueries du Brabant wallon.

Simon HARYS

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