RésistanceS 13-09-2008


Fascisme réhabilité et doctrine néoconservatrice

Italie: l'autoritarisme en marche ?


Le journal «Courrier international» propose cette semaine un dossier exceptionnel consacré à l'Italie sous Silvio Berlusconi : «L'Italie : autoritaire, sans complexe». Il explique que ce pays remet au goût du jour - par des opérations de réhabilitation et une façon particulière de gouverner - des pratiques dignes de jadis : de l'époque du «Duce», de Benito Mussolini, le dictateur fasciste de sinistre mémoire.


Dessin du caricaturiste Hachfeld publié dans le journal berlinois «Neues Deutschland». Repris dans le «Courrier international» du 11 septembre dernier.


Attention : dérive autoritariste ! nous explique en quelque sorte l'hebdomadaire «Courrier international» dans sa dernière livraison (datée du 11 au 17 septembre), au sujet de l'Italie sous la botte d'un gouvernement d'ultradroite conduit par le big-boss des médias privés et commerciaux, Silvio Berlusconi. Cette dérive concerne donc l'Italie, un des Etats phares et historiques de l'Union européenne, sinistré au niveau social mais membre du G8, les huit pays les plus riches du monde. «Revenu triomphalement au pouvoir pour la troisième fois, en avril dernier, après une campagne électorale axée sur la sécurité et la peur des immigrés, Silvio Berlusconi ancre son gouvernement résolument à droite et vit une lune de miel prolongée» rappelle-t-on dans l'introduction de ce dossier constitué de plusieurs articles provenant (et traduits en français) de la presse italienne : «La Stampa», «La Republica», «L'Espresso», «Il Manifesto», «Internazionale» et «Corriere della Sera».

«Le ''berlusconisme'' ressemble de plus en plus au fascisme» s'inquiète, dans le quotidien de gauche «La Republica» (650.000 exemplaires), Giorgio Bocca, un ancien résistant antifasciste. Cet intellectuel – il est le doyen de la presse italienne – estime que «la marche vers l'autoritarisme s'est accélérée; elle est devenue une charge forcenée, une volonté de détruire toute forme de démocratie».

Penser différemment : bientôt interdit ?
Pour «L'Espresso» (un hebdomadaire de centre-gauche tiré à plus de 430.000 exemplaires), il y a «en Italie, le risque d'une déstabilisation de l'Etat de droit par des gesticulations à propos d'hypothétiques invasions de Tsiganes roumains, ou de Berbères sarrasins». La péninsule italienne serait désormais sous la coupe d'une «version bricolée à la hâte», extrémiste et populiste, du néoconservatisme (l'idéologie de l'actuelle ultradroite républicaine américaine). La gestion quasi militariste de l'insécurité régnant en Italie comme une plaie endémique se ferait, toujours selon «L'Espresso», par une instrumentalisation de «la logique du ''law and orde'' au-delà et en dehors de la légalité, créant ainsi un court-circuit entre la menace de grande fermeté contre les ennemis et le laxisme envers les règles générales, qui n'ont pas d'ennemis désignés». Conclusion de «L'Espresso» : «Cette attitude engendre une inconnue inquiétante : le danger que, dans des pays gouvernés par des majorités dépourvues d'une véritable culture libéralo-constitutionnelle, la tolérance zéro contre la délinquance ne dégénère en tolérance zéro envers qui n'est pas d'accord ou pense différemment».


A gauche, une vieille affiche du parti néofasciste Mouvement social italien. A droite, photographie d'une affiche d'un candidat de la nouvelle extrême droite italienne des années 2000 © Photo : Johan Gulbekian / RésistanceS.

«Il Manifesto» (quotidien de la gauche radicale intellectuelle diffusé à plus de 90.000 exemplaires) démontre pour sa part, dans un de ses récents articles, que le gouvernement de Silvio Berlusconi ouvre carrément la voie à la réhabilitation du fascisme italien. Ce gouvernement d'ultradroite populiste est constitué du parti de Berlusconi, mais également de deux partis aux visions opposées concernant l'avenir territorial du pays : la Ligue du Nord, une formation d'ultradroite indépendantiste nordiste prônant l'implosion de l'Italie, et l'Alliance nationale (AN), formation hyper nationaliste italienne issue directement en 1994 du Mouvement social italien (MSI), le parti fasciste officiel de l'époque. Le MSI avait été fondé directement après la Deuxième Guerre mondiale pour faire perdurer le programme du Parti national fasciste de Benito Mussolini. Pour sortir du ghetto politique dans lequel se trouvaient les partisans de la droite nationaliste pure et dure, les promoteurs de l'Alliance nationale larguèrent le vieux style idéologique du MSI pour transformer leur parti en une formation de droite populiste mais acceptable. Donc aux potentiels gouvernementaux.

Pour «Il Manifesto» et bien d'autres médias italiens, le ravalement de façade du vieux MSI n'a pas empêché la nostalgie du fascisme de poursuivre son attrait sur la nouvelle génération des cadres de l'Alliance nationale. «Aggiornamentos, congrès, changements de nom et abjurations n'y peuvent rien : périodiquement, des responsables de l'Alliance nationale (AN), héritière du Mouvement social italien et partenaire de Silvio Berlusconi depuis son entrée en politique (note de RésistanceS.be : en 1994), se sentent obligés de réévaluer, voire de réhabiliter le fascisme ». Dernier exemple en date : le 8 septembre dernier, Ignazio La Russa, le ministre de la Défense, a rendu sans complexe un vibrant «hommage aux combattants de la ''république sociale de Salò'' qui restèrent fidèles au Duce et à son allié nazi».


L'actuel maire «post-fasciste» de Rome, Gianni Alemanno à l'époque où il dirigeait le Fronte della Gioventù, l'organisation de jeunesse du Mouvement social italien (MSI), le parti néofasciste mussolinien. La nostalgie de ce passé-là est aujourd'hui encore d'actualité – Photo : Archives RésistanceS.


Fascisme, droite liberticide et mafia
Lors d'une interview accordée au «Corriere della Sera» (715.000 exemplaires), Gianni Alemanno, le maire de la ville de Rome et l'un des leaders de la tendance radicale de l'Alliance nationale, déclara : «Je ne considère pas et je n'ai jamais considéré le fascisme comme le mal absolu». Le quotidien de la bourgeoisie industrielle italienne rappela à l'occasion de cet entretien qu'Alemanno porte toujours aujourd’hui autour du cou une croix celtique, le «symbole néofasciste»... comme à l'époque où il dirigeait le Fronte della Gioventù (Front de la jeunesse), l'organisation de jeunesse du défunt du Mouvement social italien.

Comme les lecteurs du «Courrier international» pourront le constater à la lecture de ce dossier italien : le programme du gouvernement d'ultradroite berlusconien pratique de manière étatique une politique nostalgique du passé fasciste du pays (par des opérations révisionnistes, relativistes et négationnistes), néoconservatrice en matière socio-économique (provoquant encore de plus grandes inégalités entre les classes sociales) et liberticides (un danger pour les libertés fondamentales de tous les Italiens).

Un programme idéologique désormais d’application, et qui menace directement la liberté du choix d'alternative économique, de pensée et d'expression. En Italie, la démocratie est réellement en danger. Danger accentué également par des coalitions underground entre des représentants locaux du gouvernement berlusconien et des barons totalitaires de la mafia...

Manuel Abramowicz


© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le samedi 13 septembre 2008.

 

Le fascisme de Mussolini sera-t-il en voie de réhabilitation en Italie berlusconienne ?


Sur l'Italie, lire sur RésistanceS.be

Nicolas Sarkozy : modèle du post-fascisme ?

L'OTAN derrière les «années de plomb» italiennes !



L'hebdomadaire «Courrier international» est vendu dans toutes les bonnes librairies, des pays africains francophones au Japon, en passant par la Belgique (à 3 euros), l'Italie, la Norvège, la Tunisie...


CONSULTEZ sur le Net...

... le «Courrier international» CLIQUEZ ICI


A voir, au cinéma sur l'Italie

Gomorra
Le pouvoir, l’argent et le sang. Telles sont les «valeurs» avec lesquelles les habitants de la province de Naples et de Caserte doivent se confronter chaque jour. En fait, presque toujours, les gens n’ont pas le choix, presque toujours ils sont forcés d’obéir aux règles du système, la Camorra, et il faut avoir une sacrée chance pour pouvoir seulement penser à mener une vie «normale». Et, dans ce paysage de violence, dans ce monde impitoyable, apparemment loin de la réalité mais en effet profondément ancré dans ce pays, cinq histoires s’entrecroisent...
(notice du site cinebel.be)

CLIQUEZ ICI


Agenda RésistanceS.be
NOUVEAU Rencontre–débat et exposition de photographies sur le nationalisme du 17 au 24 septembre 2008 CLIQUEZ ICI


Consultez les derniers dossiers, enquêtes et articles de RésistanceS.be (service gratuit) :

Les liens du président Front national and C° avec un hitlérien... l

«Rivarol» : le journal des «révisionnistes» ?

Nation et le «révisionnisme»

Il y a deux Front national en Belgique

Le Vlaams Belang cultive ses racines nazies ?

L'escroquerie pseudo rebelle de l'extrême droite

Belgique & Chrétienté : une association illégale ?

Les libéraux schaerbeekois liés à l'extrême droite turque ?

Création d'un mouvement politico-ethno-identitaire panafricain à Bruxelles

Actions devant les tribunaux contre l'extrême droite

Mai 68 : l'inhibition de l'extrême droite


Campagne « Extrême droite : ils se trompent de colère ! »

Depuis le mois d'août 2008 et jusqu'aux élections de juin 2009, RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire de l'extrême droite, anime une campagne d'information pédagogique en direction des électeurs d'extrême droite.

Pour plus d'information et la soutenir CLIQUEZ ICI


L'extrême droite en Flandre ?

Vous souhaitez plus d'informations sur le Vlaams Belang et les organisations d'extrême droite flamandes, consultez alors nos articles en français sur notre site, mais également les sites et blog des antifascistes flamands :


Site avec des articles d'analyse et d'actualité sur l'extrême droite en général, sur celle active en Flandre en particulier.



Blog actualisé quasi quotidiennement de l'Antifascistische front (AFF), organisation militante active à Anvers et dans d'autres villes flamandes depuis la fin des années 1970, animé par le responsable de notre rédaction en Région flamande, Wim Haelsterman.


Ce site n'est plus actualisé depuis la fin de l'année 2007, mais il est toujours en ligne. Vous y retrouverez une excellente « banque d'informations détaillées » sur l'extrême droite du Nord du pays. Avec en plus de superbes visuels antifascistes. Pour tout comprendre sur l'histoire du mouvement nationaliste d'ultra droite en Flandre, consultez donc Blocwatch.




Comité de soutien de RésistanceS


Pour bénéficier de nos services: que faire?

Soutenez vous aussi RésistanceS...

Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs qui lui font des dons.


Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS !

Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant un don sur son compte bancaire :

n° 310-1618732-82
IBAN : BE25 3101 6187 3282

Avec en communication : « 13-09-2008 »

... et abonnez-vous gratuitement à sa Newsletter !

Vous souhaitez recevoir des informations sur l'Observatoire de l'extrême droite, le journal RésistanceS et les réactualisations de son site Internet :
=> Abonnez-vous (c'est en plus gratuit, mais cela n'empêche pas de faire un don : revoir ci-dessus) à sa Newsletter : CLIQUEZ ICI

 

Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite
© asbl RésistanceS 2008