RésistanceS 09-08-2006

Front national – Daniel Féret (1985-2006)


La fin du « féretisme » ?


Le président du Front national fait régulièrement l’objet de graves accusations, comme le rappelait encore le quotidien « La Dernière Heure » en décembre 2005. Etonnant pour un parti qui veut balayer les « pourris » de la politique.


Au programme de l'été 2006 du président-fondateur du Front national belge : de gros ennuis judiciaires (plaintes multiples, perquisitions, enquêtes...). Aujourd'hui, Daniel Féret est dans la ligne de mire de la justice. Et doit faire face, en interne, à une fronde d'opposants de plus en plus nombreux. Leur objectif avoué : le dégommer de sa présidence despotique et l'exclure du FN ! La fin politique du « système Féret » a-t-elle sonné ? Etat des lieux, à la veille des élections communales du mois d’octobre prochain, du « féretisme ».


Le « féretisme » n'est pas une idéologie ou un courant politique. Ce terme désigne un système particulier d'agir en politique. Le système en question est celui mis en place par un dénommé Daniel Féret, médecin de profession et fondateur en 1985 du Front national belge (FN). Après plus de vingt ans de règne sur le FN et l'extrême droite belge francophone, tout semble maintenant s’accélérer contre Daniel Féret et son « système ». Depuis qu’il a été condamné par la justice pour racisme en avril dernier, les enquêtes judiciaires pour d’autres faits se multiplient contre lui. Après plusieurs années pendant lesquelles les graves accusations portées à son encontre débouchaient sur une impunité judiciaire, il semble que le « dossier Féret » soit vraiment pris en considération, cette fois-ci, par la magistrature.

Depuis l’apparition en Belgique du Front national, Daniel Féret fut maintes fois accusés des pires dérives politiciennes. En général, les accusateurs sont de proches collaborateurs tombés en disgrâce et avec lesquels des conflits légendaires émergent ensuite au grand jour. Ils scandent à chaque fois la même rengaine : Daniel Féret confond la caisse du parti avec son portefeuille, et se sert du FN pour vivre comme un nanti ! Un portrait en porte-à-faux complet avec l’image que le Front national tente de donner de lui-même : celle d’un parti propre qui veut balayer les « pourris » du monde politique.

Aujourd’hui, on reproche toujours au président-fondateur du parti d’extrême droite une gestion financière douteuse dans le cadre de ses activités politiques et privées, liées notamment à la société immobilière Eurodim. Sous administration judiciaire, elle est décrite par certains comme étant le pilier du « système Féret ». Les patrons d’Eurodim sont Daniel Féret himself et sa compagne, Audrey Rorive, également députée régionale bruxelloise et membre de la direction frontiste.

Le couple présidentiel n’est plus protégé
Le parlement de la Communauté française (le 27 juin) et le parlement régional bruxellois (le 7 juillet dernier) ont récemment levé les immunités parlementaires de Daniel Féret et d’Audrey Rorive, le couple présidentiel du FN, qui y siégeaient en tant que députés régionaux bruxellois. C’est le procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, qui en avait fait la demande. Pour quelle raison ? Des irrégularités dans la récolte des signatures pour le dépôt de la liste électorale du FN aux élections européennes de 2004. Il faut aussi savoir que des plaintes ont été déposées, pour le même motif, par François-Xavier Robert, le dirigeant du Front nouveau de Belgique (FNB), et Juan Lemmens, ancien député régional bruxellois FN et actuel secrétaire politique de Force nationale, une autre scission frontiste. Dans les années 90, d’autres actions judiciaires avaient déjà été enclenchées pour le même motif. Sans suites apparentes. Aujourd’hui, la démarche de Cédric Visart de Bocarmé pourrait donner des résultats bien moins favorables à Féret.

En effet, la levée de son immunité parlementaire et de celle de sa compagne, ainsi que les enquêtes serrées à leur encontre, permettront sans doute d’instruire correctement les enquêtes en cours et de poursuivre Daniel Féret et sa compagne devant les tribunaux pour les faits graves qui leur sont reprochés, quoi qu’en disent les intéressés. L’heure de gloire et le laisser aller à l’égard de Féret-Rorive semblent bel et bien terminés. Il était temps.


Perquisitions chez Féret & C°
Les 13 et 14 juillet derniers, le « dossier Féret » a pris un tournant décisif. Plusieurs perquisitions ont été réalisées dans l’entourage présidentiel immédiat. Les lieux visés : le domicile du couple Féret-Rorive, le siège du Front national et le domicile de Guy Hance. Comptable du FN, Hance fut député régional bruxellois (1999-2004) et reste l’un des derniers fidèles du « président à vie ». Selon certaines sources, les comptabilités de l'Association de financement du Front national (AFFN), asbl créée après les élections législatives de 2003 pour percevoir la dotation publique, de l’ancienne asbl du FN (fondé en 1985) et de la société immobilière de Daniel Féret (Eurodim) auraient été saisies par les enquêteurs. Elles seraient à l’heure actuelle toujours analysées.

Ces perquisitions historiques font suite à la plainte déposée, au début de l’année 2005, par le sénateur ex-FN Francis Detraux (aujourd’hui président du parti Force nationale, une des dernières dissidences frontistes). Motif de la plainte : abus de biens sociaux. Dans le cadre de la comptabilité de l’AFFN, Plusieurs des administrateurs (ou anciens administrateurs) de l’AFFN sont également à la base d’actions en défiance contre Daniel Féret, qui en est le président et possède seul la signature permettant les opérations financières. L'objet du litige : un va-et-vient d'argent entre l’asbl de financement du FN, Eurodim et des membres de la nébuleuse Féret. Il est notamment question d'un prêt douteux de 250.000 euros fait par l'AFFN à Audrey Rorive. Prêt ensuite transféré sur les comptes d'Eurodim, et permettant alors à la société immobilière « présidentielle » d'acquérir une villa à la côte d'Azur...

Il faut savoir que depuis le début de sa création, il y a trois ans, la transparence financière de l'AFFN - constituant les bases légales du parti - a été maintes fois mise en cause par la majorité de ses administrateurs. Ce qui a poussé Féret à orchestrer des purges afin d'éliminer les administrateurs trop curieux : le député régional wallon Charles Pire fut ainsi suspendu de l’asbl après sa demande de consultation des comptes de l’année 2004. Patrick Sessler, ex-bras droite de Féret, fut lui « démissionné » de l'AFFN.



Extrait d’un article de juin 2005 du « National ». Le mensuel du FN salue alors le travail de Guy Hance, le comptable du parti. Un an plus tard, l’auteur de cet article, Patrick Sessler, fait partie de ceux qui ont déposé plainte contre Guy Hance, Daniel Féret et Audrey Rorive pour leur gestion douteuse des caisses du FN... Ironie de l’histoire du fric frontiste.


Féret devant le juge
Le 16 juillet dernier, suite aux perquisitions des jours précédents chez Féret, dans un communiqué de presse conjoint, Charles Pire, Patrick Sessler, Jean-Marie Borbouse (député régional wallon) et Emanuele Licari di Castel Mola (membre effectif de l’AFFN et dernier responsable de la section jeune du FN) accusaient la direction réelle du FN (Féret-Rorive-Hance) d’abus de biens sociaux et remettaient ainsi totalement en cause la gestion financière de l’association pivot du parti d’extrême droite. Pour eux, Daniel Féret , Audrey Rorive et Guy Hance se seraient rendus coupables d’irrégularités dans la gestion de l’argent public que perçoit l’AFFN sous forme de dotation parlementaire.

Dans « Père Ubu », un journal d'ultradroite islamophobe, fort apprécié par le lectorat frontiste et disposant d'une rubrique hebdomadaire anti-Féret, le président du FN et Guy Hance étaient accusés, le 27 juillet dernier, de fonctionner « comme une association de malfaiteurs ». L'auteur de cette rubrique qui s'attaque systématiquement, depuis des mois et des mois, à Daniel Féret et son entourage seraient, selon une bonne source, un des membres du bureau politique frontiste. L'offensive contre Féret est générale.

D’autant plus que les autorités judiciaires ont pris en considération l’action introduite par les administrateurs de l’AFFN contre son président. Désormais, c’est le tribunal des référés de Bruxelles qui s’occupe de l’affaire. Une première audience eut lieu le 31 juillet afin d’entendre les parties concernées par le dossier. Mais faute d’un combattant (Daniel Féret, en vacance à la Côte d’Azur), la première manche dut être reportée. L’affaire sera donc plaidée le 17 août prochain. L’avocat des opposants a tout de même déjà pu affirmer en cours d’audience : « Nous sommes ici en référés parce que nous considérons qu'il y a urgence et qu'il doit être mis fin au pillage des fonds du FN à des fins privées » et « Mes clients prient le président Féret, depuis le mois d'avril, par la voie normale, c'est-à-dire via l'assemblée générale de l'AFFN, de faire la clarté sur les comptes mais, aujourd'hui encore, ils n'ont pas eu la moindre réponse. Il est temps maintenant de nommer un administrateur provisoire pour mettre fin aux pillages. »


L’Après-Féret : deux scénarios possibles
L’actuel emballement de l’actualité judiciaire frappant de plein fouet Féret pourrait signifier sa disparition politique. D’autant plus que dans ses propres rangs, il est désormais cerné de toutes parts. Certains de ses proches ne lui accordent plus que quelques semaines de répit avant sa chute définitive. Poursuivit par la justice pour une multitude de motifs (irrégularités dans la constitution de liste électorale, abus de biens sociaux…) et acculé par la majorité des élus frontistes, Daniel Féret aura bien du mal à maintenir son titre de propriétaire du « label FN », garant des succès électoraux de l’extrême droite francophone et de sa mainmise sur celle-ci.

L'onde de choc provoquée par ces actions judiciaires ciblant le « clan Féret » pourrait complètement déstabiliser la défense des protagonistes aujourd'hui accusés tous azimuts. L'ère Féret, au sein de l'extrême droite francophone en général et du Front national en particulier, serait en voie de dislocation. La chute finale de l’« inventeur belge » de l’entreprise électorale « FN » ne signifierait cependant pas la fin de l’extrême droite. Les califes et autres prétendants au titre de président sont nombreux dans ce milieu. Après la mise hors circuit de Féret, une guerre de succession pourrait voir le jour. Avec deux scénarios possibles.

• Le premier : les actuels « réformateurs » du FN (Sessler, Pire, Borbouse, Emanuele Licari di Castel Mola…) arrivent à prendre le pouvoir et à placer à la tête du parti leur chef de file, le sénateur et vice-président frontiste Michel Delacroix. Les « radicaux » sont purgés. Les portes frontistes fermées aux purs et durs de l’extrême droite (ceux du mouvement Nation, par exemple). Avec l’aide d’anciens dissidents du féretisme (provenant du FNB, de Force nationale, des mouvements nationaux-chrétiens intégristes Belgique & Chrétienté, Fraternité Saint-Pie X…), les nouveaux maîtres du FN le transforment ensuite en véritable formation politique digne de ce nom. Des sections locales sont mises sur pied partout en Wallonie, des accords de coopération sont signés avec le Vlaams Blok/Belang pour se partager l’électorat bruxellois, des formations internes sont planifiées… Le FN prend les allures d’un parti de droite national-populiste, sur le modèle de l’Alliance nationale en Italie ou de celui du Parti du Progrès danois. Sur le plan structurel et électoral, l’extrême droite francophone se développe alors pour de longues années en Wallonie et à Bruxelles.

• Le deuxième scénario : les conflits pour prendre possession des rênes frontistes aggravent encore plus l’atomisation de l’extrême droite entre les différents clans en présence (« réformateurs », mouvance identitaire, nationaux-libéraux populistes, nationaux-chrétiens intégristes, néopaïens naziphiles…) et compromettent son unification derrière un sigle électoral pourtant hélas porteur à notre époque. L'extrême droite francophone, au niveau de son développement organisationnel, reste alors à l'état groupusculaire.

Quel sera le scénario suivi par nos « fachos » locaux ? Seules les prochaines semaines nous le diront. A suivre donc sur RésistanceS.be.


Manuel ABRAMOWICZ

© RésistanceS – Belgique – Bruxelles – www.resistances.be – e-mail : info@resistances.be – 9 août 2006

Sommaire de notre dossier
Féret : exit !
La fin du « féretisme » ?

Un dossier de RésistanceS coordonné par Manuel ABRAMOWICZ

- La fin du « féretisme » ?

- Les derniers serviteurs du « président-fondateur » (Cocriamont, Leskens, Hance, Rorive, Petitjean, Verlinden)

- Qui va remplacer Daniel Féret ?

- Document : nouvelles accusations de cadres du FN contre Féret

- Document : « Bande des quatre » et Féret : kif-kif ?


Toujours en ligne sur
RésistanceS.be

Pour comprendre l'histoire du FN belge (fondé en 1985) et les problèmes actuels de son « président-fondateur » Daniel Féret, il est également utile de consulter les articles de RésistanceS suivants :

- Portrait politique de Daniel Féret

- Le président du FN condamné pour racisme

- Le cercle Droite et Modernité, le Front national de demain ?

- La chute de la maison Féret ?

- Daniel Féret et « son FN » : une espèce en voie de disparition ?

- Une rébellion antinazie au FN ?

- Un néonazi du FN désigné député ?

- Plus de trente-trois dissidences au FN depuis sa création