RésistanceS 09-08-2006

 

Quand Leskens… écrit !


Contre les « spéculateurs cosmopolites » de la « haute finance »


Couverture de la brochure du Front de la jeunesse écrite, en 1983, par Daniel Leskens, membre de la direction du Front national et assistant parlementaire de son député fédéral, Patrick Cocriamont (document : Archives-RésistanceS).

Depuis sa première prise d'armes politiques dans les années 70, Daniel Leskens écrit des courts textes à vocation idéologique ou poétique, dans lesquels l'actuel dirigeant du Front national n'a jamais caché son rattachement dogmatique. Comme le prouve sa brochure « Combat nationaliste » qu'il avait éditée en janvier 1983 pour le compte du Front de la jeunesse. Dans celle-ci, il est question, entre autres, « d'obscures puissances d'argent », d'une « bande de spéculateurs cosmopolites », de « multiples complots anti-nationaux », de « la dictature du capital bancaire, apatride et vagabond », de « la haute finance », des « martyrs de l'Algérie française », de la « bolchévisation », de « notre peuple », de « notre race »...

Voici quelques extraits de ce texte édifiant, mettant en lumière la sale face de l'extrême droite :

Texte dédié à ses « camarades » (sic) Patrick Cocriamont et Daniel Derbaudrenghien. Le premier, actuellement député fédéral du Front national, est son ami de toujours . Le second, comme Leskens, collaborait à « Forces nouvelles », le journal du Front de la jeunesse et du Parti des forces nouvelles, et à la revue « Altaïr ». Daniel Derbaudrenghien fut aussi membre du Front nationaliste populaire (FNP), un groupuscule néorexiste des années 70, le responsable du Cercle de liaison et d'action nationaliste (Clan) et adhéra en 1985 à l'association des Amis de Robert Brasillach (voir plus bas). A leur attention, Daniel Leskens écrit :

« (...) J'espère qu'ils n'oublieront jamais le vif soleil de l'Idéal qui illuminait nos frêles empires adolescents. Que toujours vive en leurs coeurs le souvenir de cette époque bénie où, jeunes militants nationalistes-révolutionnaires, nous étions convaincus qu'il suffisait d'un livre, d'un fusil et d'une poignée d'amis fidèles pour libérer l'Europe du matérialisme.
Qu'ils poursuivent la lutte, jusqu'à la victoire finale, respectueux de l'exemple de nos maîtres : Robert Brasillach et Henry de Montherlant
», respectivement idéologue français pronazi durant la Deuxième Guerre mondiale et écrivain de droite récupéré par l'extrême droite (page 3 de la brochure de Daniel Leskens).

« (....) la démocratie ne représente rien d'autre que la dictature d'une majorité de rencontre. Cette majorité est l'expression d'une opinion publique fabriquée par la Grande Presse, elle-même manipulée par d'obscures puissances d'argent... (...) ».
La démocratie n'est donc, en fin de compte, que le règne implacable d'une bande de spéculateurs cosmopolites, bernant le citoyen avec la complicité des chefs de partis (...) » (page 8).

« Parlement : lieu où l'on parle et où l'on ment, afin de masquer les multiples complots anti-nationaux : capitalisme, maçonnerie, mondialisme, communisme...
Au sommet de (ses) quatre piliers (du Parlement), réfugiés derrière l'anonymat, les créatures de MM. Brzezinski, Rothschild, Rockfeller, Oppenheimer et consorts tentent de mettre en place la dictature du capital bancaire, apatride et vagabond
» (p. 9), cette dernière expression est directement reprise de la propagande antisémite du régime nazi.

« Le Nationalisme est bien, comme le patriotisme, une histoire d'amour entre un individu et le sol qui l'a vu naître. Mais il enracine aussi cet individu au sein d'une communauté populaire, culturelle et spirituelle » (p. 13).

« De Charles Maurras aux martyrs de l'Algérie française, nombreux furent les cadres et militants qui contribuèrent au péril de leur vie à endiguer la marée rouge déferlant sur l'Europe. Tous ces hommes, bien que fort différents entre eux, avaient un idéal commun : réagir contre la faiblesse des démocraties, corrompues par la haute finance, et empêcher la bolchévisation de notre continent » (p. 13). Entre l'écrivain nationaliste antisémite français Charles Maurras et les « martyrs de l'Algérie française », il y eut également les pouvoirs et les organisations pronazies durant l'occupation allemande de l'Europe (1939-1945), ainsi que les SS, l'élite militaro-politique d'Adolf Hitler !

« Nous ne croyons plus à la lutte des classes qui dresse les travailleurs les uns contre les autres, mais à la collaboration de ceux qui construisent ensemble en apportant chacun sa part. Cette solidarité doit s'exercer en priorité au bénéfice des gens de notre peuple, de notre race » (p. 18).

« L'immigration est une véritable invasion. (Les étrangers représentent, en effet, dix pour cent de la population du pays !) » (p. 19). Dans son chiffre, Daniel Leskens, englobe alors tous les étrangers, les non-européens et les européens compris : grecs, français, espagnols, italiens... Etonnant pour un « nationaliste européen » !

« Les partis traditionnels ont ruiné le pays. Le régime a détruit toutes les valeurs qui faisaient sa grandeur. Abattons au plus tôt ce régime ! (...) érigeons un ordre social, économique et politique nouveau » (p. 20). Une référence claire à l'« Ordre nouveau », si cher à l'extrême droite fanatique et nostalgique de l'Europe nazie.


Pour rappel, Daniel Leskens est toujours aujourd'hui membre de la direction du Front national de Daniel Féret, l'un des piliers de la rédaction de son journal (« Le National ») et l'assistant parlementaire de son ami député fédéral Patrick Cocriamont. Au FN, Leskens a recyclé le corpus doctrinal de base du Front de la jeunesse.

La présence de tels individus au coeur du « système frontiste » démontre une fois de plus la vraie nature idéologique de l'extrême droite.

(M.AZ)

Sommaire de notre dossier
Féret : exit !
La fin du « féretisme » ?

Un dossier de RésistanceS coordonné par Manuel ABRAMOWICZ

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- Document : nouvelles accusations de cadres du FN contre Féret

- Document : « Bande des quatre » et Féret : kif-kif ?


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- Le cercle Droite et Modernité, le Front national de demain ?

- La chute de la maison Féret ?

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