[HOME] [INFO]

 

 
Dans les coulisses de l’extrême droite francophone

Une rébellion
antinazie au FN ?

Le parti d’extrême droite Front national, aujourd’hui toujours constitué d’ex-notables de formations politiques traditionnels (PSC et PRL) et de fidèles des idéaux néonazis, est au bord de l’explosion. Son président-fondateur, le docteur Daniel Féret, est sérieusement remis en cause aujourd’hui, pour son mode de gestion non-démocratique. Demain, il pourrait être dégommé et remplacé.?

La marmite chauffe au Front national. Le 17 décembre 2004, a eu lieu une réunion houleuse du FN bruxellois, en présence notamment de Patrick Cocriamont, membre du quatuor présidentiel, un ancien du Front de la Jeunesse qui, en 1995, prêtait serment de conseiller communal à Anderlecht en faisant le salut nazi. Dans l’assistance, un sympathisant du parti se lève et interpelle rudement le député Paul Arku - un fidèle de Daniel Féret - nommé récemment président général du FN de Bruxelles.

La photo du scandale : Patrick Cocriamont prêtant serment en 1995 comme conseiller communal FN à Anderlecht. Largement diffusée grâce à RésistanceS, aujourd’hui, elle déstabilise les frontistes et justifie notre action antifasciste (photo : Télé Bruxelles).

 

Le FN, un système totalitaire ?
L’intervenant conteste d’abord la composition du quatuor formé de Patrick Cocriamont, Charles Petitjean, Michel Delacroix et Daniel Feret, qui préside officiellement le parti depuis le 29 novembre, en remplacement du seul Daniel Feret. Ce sympathisant du FN cible Cocriamont et lui reproche d’avoir un passé très trouble auquel il ne peut adhérer. Il affirme qu’il faudrait des élections pour désigner le président du FN et compare la situation au sein de ce parti à «un système totalitaire communiste». Il demande à Paul Arku s’il a été consulté et s’étonne qu’il ne fasse pas partie du quatuor. La réponse d’Arku vaut son pesant de cacahuètes : non, il n’a pas été consulté. Il n’approuve pas ce quatuor et ne reçoit ses ordres que de Feret. «Les trois autres ne comptent pas, dit-il, avant de lancer : «Nous avons raté l’occasion de nous faire une nouvelle virginité». Une allusion claire au lourd passé de Cocriamont. Ce dernier tente d’intervenir, mais se fait huer par les militants présents. «Vous êtes la honte du parti !», crie l’un d’entre eux.


Stop ou encore ?
Le vent serait-il en train de tourner pour la vieille garde de Féret & Co ? Ce même 17 décembre, le député Charles Pire, l’ex-président du PSC de Huy, élu sur la liste FN de Liège, a envoyé à ses collègues parlementaires un courrier pas piqué des hannetons. Dans ce courrier, Charles Pire évoque une «refondation» et présente «les actions qui me semblent devoir être menées en raison des menaces qui pèsent sur notre parti». Au premier rang de ces actions, Pire propose de «remplacer l’actuelle haute direction du parti par du personnel politique vierge d’accusations de racisme ou de sympathies douteuses, accusations même injustes ou sans fondement». Il propose aussi «de nouveaux statuts prévoyant notamment un rôle accru de la base (sections locales, etc.) et l’élection présidentielle au suffrage universel, ainsi qu’une plus grande implication des femmes dans l’encadrement du parti». Avant de conclure : «Avons-nous vraiment le choix ? C’est la réforme ou l’interdiction à terme assez rapproché».

Claude DEMELENNE

Lire sur le même sujet, les articles :

La chute de la maison Féret ?
Un néonazi du FN désigné député ?

 

© Cet article a été publié dans l’hebdomadaire belge « Le Journal du Mardi » (vendu dans toutes les bonnes librairies du pays), daté du 11 janvier 2005 et reproduit avec son autorisation sur le site de RésistanceS - www.resistances.be. Le titre, le chapeau, les sous-titres et l’illustration sont de RésistanceS. Mis en ligne le 14 janvier 2005.