[HOME] [INFO]

 

Dans les coulisses de l’extrême droite francophone

La chute de la maison Féret ?


Affiche d’un inconnu « Front wallon » dénonçant Michel Delacroix, sénateur du Front national, avocat et ami-complice de Daniel Féret. Aujourd’hui, les ennemis de Féret, Delacroix et leurs sous-lieutenants sont plus nombreux à l’extrême droite du « front » qu’à l’extérieur.  

 

En juin 2004, dans un reportage choc du magazine Actuel (RTBF), Jean-Claude Defossé a déshabillé les fachos du Vlaams Blok. Le 12 janvier 2005, il a récidivé, cette fois avec le Front national de Daniel Féret. Une enquête impitoyable qui risque de faire mal à un parti bête et méchant… au bord de l’implosion.

Jean-Claude Defossé est un journaliste de combat. Un journaliste people, dans le bon sens du terme : Defossé fait des reportages et tourne des images pour être vu par le plus grand nombre. Ses recettes : simplicité, limpidité, pugnacité. L’homme est tout le contraire d’un intellectuel en chambre. Sa dope, c’est l’action. Il va sur le terrain et n’hésite jamais à plonger les mains dans le cambouis. Plonger dans la fosse aux lions, il adore. Pour réaliser son enquête – un travail de cinq mois – sur le FN, Defossé a fréquenté les dirigeants et les (rares) militants de ce curieux parti facho : une quasi coquille vide, le joujou d’un leader fantomatique, Daniel Féret, qui cherche moins à faire de la politique pour promouvoir ses idées nauséabondes, qu’à simplement ramasser l’argent de ses mandats et puis partir la couler douce sous le soleil du Cap-d’Agde, en attendant la prochaine élection.

Féret menace la presse libre
Seul avec son cameraman, Defossé s’est frotté à Féret et à sa garde rapprochée. Il a essuyé les sarcasmes, les insultes, les menaces. A plusieurs reprises, le président à vie du FN a prévenu le journaliste : «Je vous ferai un procès». Révélateur du genre de société dont rêve le personnage. Une société où les présentateurs-télé porteraient l’uniforme et où les journalistes qui cherchent simplement à faire leur métier croupiraient dans des cellules humides. Ce 5 janvier, dans les colonnes de Télé Moustique, Féret a encore haussé le ton. «C’est vraiment une ordure, ce Defossé et j’aurai sa peau. Ce n’est même pas un journaliste». Tout en finesse, ce n’est pas nouveau ! Mais cette fois, c’est carrément inquiétant, car Féret vise l’homme et menace son intégrité physique.

Le leader du FN pète un câble, car il est aux abois. Il sait que Defossé mettra à nu son système, ses magouilles, son entourage et ses agissements nazillons, ses multiples casseroles… Et aussi l’agacement – le mot est faible – croissant de beaucoup de ses coreligionnaires qui ne rêvent que de «jeter» un président aussi peu charismatique qu’encombrant à cause de ses incessants démêlés avec la justice. Féret est poursuivi par la justice pour émission de tracts racistes, la cour d’appel de Bruxelles a requis contre lui deux ans de prison ferme. Le jugement devrait être rendu avant la fin de cette année. L’échéance se rapproche. Féret est d’autant plus nerveux qu’il n’est plus seul dans la maison frontiste. Il est en quelque sorte victime de son succès. Le FN a obtenu 181.000 voix lors du récent scrutin régional, jamais il n’a compté autant d’élus : 11 parlementaires, toutes assemblées confondues, qui fatalement ne sont plus tous, comme par le passé, membres de la famille ou de l’entourage direct de Féret. Ce qui complique la vie de ce dernier.

Le FN au bord de l’explosion !
Depuis quelques mois, le feu couve au FN. La guerre (de moins en moins) larvée n’oppose pas des radicaux et des modérés… introuvables. Sur le fond, pas un seul élu ou cadre du FN ne s’est miraculeusement converti au droit de vote pour tous ou à l’action antiraciste ! C’est une guerre du look qui se déroule au FN. Plusieurs nouveaux élus, sans doute une majorité, souhaitent non pas abandonner la thématique classique de l’extrême droite, mais l’exprimer autrement, sans référence explicite à la tradition néonazie. Une «refondation» cosmétique, mais qui pourrait être perverse. Si Charles Petitjean (ex-PRL) ou Charles Pire (ex-PSC) prend le pouvoir, le FN sera toujours le FN, mais il pourrait se donner une façade moins repoussante… et attirer vers lui de nouveaux électeurs. Cyniquement, faut-il espérer que Féret, la caricature, reste aux commandes du «Blok francophone» (à part le séparatisme, les idées sont identiques) ? «En quelque sorte, il vaut mieux que le FN reste comme il est, affirme Jean-Claude Defossé. C’est un des paradoxes de ce parti».

Ce n’est évidemment pas une raison pour passer sous silence les agissements antidémocratiques de Féret. Sous sa forme bordélique actuelle, son parti relève certes du folklore, mais c’est un folklore dangereux, qui a piégé des dizaines de milliers d’électeurs wallons et bruxellois. «Plus de 180.000 Belges ont voté pour un parti baudruche, un parti sans visage, explique Jean-Claude Defossé. Je vais leur montrer son vrai visage. Ils constateront que les racines sont les mêmes que celles du Vlaams Blok. Et que, depuis la création du FN, les nazillons y font la loi». Le reportage de Defossé, que le leader des fachos francophones cherche à faire interdire, ne manquera pas d’exacerber les tensions entre le clan Féret et ceux qui ne font pas partie du premier cercle. Bientôt, la chute de la maison Féret ? Ce ne serait pas la première fois que l’extrême droite francophone se fissure en plusieurs groupuscules…


Claude DEMELENNE

Lire sur le même sujet, l’article

Une rébellion antinazie au FN ?


© Cet article a été publié dans l’hebdomadaire belge « Le Journal du Mardi » (vendu dans toutes les bonnes librairies du pays), daté du 11 janvier 2005 et reproduit avec son autorisation sur le site de RésistanceS - www.resistances.be. Les sous-titres et l’illustration sont de RésistanceS. Mis en ligne le 14 janvier 2005.