RésistanceS 25-11-2007

Daniel Féret perd son Front


Le putsch anti-Féret a réussi


Depuis la publication, ce 22 novembre, de son article sur l'état de la situation du Front national conduit par Michel Delacroix, RésistanceS a obtenu de nouvelles informations. Elles annoncent la mise hors-circuit de Daniel Féret, le président-fondateur du FN. Avec une nouvelle direction, l'extrême droite francophone, sous l’égide du « nouveau » FN, va-t-elle désormais se développer en Wallonie et à Bruxelles, comme le Vlaams Belang en Flandre ? La reconquête de l'électorat frontiste passera notamment par Charleroi.

Les informations de RésistanceS sur la fin du féretisme ont été reprises, ce dimanche 25 novembre, par l'agence de presse Belga et par l’ensemble des médias en ligne, comme le site d'actualité « 7 sur 7 » © Photo : RésistanceS.


Les autorités judiciaires en charge du dossier de l'Association de financement du Front national (AFFN), responsable d'une gestion financière plus que douteuse, viennent de donner raison au Front national mené par le sénateur Michel Delacroix contre celui que dit toujours diriger Daniel Féret, son fondateur. Ce qui veut dire que c'est désormais ce Front qui est reconnu comme le FN officiel. Cette information est « historique ».

Résultat immédiat : Daniel Féret ne pourra plus se prévaloir du nom et du logo de son parti. Mis en minorité, en septembre dernier, par la majorité de la direction frontiste et poursuivi devant les tribunaux pour une multitude d'« affaires », Daniel Féret est donc désormais « politiquement mort », puisque le Front national ne lui appartient plus... C'est bel et bien, aujourd'hui, la fin du « féretisme » (voir ci-contre).

La reconquête de l'électorat via Charleroi
L'exclusion de Daniel Féret du Front national va maintenant donner à ses opposants l'opportunité de reprendre en main le parti, après de très longues années de conflits ravageurs à l'intérieur même du Front. Ses nouveaux « patrons » vont maintenant pouvoir l'organiser en interne (via un organigramme hiérarchisé, des postes à responsabilité, un centre de formation pour ses cadres...) et le développer en externe (par la mise en place de sections locales et la tenue de meetings, entre autres), dans le but d'ancrer solidement le FN dans le paysage politique. Dans les jours qui viennent, les nouveaux dirigeants devraient ouvrir des bureaux rue du Bailly, dans la commune d'Ixelles, près de l'avenue Louise. Ceux-ci leur serviront de QG.

Mais, c'est la ville de Charleroi qui a été choisie par le bureau politique du Front national, sous la présidence ff du sénateur Michel Delacroix, pour servir de tremplin électoral. Les frontistes ont effectivement le souhait de faire de la « capitale du pays noir » leur fief, à l'image d'Anvers pour le Vlaams Belang. Il faut dire que la ville wallonne possède tous les ingrédients favorables à l'essor d'un parti poujadiste et anti-immigrés : des scandales politiques se succédant à la queue leu-leu, des autorités communales sans assises populaires, une classe politique totalement divisée, une situation sociale catastrophique...


Elections législatives du 10 juin 2007 : une des dernières affiches du FN alors unitaire © Photo : Manuel Abramowicz – RésistanceS.

Des listes VB-FN demain à Bruxelles ?
Le FN ne désertera pas pour autant Bruxelles. Son « siège national » y sera maintenu. Ce qui lui permettra de repartir à l'assaut de son (petit) électorat resté fidèle dans la Région bruxelloise. Nationaliste belge, le FN de Michel Delacroix a cependant de bons contacts fraternels avec le Vlaams Belang indépendantiste flamand (ce qui n'était pas du tout le cas sous Féret).

Sur cette base, il préconise des accords électoraux dans la capitale afin de ne pas diviser le vote pour l'extrême droite (environ 10 % des voix). Dans cette perspective, aux prochaines élections communales, certaines communes (avec une population flamande plus importante qu'ailleurs) seront exclusivement « réservées » au VB (par exemples : Jette, Evere, Berchem...), et d'autres au FN (les deux Woluwé, Ixelles, Forest...). Des listes VB-FN (ou FN-VB) pourraient par ailleurs être déposées dans les communes où les extrêmes droites néerlandophone et francophone se partagent en général l'électorat à parts quasi égales (Anderlecht, Molenbeek, Saint-Gilles...).

La prise en main du Front national par les anti-Féret et l'exclusion de celui-ci de ses rangs risquent désormais de voir apparaître une structuration efficace et un développement concret de l'extrême droite francophone, sur le modèle du Vlaams Belang en Flandre. Cette nouvelle donne devrait fortement inquiéter le monde politique.

Manuel ABRAMOWICZ

 

 

Féret appelle la base frontiste contre les « puputchistes »


Le « clan Féret » a réussi à sortir récemment deux numéros du journal du FN... datés du mois de septembre (à gauche) et du mois d'octobre 2007. Pour la dernière fois certainement… – Document : RésistanceS.

Jusqu'à la dernière minute, Daniel Féret – avec ses tous derniers partisans (une minuscule fraction de frontistes) – a tenté de sauver son pouvoir et de s'opposer aux «puputchistes» (sic).

Complètement sans ressource et ne pouvant plus bénéficier de ses locaux (sous séquestre judiciaire !), Daniel Féret a cependant réussi à sortir, avec les moyens du bord (mais uniquement sur deux pages), deux numéros du « National », le journal officiel du FN. Dans celui daté du mois de septembre dernier, le président-fondateur écrivait d'une plume accusatrice:

« La presse aux ordres du système s'en est donné à coeur joie de relater le différend qui nous oppose à un quarteron d'élus - élus par votre travail - qui tentent de mettre la main sur un parti qui ne leur appartient pas et auquel ils n'ont, pour la plupart, pas ou peu adhéré ».

Un second numéro du « National » a été réalisé dernièrement. Il est daté du mois d'octobre et ne comporte toujours que deux pages. A la Une, Daniel Féret donne encore les dernières nouvelles du Front. Et espère un sursaut de la base pour résister au « putsch » et reconstruire le FN. Féret y déclare notamment :

« Les forces vives du parti se demandent, nous demandent où nous en sommes dans le combat interne qui nous oppose à une poignée d'élus, qui n'ont aucun mérite.

(...) (Les membres) sont les grands oubliés dans cette querelle. Les puputchistes - Delacroix et consorts - n'en ont cure, car ils savent très bien que les militants sont tous dans le camp de ceux qui méritent et non ceux qui profitent. Je n'exclus nullement de leur demander leur avis, le moment venu, en organisant un referendum interne au FN.

(...) Privés pour un temps de nos locaux et de notre matériel informatique, photographique et d'imprimerie, nous sommes dans l'impossibilité de publier Le National comme avant et de fournir les tracts que les militants nous réclament. Une fois passé l'ouragan, il faudra rattraper tout le retard accumulé. Aussi je lance un appel à tous nos sympathisants pour qu'ils se tiennent prêts à s'engager davantage dans le combat qui est le nôtre, qui est le vôtre ».

Depuis les derniers événements révélés par RésistanceS, il semble que la proposition faite par Daniel Féret ne puisse recevoir un écho favorable... En effet, il est plus que trop tard pour reprendre en main le Front. Le féretisme a pris fin.

[M.AZ]

 

Recomposition de l'extrême droite

La prise de pouvoir des anti-Féret au Front national va donner lieu à une recomposition sans doute importante de l'extrême droite. Tout d'abord, le ménage sera fait en interne. Plusieurs membres seront exclus d'ici peu, s’ils ne rentrent pas dans les rangs et n’acceptent pas les nouveaux dirigeants. Ce qui pourrait être le cas du député fédéral Patrick Cocriamont et de son assistant parlementaire, Daniel Leskens. Pour ceux-ci, les anti-Féret sont des « libéraux », ce qui est une insulte dans ce milieu.

Par ailleurs, au moment-même où certains seraient mis à la porte du Front, de nouvelles adhésions pourraient être enregistrées. Des anciens dissidents ou des militants ayant cessé toute activité politique pourraient remonter au front. Mais, le « nouveau » FN sera très sélectif, selon nos informations : une « liste noire » empêchera l'affiliation d'individus considérés comme persona non grata. Notamment ceux ayant jadis milité dans les rangs d'organisations néonazies ou ayant été condamnés pour racisme (souvent entre autres faits d'ailleurs). Les « farfelus » et autres « zigotos » seront également invités à rester dehors.

Quant aux autres « partis nationalistes », la reprise en main du FN les marginalisera encore plus. C'est pour cette raison que le Front nouveau de Belgique (FNB) pourrait fusionner avec le FN de Michel Delacroix. Quant au mouvement Nation, il tentera de rester en place en rassemblant les plus purs et durs de l'extrême droite francophone. Mais avec un FN bien organisé et gardant le leadership sur la « droite nationale », ledit Mouvement devrait se marginaliser. Avec le député Cocriamont ?

Résumons donc cette recomposition de l'extrême droite : le Front national présidé par Delacroix va se développer sous la forme d'un parti d'extrême droite, populaire et national-libéral. Sur sa marge subsisteront divers petits groupes marqués par leur radicalisme et opposés à la normalisation du Front national. Une situation très proche de celle que l’on connaît en Flandre et en France.

[M.AZ]

 


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 25 septembre 2007.



© Dessin : Hajimé - RésistanceS

Le férétisme est mort !
Le « féretisme » a régné sur l'extrême droite durant plus de 22 ans, depuis la création du Front national belge, en 1985, par le docteur Daniel Féret.

La seule réussite de celui-ci aura été d'avoir pensé le premier à la légalisation du nom « Front national », via la constitution d'une association sans but lucratif. Ce qui lui permettra de devenir le propriétaire exclusif de ce label à succès et de récupérer alors directement en Belgique l'« effet Le Pen », apparu en 1984 en France.

Pour des raisons opportunistes et pour éviter la prise en main du FN par d'autres, Daniel Féret avait toujours empêché sa structuration sous la forme d'un véritable parti politique digne de ce nom. En effet, le « FN féretiste » est resté à l'état groupusculaire durant plus de deux décennies. Il se bornait à gagner des voix aux élections en profitant uniquement d'un sigle et de thématiques séduisantes pour un électorat déçu par la classe politique actuelle.

Décidant personnellement de la présence d'untel ou d'untel en place éligible sur les listes électorales, Daniel Féret fut très vite considéré par beaucoup de frontistes comme un despote utilisant le népotisme comme unique mode de fonctionnement.

Ceux qui tentèrent de s'opposer en interne seront systématiquement mis sur le côté. Ce qui provoquera d'innombrables conflits. Ceux-ci se solderont par de multiples exclusions, démissions et dissidences. En vingt-deux ans d'existence, entre 35 et 45 mouvements scissionnistes se sont produits. Un record absolu dans l'histoire politique belge.

La dernière tentative de putsch, conduite par le sénateur Michel Delacroix et son bras-droit, Patrick Sessler, fut la bonne : elle vient sans doute de sonner le glas du féretisme...

[M.AZ]


Plus d'infos ?

L'Observatoire belge de l'extrême droite et son site RésistanceS vous proposent la lecture de leur avant dernier article sur le même sujet :

Le FN-Delacroix en voie de développement (22/11/2007)