RésistanceS 03-01-2008

Après 12 ans de rupture


Les « Fronts » se réunifient


En ce début 2008, le Front nouveau de Belgique s'apprête à rejoindre officiellement le Front national présidé par Michel Delacroix. Ce FN représente un véritable pôle d'attraction, pendant que celui de Daniel Féret implose totalement. Est-ce l'amorce de la réunification de l'ensemble de l'extrême droite belge francophone autour du Front national « sans Féret » ? Ce cas de figure est loin d'être encore réalisé.


Le Front nouveau de Belgique – et ses derniers militants - retourne au Front national © Dessin Hajimé 1998 – RésistanceS 2008.


Le Front nouveau de Belgique (FNB) fut officiellement fondé au début 1996. Il y a près de 12 ans. Ses initiateurs étaient pour la plupart des dissidents du Front national (FN) de Daniel Féret. C'est la députée fédérale Marguerite Bastien, une ancienne magistrate membre du parti libéral passée récemment chez les « frontistes » qui présidait ces anti-Féret (voir ci-dessous notre encadré consacré à la naissance du FNB).

N'ayant jamais réussi à dépasser le FN officiel – au niveau structurel comme électoral -, le FNB depuis 1996 est devenu un groupuscule électoral. Aux dernières élections, il planifia une dernière tentative pour voler le leadership de l'extrême droite au Front national. Pour ce faire, il s'allia à la « mouvance identitaire » constituée par le mouvement Nation, son organisation de jeunesse (Jeune Nation), le mouvement racialiste Terre & Peuple, Renaissance sociale (une structure nationaliste caritative liée aux premiers) et à l'association intégriste Belgique & Chrétienté. Ce fut un échec cuisant face à un FN bénéficiant toujours du centre de gravité attirant l'électorat protestataire xénophobe et poujadiste.

Un nouveau FN pour affronter le « système »
Depuis, la situation du FN féretiste a radicalement changé : Daniel Féret, désavoué au début du mois de septembre 2007 par son bureau politique, a été exclu du parti (même s'il proclame que le « FN véritable » est toujours en sa possession). Ne trouvant aucune issue permettant une ascension électorale et se trouvant donc dans une impasse, le dirigeant du Front nouveau de Belgique, François-Xavier Robert, un opposant acharné à Daniel Féret, a très vite pris la balle au bond. Des contacts entre les deux directions « frontistes » se sont établis, dès le mois d'octobre dernier.

Multipliant les réunions avec les nouveaux « patrons » du FN conduit par le sénateur Michel Delacroix, le FNB est désormais en voie d'intégration totale au sein de celui qui lui a toujours fait beaucoup d'ombre. Cette fusion a également été possible suite à un sondage effectué auprès des derniers militants du FNB : 51,7 % de ceux-ci préconisaient une alliance avec le Front national, contre 20,9 % avec le mouvement Nation, 19,4 % avec le Vlaams Belang, 18,7 % avec Force nationale, 11,3 % avec les partis unitaristes (Beb, Bub et Unie), 8 % avec les Chrétiens démocrates fédéraux et 5 % avec les rattachistes wallons (du RWF-RBF).

Dans le numéro de novembre dernier du « Bastion », le mensuel du FNB, François-Xavier Robert mentionnait alors :

« La conclusion (de ce) sondage est claire : on doit faire une alliance, et la majorité absolue s'est prononcée pour le FN sans Féret. Je pense que c'est effectivement la solution la meilleure, même si elle ne plaît pas à tout le monde et peut susciter des objections bien compréhensibles ».

Parce que pour le secrétaire général du FNB :

« Continuer à présenter de petites listes d'opposition n'a plus guère de sens, étant données les barrières multiples érigées par le système. Le seuil électoral de 5 % est infranchissable dans le cadre de nos faibles moyens. Parmi les partis de notre tendance, il n'y a que le FN qui puisse le dépasser en Belgique francophone. On n'a donc guère le choix, si on ne veut pas continuer à disperser inutilement les voix et à gaspiller de précieux efforts. Ce qui fait le jeu du système. Seul le FN possède actuellement la notoriété, l'électorat et les moyens matériels (élus et dotation publique) pour être efficace politiquement ».

Via cette fusion dans le FN, François-Xavier Robert exprime une fois encore son ambition, qui est restée la même depuis qu'il a pris en main, en 2001, le FNB :

« Tenter de rassembler les diverses chapelles de la mouvance (NDLR de RésistanceS : nationaliste), pour affronter efficacement le système ».


Couvertures du mensuel « Le Bastion », organe officiel du Front nouveau de Belgique depuis 1996. Dans les jours qui viennent, il deviendra celui du Front national – Documents : RésistanceS


« Mouvance identitaire » de plus en plus marginale
Dans cette optique, les réunions entre le FNB de François-Xavier Robert et le FN de Michel Delacroix se sont poursuivies au mois de décembre dernier. Les deux « Fronts » sont ensuite parvenus à un accord : le premier se fond dans le second. Les membres du FNB pourront agir sous l'égide d'une tendance interne. Le mensuel du Front nouveau, « Le Bastion », deviendra celui du Front national (le FN de Féret poursuivant l'édition de l'organe historique du parti : « Le National »). Tout en continuant sa collaboration au « Bastion », François-Xavier Robert cédera la direction du journal à Patrick Sessler, le secrétaire général du Front national, un grand spécialiste dans le domaine de la propagande politique.

La fusion du FNB dans le FN signifie également l'abandon du « compagnonnage » du FNB avec la « mouvance identitaire », en particulier avec le mouvement Nation et l'association Belgique et Chrétienté (B&C, liée aux lefèbvristes anti-Vatican de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X). Il faut savoir que François-Xavier Robert fréquentait abondamment, jusqu'à récemment, les diverses festivités de cette mouvance, comme en décembre dernier lors de la dernière « Fête de l'Identité ». Cependant, il y avait déjà de l'eau dans le gaz entre le dirigeant tout puissant du FNB et ladite « mouvance identitaire ». Notamment autour de la « question juive » ! (voir à ce sujet notre article : La « question juive » divise l'extrême droite ! ).

Face à un FN renforcé par l'adhésion du FNB, plus fort, plus uni et plus efficace, l'avenir des « identitaires » et de leurs collaborateurs de B&C risque de s'assombrir. Ils pourraient toujours néanmoins s'allier au tandem Patrick Cocriamont et Daniel Leskens, le député fédéral du FN et son mentor politique. En effet, ceux-ci – pourtant restés fidèles jusqu'à récemment à Daniel Féret – s'apprêteraient à fonder un nouveau parti nationaliste... Les « tsunami » provoquant des dysfonctionnements chez les extrémistes de droite seront encore nombreux cette année...

Manuel Abramowicz

Le Front nouveau de Belgique fut...


En 1995, à l'époque de l'unité, Daniel Féret et Marguerite Bastien. Désormais, ils ne sont plus à la tête de leurs fronts qui vont pouvoir maintenant fusionner.


Le Front nouveau de Belgique (FNB) est né officiellement en 1996. Sa fondatrice est Marguerite Bastien, un des deux députés fédéraux du Front national élus aux élections législatives du mois de mai 1995. Durant l'été qui suivit, Bastien tente un putsch contre Daniel Féret, le président-fondateur du FN. Son « complot » découvert, elle est exclue manu militari du parti. Une erreur de taille : le FN se coupe directement en deux clans, l'un favorable à Féret, l'autre à Bastien. La moitié des élus communaux frontistes (plus de trente-cinq conseillers communaux) rejoint le Front national de Bastien qui, malgré le soutien officiel de Jean-Marie Le Pen, devra trouver un autre nom de parti. C'est ainsi que naquit le Front nouveau de Belgique et son mensuel, « Le Bastion ».

Au cours des premières semaines qui suivent son apparition, le FNB est rallié par d'autres scissionnistes (qui avaient déjà quitté les rangs « frontistes » plusieurs années auparavant), des groupes d'extrême droite autonomes du FN (l'association Belgique & Chrétienté, la formation groupusculaire belgicaine Unie, le pseudopode de l'ex-Parti libéral chrétien/Parti pour la liberté du citoyen...), les néonazis du groupe l'Assaut et des transfuges de partis « traditionnels » (du PSC, du PRL et du FDF). Le FNB va également accueillir dans ses rangs Roger Nols, l'ex-bourgmestre xénophobe de la commune bruxelloise de Schaerbeek (1).

En 2001, suite à des bisbilles internes et des premiers résultats électoraux déprimants, Marguerite Bastien démissionne de son poste de présidente. La direction du FNB est alors prise en main par son bras-droit, l'ex-officier supérieur para-commando, François-Xavier Robert. N'ayant jamais représenté un concurrent réel pour le Front national, le FNB s'est très vite « groupusculisé ». Après une alliance électorale avec la « mouvance identitaire », en 2006 et 2007, le désormais feu Front nouveau de Belgique revient à sa case de départ pour réintégrer son parti géniteur...

M.AZ


(1) Sur la création du FNB, il faut lire : « Les dissident et le ''nouveau'' Front national », chapitre 10 (p. 193 à 214) du livre « Les Rats Noirs – L'extrême droite en Belgique francophone », de Manuel Abramowicz, éditions Luc Pire, Bruxelles, 1996, 239 pp.

 

© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 3 janvier 2008.


 

 

Plus d'informations ?

Sur le Front nouveau de Belgique (FNB), il faut lire les articles suivants de RésistanceS :

Des listes unitaires FNB pour la ''mouvance identitaire''

Who's who de la ''mouvance identitaire''

Le FNB perd sa tête

Les dissidents du FNB

Le FNB aux élections législatives du 10 juin 2007

Les résultats du FNB aux élections communales du 8 octobre 2006

Les résultats du FNB aux élections régionales du 13 juin 2004

Les résultats du FNB aux élections législatives du 18 mai 2003

Les résultats du FNB aux élections communales du 8 octobre 2000

Les résultats du FNB aux élections régionales et européennes de 1999


Les derniers articles de RésistanceS sur l'actualité récente du Front national (FN)

Le putsch anti-Féret a réussi

Le FN-Delacroix en voie de développement

Le Front national coupé en deux


Soutenez vous aussi RésistanceS !

Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs qui lui font des dons.

Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS !

Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant un don sur son compte bancaire :

n° 310-1618732-82
Avec en communication : « Soutien 01/2008 »