RésistanceS 06-05-2009 21h40

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Les pratiques douteuses de deux députés FN


Le Front national est-il réellement un parti exemplaire contre les «pourris» et autres «profiteurs» du monde politique traditionnel, comme il l'affirme dans sa propagande ? Une information reçue à la rédaction de RésistanceS.be démontre le contraire. Récemment, deux députés wallons ont été écartés par la direction «rénovée» du FN. L'un pour ne pas avoir payé sa cotisation, l'autre parce que son nom est cité dans une affaire judiciaire où il question notamment de harcèlement sexuel. Voici les informations exceptionnelles recueillies à ce sujet par RésistanceS.be.


Aujourd'hui, les sites et blogs Internet de Charles Pire et Charles Petitjean figurent sur la page «Liens» du site du Front national animé par le «clan Féret». Pourtant, il y a quelques semaines encore, ces deux députés régionaux sortants faisaient parties des «anti-Féret» les plus radicaux. CLIQUEZ SUR L'IMAGE POUR L'AGRANDIR.


Pour les élections régionales et européennes du 7 juin prochain, le Front national, dit «rénové» et reconnu comme étant le FN officiel par les autorités électorales, a bouclé la liste de tous ses candidats : les têtes de listes comme les candidats effectifs et suppléants. Sur celle-ci figurent quelques personnalités connues de ce FN : on y trouve son président Daniel Huygens, son vice-président et secrétaire général Patrick Sessler ou encore le député régional Jean-Pierre Borbouse. Un constat a immédiatement pu être fait : deux membres du bureau politique de ce parti d'extrême droite, les députés régionaux sortants Charles Pire et Charles Petitjean, n'apparaissent nulle part sur les listes frontistes pour les élections du mois de juin, ni sur celle déposée pour le scrutin européen ni sur la liste pour le Parlement wallon. Pourtant, Pire comme Petitjean ambitionnaient depuis longtemps déjà de conduire les frontistes, en tant que têtes de liste, dans leur circonscription électorale respective, celle de Liège pour le premier, celle de Charleroi pour le second. Leur absence des listes du FN est étonnante à plus d'un titre. Cette absence fait-elle suite à un conflit interne de nature politique survenu au sein du parti ? Se base-t-elle sur des divergences idéologiques ou stratégiques ? Pour connaître la vérité sur la non présence de ces deux Charles sur les listes frontistes, RésistanceS.be a mené une petite enquête. Son résultat est des plus intéressants. Surtout lorsqu’il concerne un «parti anti-pourris» qui veut donner une «bonne leçon» au monde politique.

Premièrement, RésistanceS.be a pu apprendre que leur écartement n'avait pas découlé d'une bisbrouille interne habituelle à l'extrême droite. Membres du «clan des réformateurs» du FN depuis 2007, leur absence sur les listes électorales a pour explication deux raisons distinctes. Mais néanmoins sulfureuses...


Endettement à l'égard du FN
Concernant tout d'abord Charles Pire. Comme dans d'autres partis politiques, au Front national, chaque parlementaire élu doit rétrocéder une partie de son salaire au parti. Au FN, cette rétrocession s'élève à environ 1 000 euros, pour un salaire de député régional d'environ 5 500 euros nets. Depuis son élection au Parlement wallon en 2004, Charles Pire n'aurait versé sa «cotisation interne» que sporadiquement : à de rares exceptions, de temps en temps, à la différence des autres élus frontistes, qui honorent leur engagement contractuel. Cette cotisation permet entre autres de faire fonctionner le parti de façon professionnelle.

Aujourd'hui, cinq ans après son élection au Parlement de Namur, l'élu frontiste doit une bonne somme d'argent au FN. Malgré une convention signée et les rappels qui lui ont été faits, Charles Pire a refusé systématiquement de se mettre en ordre de paiement. C'est donc pour infraction à ses engagements financiers à l'égard du Front que ce parlementaire a été écarté de la liste des candidats pour les élections régionales et européennes du 7 juin prochain.


Sur son blog, Charles Pire affirme qu'il est, avec Charles Petitjean, soutenu par Bruno Gollnisch, le vice-président du Front national français, connu aussi pour son soutien aux négationnistes.


Vie sexuelle d'un frontiste
Pour l'autre Charles du FN, Charles Petitjean, l'explication de son écartement des instances du parti et de sa non figuration sur une liste électorale est d'une tout autre nature. En effet, selon des informations exclusives recueillies par RésistanceS.be, il semblerait que le député régional frontiste, élu en 2004, soit impliqué dans un dossier de harcèlement sexuel à l'égard de l'une de ses anciennes assistantes parlementaires. D'après certains renseignements obtenus par notre rédaction, celle-ci aurait déposé plainte auprès de la police judiciaire fédérale, en automne dernier, contre son employeur, Charles Petitjean. Engagée au début de l'année 2005 à mi-temps, cette employée frontiste aurait remis à la justice plusieurs preuves accablantes le concernant. Notamment des enregistrements de communications téléphoniques entre elle et Charles Petitjean. Lors de ces conversations, le député FN tiendrait des propos relevant d'un chantage à l'égard de son employée. Avec un deal très simple à la clé : l'octroi d'un plein-temps contre des «prestations sexuelles». Le député wallon, bientôt ex-député FN, aurait été très explicite dans ce domaine. Par ailleurs, plainte aurait aussi été déposée contre Petitjean au sujet de son non respect de la législation sociale en vigueur à l'égard des contrats de travail et des conditions de travail de cette désormais ex-assistante parlementaire.

La justice, saisie de cette plainte – un magistrat a en effet été désigné pour la suivre – semble prendre très au sérieux ce dossier. Patrick Sessler, député régional bruxellois, secrétaire général et vice-président du Front national, sera par exemple auditionné sur cette affaire, le 18 mai prochain. Il y a fort à parier qu'il témoignera à charge de son ex-futur parlementaire. Entre Sessler, venant des rangs de l'extrême droite néonazie, et Charles Petitjean, provenant de la direction wallonne du Parti réformateur libéral (PRL, voir notre encadré ci-dessous), la relation a toujours été très tendue. Voire carrément électrique. Pour le bien du parti, ils faisaient pourtant semblant de s'apprécier. Aujourd'hui, Patrick Sessler et les siens ont trouvé une belle occasion de virer du FN cet ancien dirigeant libéral...


Presqu'à poil : photo du député régional Charles Petitjean, éditée sur son site Internet.



Retour dans le «clan Féret»
La mise aux oubliettes du FN de Charles Petitjean et Charles Pire signifie qu'ils ne pourront être réélus au Parlement wallon le 7 juin de cette année. Suite à leur exclusion de fait des listes électorales du FN de Patrick Sessler, Daniel Huygens et Jean-Pierre Borbouse, désormais reconnu comme le FN officiel, ils ont pris la décision de rejoindre, à la dernière minute, juste avant le dépôt des listes pour les élections européennes, le «clan Féret», celui des derniers fidèles du président-fondateur du FN, aujourd'hui mis sur le côté. Leur volte-face devrait leur permettre de se retrouver sur une liste électorale de ce Front national. Un FN qui devra néanmoins changer de nom pour pouvoir être présent le 7 juin prochain (voir à ce sujet notre article «Le FN anti-Féret, désormais le seul Front national» ). Amputés d’un label («FN») qui garde un certain succès auprès du vote protestataire, Pire, Petitjean et les autres frontistes hors du Front n’auront sans doute aucune chance électorale. Leur fin politique s'annonce donc.

Une chose est sûre, ces derniers événements secouant le «monde frontiste» témoignent que le Front national pourrait aussi être éclaboussé par des affaires politico-judiciaires. Daniel Féret en était un exemple bien singulier. Mais pas le seul cas cependant.

Manuel Abramowicz

Portrait de Pire et Petitjean


Itinéraire de deux frontistes opportunistes

Les deux députés régionaux sortants du Front national Charles Pire et Charles Petitjean proviennent de la «particratie». Ce n'est qu'à la fin de leur carrière politique respective au sein du Parti social chrétien (l'ancêtre du centre démocrate Humaniste, le CDH) et du Parti libéral réformateur (PRL, le pilier principal du Mouvement réformateur) qu'ils ont rejoint, en 2004, le Front national, alors toujours dirigé par son président-fondateur, Daniel Féret.

Leur transfuge à l'extrême droite s'explique par des raisons opportunistes et des motifs politiques. Au PSC, où il avait été le président de l'arrondissement de Huy de 1978 à 1991 et de 1999 à 2001, Charles Pire était devenu un hasbeen. Au PRL, atteint par la limite d'âge, Charles Petitjean avait été mis à la retraite politique au début des années 2000. Ancien président national des Jeunes libéraux de Belgique (JLP-JVV) de 1967 à 1970, membre de la direction du parti libéral unitaire puis du PRL, Petitjean fut aussi le bourgmestre libéral de Pont-à-Celles (près de Charleroi) durant de longues années. Avant d’être battu aux élections communales de 2000 par l’actuel ministre de l’enseignement de la Communauté française, Christian Dupont.

Leur mise au frigo au PSC et au PRL fut insupportable pour ces deux «vedettes» de la politique locale. C'est pour se refaire une santé professionnelle et se venger de leurs ex-compagnons de route, comme d'autres avant eux, qu'ils décidèrent d'adhérer au Front national, un parti clairement catalogué à l'extrême droite sur la scène politique. Pas de souci pour les deux Charles. D'autant plus qu'ils s’étaient déjà singularisés auparavant par leur positionnement très droitier, voire d'ultra droite extrémiste, tendance nationaliste, mais il est vrai pas raciste. A l'heure actuelle, ils se revendiquent toujours de leur filiation frontiste et affichent leur sympathie pour les vice-président et président du Front national français, Bruno Gollnisch et Jean-Marie Le Pen, malgré leurs prises de positions pro-négationnistes.

Politiquement morts au PRL et au PSC, les deux Charles, «frontisés» de bonne grâce via leur adhésion au FN féretiste, furent immédiatement bien placés pour être élus députés aux régionales de 2004. Aujourd'hui, leur avenir au Front semble terminé. Dans la plus grande des zizanies… Une habitude apparemment.

M.AZ

  Venant du PRL et du PSC, Charles Petitjean et Charles Pire avaient adhéré en 2004 au Front national, alors toujours présidé par Daniel Féret. Ce dernier fait aussi la Une de l'actualité pour d'autres raisons que ses activités politiques.
 

 


 

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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 6 mai 2009.

 

 


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