RésistanceS 07-01-2008

Portrait du patron des éditions Dualpha-Déterna


Philippe Randa, un éditeur au service de l'Ordre nouveau


L'extrême droite est multiforme : parlementaire, activiste, médiatique... Le franco-belge Philippe Randa fait partie de ceux qui passèrent des « actions musclées » de rue au salon chic d'un certain monde littéraire parisien. Journaliste, écrivain et éditeur, il dirige depuis 1997 les éditions Dualpha et Déterna. Et trône toujours aux meetings des disciples de l'Ordre nouveau.


Les catalogues des éditions de Philippe Randa sont régulièrement diffusés en direction de l'extrême droite, tous courants confondus - Photo et documents RésistanceS.


Philippe Randa est le fondateur en 1997 des éditions Dualpha et Déterna. Dix ans plus tard, il les dirige toujours. Par ailleurs, cet éditeur est lui-même auteur de près d’une centaine d’ouvrages, allant de romans policiers et d’espionnage à des livres érotiques ou de science fiction. Mais le détail de quelques uns des titres des ouvrages dont il est l’auteur (ou le co-auteur), est plus évocateur de son orientation politique que son autoportrait ne le laisse percevoir : « Dictionnaire commenté de la collaboration française », « Rescapés de l’épuration », « Front de l’Est, le rêve éclaté », « Les écrivains-guerriers », « L’ordre de la Francisque et la Révolution nationale », « Vers la société multiraciste », « Dictionnaire commenté de livres politiquement incorrects »...


Croix celtique et rat noir
Son vrai nom est Philippe-André Duquesne. Il préféra néanmoins jadis utiliser le pseudonyme Philippe Randa. Philippe-André Duquesne est né en 1960. A l'époque de ses études parisiennes en faculté de droit, il fréquente le Groupe union défense (Gud), une organisation étudiante liée alors au Parti des forces nouvelles (une dissidence du Front national de Jean-Marie Le Pen) et adepte des opérations coups de poing contre ses ennemis. La croix celtique et le rat noir - également utilisés par les néonazis - sont les symboles du Gud. La batte de base ball est son accessoire favori pour ses actions commandos. Après son activisme de jeunesse dans les rangs de l'extrême droite musclée, Philippe Randa va se consacrer à l'écriture et à l'édition. Une façon comme une autre de poursuivre, en parallèle, un combat politique et une carrière professionnelle. Il sera donc à la fois écrivain, journaliste, libraire, éditeur, diffuseur de livres et toujours orienté à l'extrême droite de l'échiquier idéologique.

Tout en changeant d'optique stratégique, en adoptant celle du « combat culturel », il gardera toujours un pied au sein de sa mouvance idéologique d'origine. Ainsi, dans les années 1990, il fut le responsable et le collaborateur d’innombrables titres de la « presse nationaliste » en devenant le directeur de la rédaction du « Flambeau littéraire » (le journal des éditions néonazies française l’AEncre, et de la librairie parisienne du même nom), le responsable des « Dossiers de National Hebdo » (liés au Front national) et passera par la direction de la rédaction du journal « L’Entraide nationale » du pasteur frontiste Jean-Pierre Blanchard. Philippe Randa va aussi s'investir sur Internet, dès que ce média s'ouvrira au grand public. La publication de ses chroniques et articles politiques, depuis les années 1990, se fera alors sur divers sites, celui de feue l'Unité radicale (dont les pseudopodes se retrouvent au Bloc identitaire et chez son ennemi juré le réseau Radical de Christian Bouchet), sur « 4verites.com » de l’ultralibéral Alain Dumait, sur « Voxnr » (du déjà cité Christian Bouchet, ex-leader d'Unité radicale et auteur chez Dualpha)...


Philippe Randa est également l'auteur de nombreux livres, dont certains expriment une véritable nostalgie pour un passé historique bien particulier. Encart publié dans « Pas d’Panique à bord ! », n°15, janvier 1994, un journal fondé par Philippe Randa – Document RésistanceS.


Nombreux contacts belges
D'origine belge par son père, Peter Randa, un écrivain né en 1911 dans la commune wallonne de Marcinelle, le patron de Dualpha-Déterna a toujours eu de nombreux et bons contacts avec l'extrême droite active en Belgique. En février 1996, Philippe Randa s'associe avec un certain Ralf Van den Haute. Membre du Vlaams Blok (le nom d'origine de l'actuel Vlaams Belang), ce dernier dirigea la Vlaams Jeugd, une organisation de jeunesse fondée par des anciens de la SS flamande pour reprendre le flambeau de leurs combats d'antan. Ralf Van den Haute est aussi le meneur de Thule-Sodalitas, une minuscule organisation politico-religieuse sectaire néopaïenne. L'association entre Ralf Van den Haute et Philippe Randa permet la fusion des journaux qu'ils réalisaient respectivement : « Europe nouvelles » et « Pas d’Panique à bord ! ». L'expérience fut toutefois très éphémère.

Malgré l'échec de cette alliance franco-belge, Philippe Randa va garder des « amis politiques » en Belgique. Ainsi, plusieurs de ceux-ci soutiendront à la fin des années 1990 sa nouvelle publication, ayant le même titre que ses éditions. La revue « Dualpha » promotionne alors le journal bruxellois « Ket », édité par l'association Bruxelles Identité Sécurité (Bis), aujourd'hui connue sous le nom d'Alliance bruxelloise contre le déclin (ABCD), animée par Pieter Kerstens, l'un des responsables francophones du Vlaams Belang (VB) et « agent de liaison » entre ce VB flamand et l'extrême droite française (sur le Bis et l'ABCD ).

En octobre 2002, Philippe Randa participe à une « grande réunion identitaire » à Bruxelles. Cette réunion est proposée à l'initiative de la revue belge « Devenir », un titre faisant directement référence à celui du journal de la SS française ! L'ouverture en juin dernier de la librairie Primatice en plein coeur de la ville wallonne de Liège confirme que Philippe Randa a gardé de bons contacts chez nous (voir à ce sujet notre article : « L'extrême droite française s'installe à Liège » ). La présence de plusieurs auteurs belges dans la liste des catalogues de Dualpha et Déterna (voir à ce sujet notre article : « Le who's who des auteurs des éditions Dulpha-Déterna » ) en est une des autres preuves.


En 1996, Philippe Randa va fusionner la publication qu'il éditait à l'époque, « Pas d’Panique à bord ! », avec le journal belge « Europe nouvelles » de Ralf Van den Haute, l'ancien dirigeant d'une organisation néonazie flamande – Documents RésistanceS.


Un meeting d'Ordre nouveau
Le 27 octobre dernier, Philippe Randa trônait à la tribune du meeting « Défendre notre identité », organisé à Paris par la revue « Synthèse nationale ». Ce rassemblement adopta le style de ceux organisés, il y a plus de trente ans, par Ordre nouveau, une organisation néofasciste française de référence pour la génération nationaliste actuelle et qui fut à la base du Front national de Jean-Marie Le Pen, en 1972. En perspective de l'implosion annoncée de ce dernier, « Synthèse nationale » ambitionne d'unifier l'ensemble des courants radicaux de l'extrême droite française au sein d'une nouvelle force politique.

C'est pour cette raison qu'elle avait invité à son meeting du 27 octobre 2007 les plus illustres leaders, historiques comme actuels, de l'extrême droite : Jack Marchal (meneur du Gud dans les années 1970), Pierre Sidos (dirigeant de l'OEuvre française, singularisée par sa fidélité inchangée au fascisme), Fabrice Robert (président du Bloc identitaire), Jean-François Touzé (membre du bureau politique du Front national), Pierre Vial (dirigeant-fondateur de Terre & Peuple), Anne Kling (présidente de l’association Défendons notre identité et auteur du livre « La France licratisée » publié en 2006 par Philippe Randa), Robert Spieler (président d’Alsace d’abord)... Prévu également au programme, Filip Dewinter, le numéro deux du Vlaams Belang. Absent le jour même, il fut remplacé par Hilde De Lobel, députée anversoise du VB et membre de sa tendance radicale.

En participant comme orateur vedette au meeting de « Synthèse nationale », avec le gratin du néofascisme, Philippe Randa entretient bel et bien ses racines à l'extrême droite.

Alexandre Vick

[avec Guy Laurent, membre de l’équipe du Centre de recherches, d’information et de documentation antiraciste (CRIDA) et correspondant de RésistanceS en France]

 


Meeting d'Ordre nouveau, le 13 mai 1970, à Paris. Ce mouvement néofasciste français avait réussi à rassembler l'ensemble des courants nationalistes de droite, ses organisations, revues et leaders : Jean-François Galvaire (Ordre nouveau), François Brigneau (du journal « Minute »), Alain Robert (Groupe union défense), Camille Galic (de l'hebdomadaire « Rivarol »), François Duprat (pour la revue « Défense de l'Occident »), Jean-Gilles Malliarakis (de l'Action nationaliste), Patrick Saint-Bertais (du mouvement Jeune Europe), Philippe Asselin (du journal « L'élite Européenne »)... Ensemble, ils allaient ensuite fonder en 1972 le Front national. Le mouvement Ordre nouveau reste de nos jours un modèle pour l'extrême droite. Philippe Randa et la revue « Synthèse nationale », en prenant exemple sur ce mouvement, préparent la « droite nationaliste » à l'Après-Le Pen.


Rééditeur d'idéologues nazis


Philippe Randa a l'art d'esquiver les accusations de « naziphilie ». Son astuce : publier d'innombrables livres « touche à tout » : à l'art, à l'histoire, aux religions, aux traditions ancestrales, à la vie quotidienne... Sa stratégie : glisser parmi ceux-ci, l'un ou l'autres titres « politiquement incorrects » (c'est d'ailleurs le nom de l'une des ses collections). Mais le patron de Dualpha et Déterna a un problème : il est incapable de leurrer les spécialistes de la question.

En effet, dans les catalogues proposés par ses éditions, nous avons trouvé les rééditions d'ouvrages doctrinaux écrits jadis par des idéologues nazis et fascistes. C'est entre autres le cas du livre « Le Parti unique », rassemblant les écrits théoriques du dirigeant fasciste français Marcel Déat (republié en décembre 2005 chez Déterna), de « Combat pour Berlin » de Joseph Goebbels, l'ex-chef de la propagande du parti nazi allemand (paru également aux éditions Déterna en 2006) et « Le Mythe du XXe siècle » d'Alfred Rosenberg, l'un des principaux théoriciens du IIIe Reich (en 2005 toujours chez Déterna).

La présentation officielle faite au sujet de ce dernier livre pose les questions suivantes :
ITALIQUE
« Parti en fumée à la manière des vieux Européens, qui était Alfred Rosenberg ? Était-il le monstre que l'on a dépeint ? Voulait-il restaurer un certain paganisme comme l'accusaient les églises chrétiennes ? Désirait-il plus simplement apporter sa contribution au patrimoine de l'Europe en lui faisant prendre conscience de sa grandeur ? Le Mythe du XXe siècle donne la clé pour découvrir sa véritable personnalité. Rosenberg aura peut-être été l'un des hommes les plus mystérieux de ce siècle ». Dont acte.


Couvertures du livre nazi « Le Mythe du XXe siècle » : l'édition de 2005 chez Déterna de Philippe Randa (à gauche) et l'édition d'origine publiée en Allemagne nazie en 1933 – Document RésistanceS.

Avant sa réédition en décembre 2005 chez Déterna, « Le Mythe du XXe siècle » avait été pour la première fois édité en français, dans les années 1980, par les éditions Avalon, de Jean-Dominique Larrieu et Tristan Mordrelle. Des pionniers en matière d'éditions néonazies, dont la filiation organisationnelle touche également Philippe Randa, via diverses structures éditoriales. Tristan Mordrelle est par ailleurs l'un des fondateurs de « L'Autre Histoire »... une revue confidentielle négationniste vendue à la librairie Primatice-Liège, ouverte en juin 2007 par... Philippe Randa.

M.AZ



© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 7 janvier 2008.

 


La croix celtique et le rat noir, les symboles de l'extrême droite fréquentée par Randa.


Plus d'informations ?
Sur les éditions d'extrême droite Dualpha et Déterna, leur patron Philippe Randa, leur réseau d'influence et leurs auteurs français et belges, il faut lire les articles de RésistanceS suivants :

La Fnac au service de l'extrême droite ?

Le who's who des auteurs des éditions Dualpha-Déterna

L'extrême droite française s'installe à Liège


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Avec en communication : «Soutien 07/01/2008»