RésistanceS.be 30-04-2010

État des lieux de l'Observatoire de l'extrême droite


L'extrême droite belge francophone et les élections anticipées


Le Front national, divisé aujourd'hui en trois fractions, ne devrait pas pouvoir réussir à se présenter aux élections législatives anticipées de juin prochain. Sauf si... État des lieux de RésistanceS.be.



Militants du Front national en 1999, à l'époque où le parti d'extrême droite était uni © Photo Télésambre.


Aux précédentes élections législatives, le 10 juin 2007, le Front national (FN) était une formation politique unie qui remporta un certain succès. Le FN y fit élire son premier sénateur, l'avocat d'extrême droite Michel Delacroix, et réélire dans le Hainaut un député fédéral, Patrick Cocriamont. Trois mois après ces élections, la formation frontiste, suite à des conflits internes, se divisa en deux fractions ennemies. La première se regroupa derrière le sénateur Michel Delacroix et plusieurs députés régionaux wallons. Cette fraction sera connue sous le nom de «FN rénové». Le second clan restera regroupé autour du président-fondateur du parti, le docteur Daniel Féret. Embourbé dans des ennuis judiciaires, Féret laissera pour finir, en juin 2008, la présidence de son Front à Patrick Cocriamont.

Depuis 2007, ces deux clans frontistes revendiquent l'héritage du parti, sa propriété légale et surtout sa dotation publique. En juin 2009, ils se présenteront aux élections régionales. Le FN rénové sous le nom de «Front national», le FN de Cocriamont sous le nom de «FN Plus» en Wallonie et sur celui des «Forces nouvelles belges» (FNB) dans la Région de Bruxelles-capitale (relire à ce sujet notre article consacré aux résultats des élections régionales de 2009 ). Entre temps, les partisans de Daniel Féret avaient relancé le Front national-Nationaal front (FN-NF), l'asbl fondatrice du parti d'extrême droite. Avec un nouveau président, le jeune conseiller communal Salvatore Nicotra. Ce qui donnera lieu à la situation ubuesque suivante : après les Régionales de 2009, il n'y aura plus deux FN, mais trois FN différents !

La donne frontiste reste identique aujourd'hui, à la veille des élections législatives anticipées qui auront lieu en juin prochain. Et ces trois entités séparées du Front national ambitionnent de toutes se présenter devant les électeurs.

Pour pouvoir déposer une liste pour le Sénat, ils vont devoir respectivement , sauf coup de théâtre, rassembler plus de 5.000 signatures d'électeurs. Pour la Chambre des représentants, il en faudra 400 pour les circonscriptions de Liège et celle du Hainaut et 500 pour la circonscription de BHV. Pour cette raison, le FN de Patrick Cocriamont vient de mettre en ligne sur son site un formulaire, à télécharger, pour récolter ces précieuses signatures. Formulaire qui était par ailleurs impossible à ouvrir à la date du 30 avril, prouvant une fois encore les incompétences politiques comme techniques de ces frontistes...


Le «canal historique» présent ?
Dans un délai extrêmement court, la mission de récolte de signatures est donc certainement vouée à l'échec pour le FN de Cocriamont, comme d'ailleurs pour celui de Michel Delacroix : leur base militante est squelettique. Même si le Front national de Michel Delacroix (dit FN rénové) s'est adjoint les services militants du mouvement Nation, par ailleurs lui-même victime d'un reflux du nombre de ses militants, depuis la mise en retraite du dirigeant-fondateur de ce petit groupe d'action politique, formé en 1999 par des dissidents, des déçus et des concurrents de l'époque du FN.

Du côté du Front national «canal historique», celui présidé par le conseiller communal Salvatore Nicotra avec l'aval du docteur Daniel Féret des signatures auraient déjà été récoltées en prévision d'élections anticipées (un scénario connu depuis bien longtemps). Ce FN pourrait donc éventuellement être présent dans certaines circonscriptions électorales : dans le Hainaut, dans la province de Liège... voir même dans celle de Bruxelles-Hal-Vilvoorde ! Encore faudrait-il que ses signatures aient légalement été obtenues sur les formulaires ad hoc, selon le code électoral. Tout dépendra aussi du fait de savoir à qui appartient légalement le signe «FN». Au FN de Nicotra (propriétaire de l'asbl fondatrice) ou aux FN de Cocriamont et Delacroix (élus en 2007 au niveau fédéral sous le sigle du FN) ? En Flandre, les frontistes du «canal historique» comptent par ailleurs déposer une liste dans la province du Limbourg, grâce à la récupération de l'ancienne section flamande du Front national, qui reste dans ses statuts un parti national.

Au niveau de la «force militante», c'est le Front «canal historique» qui serait le plus «peuplé» (avec environ 300 membres cotisants) et le mieux structuré. Récemment, la plupart des responsables de la Fédération des nationalistes wallons (FNW) des ex-députés régionaux frontistes Charles Petitjean et Charles Pire, provenant du FN de Michel Delacroix et depuis juin 2009 associé au «parti» de Patrick Cocriamont, auraient rejoint Salvatore Nicotra et son FN-NF.



Le président-fondateur du Front national belge Daniel Féret et le sénateur frontiste Michel Delacroix. En juin prochain, ce dernier ne sera certainement plus membre du Parlement. Il devra le quitter par la petite porte, ainsi que son «homme de main»...


Disparition de l'extrême droite ?
Quant au mouvement Wallonie d'abord, issu d'une scission régionaliste du FN de 2004 (), l'une de ses dirigeantes, Stéphanie Moriau, annonçait sur Facebook le 23 avril dernier : «nous sommes prêts à aller aux élections !». Apparue aux Régionales de 2009, Wallonie d'abord avait provoqué une petite surprise par des résultats honorables pour une formation marginale qui se présentait pour la première fois à des élections. Dans la province de Namur, son bastion, sa liste avait obtenu 1,53 %. Wallonie d'abord est toujours présidée par Francis Detraux, ancien sénateur du Front national, avec l'appui d'autres dissidents de ce parti d'extrême droite.

Dans les jours qui viennent, sera confirmée la présence ou non, en juin prochain, de listes électorales FN ou d'extrême droite sous un autre label (Wallonie d'abord, Front des nationalistes belges-FNB...). Faute de signatures d'électeurs en suffisance et sans la possibilité de bénéficier de signatures de parlementaires d'autres partis politiques, l'extrême droite francophone ne se retrouvera pas sur les bulletins de vote en juin prochain.

Le Front national belge était présent au Parlement fédéral depuis bientôt vingt ans, avec l'élection aux législatives de 1991 de son premier député, feu Georges Matagne. En cas d'impossibilité de présenter des listes électorales, sa représentation dans nos parlements sera réduite à zéro. Aux Régionales de juin 2009, aucun député FN ne fut réélu. Seuls quelques conseillers communaux et provinciaux représenteront encore, ici et là dans diverses communes et provinces de Wallonie, l'extrême droite nationaliste belge et wallonne.

Manuel Abramowicz

Un ancien député FN en correctionnel

Mardi dernier, RésistanceS.be a été informée du renvoi devant le tribunal correctionnel de Jean-Pierre Borbouse. Il y sera jugé pour coups et blessures envers son épouse, Annick C, et pour des propos racistes. Député régional du Front national de 2004 à 2009, il fut l'un des dirigeants du «clan des réformateurs» de ce parti d'extrême droite. Clan conduit par l'ex-député bruxellois Patrick Sessler et le sénateur Michel Delacroix contre Daniel Féret, le président-fondateur du FN.

Depuis la cuisante défaite des frontistes aux élections régionales, en juin 2009, Jean-Pierre Borbouse, toujours membre du FN «rénové», faisait partie des partisans de la «réunification» des clans frontistes. Il préconisait également une alliance avec le mouvement Nation. C'est à Gilly, dans la commune de Borbouse, que les derniers militants de Nation se réuniront ce 1er mai à l'occasion de la Fête du Travail.

RésistanceS.be

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 30 avril 2010.

 


Le FN belge devrait disparaitre du Parlement en juin prochain...


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