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Il y a désormais deux FN

Daniel Féret et « son FN » : une espèce en voie de disparition ?

 

Les jours de Daniel Féret, fondateur et président du Front national depuis sa création il y a vingt ans, sont-ils comptés ? Une chose est sûre, « son FN » est une nouvelle fois en crise, et les dissidents s’organisent à nouveau pour le bouter hors de sa « boutique » à succès électoral. Le parti d’extrême droite se lézarde de jour en jour. La brèche de la discorde s’agrandit. Les adversaires du « féretisme » ont ainsi fondé en décembre 2004, en secret, un nouveau parti : Force nationale. Aujourd’hui, il y a donc deux FN…

 


Daniel Féret (à gauche sur la photo) avec Jean-Marie Le Pen, dans les années quatre-vingt. Aujourd’hui, ils sont tous les deux remis en cause par des manœuvres de déstabilisation internes visant à les éliminer politiquement.


Daniel Féret, issu des rangs du parti libéral wallon, fondateur, président et véritable propriétaire de l’association sans but lucratif ( ?) « Front national - Nationaal front », serait-il maintenant, après vingt années à la tête de « son » FN, arrivé en bout de course ? Une nouvelle dissidence, menée par plusieurs cadres et députés, menace en effet l’équilibre d’abord, la survie ensuite, de la formation d’extrême droite. D’autant plus que cette dissidence est désormais officiellement à la tête d’une nouvelle formation politique. Son nom : Force nationale. Ses initiales : FN… comme celles du FN de Féret ! Son but : récupérer le label « FN » et déposer des listes aux prochaines élections communales (de 2006).

« Le FN réel » s’organise
Les anti-Féret sont, notamment, conduits par Paul Arku. Depuis son arrivé au FN, à la veille des élections régionales de juin 2004, ce transfuge du Vlaams Blok s’est imposé comme un responsable de parti hors pair. Ce meneur d’hommes a toutes les qualités pour organiser, structurer et animer, à la base, un parti politique. Apprécié par Daniel Féret, Paul Arku a cependant remis en cause les propres qualités de son président et les connexions qu’il entretient avec l’« aile néonazie » du FN, constituée entre autres du député fédéral Patrick Cocriamont.

Ambitieux et souhaitant devenir le dirigeant bruxellois du FN, l’ex-VB commençait à faire de l’ombre à Féret et à ses fidèles. Ces derniers n’ont pas tardé à réagir. Le lundi 31 janvier 2005, le bureau politique (constitué pour l’essentiel de fidèles de Daniel Féret) prépara l’exclusion d’Arku. Dans une manœuvre pour tenter de contrecarrer celle-ci, Paul Arku mobilisa ses partisans, notamment le sénateur Francis Detraux, son épouse et responsable wallonne du FN Jacqueline Merveille et Juan Lemmens, un ancien dirigeant, député régional du FN qui avait déjà tenté dans un récent passé de démettre Daniel Féret. Lors des dernières élections, Juan Lemmens, avec un autre dirigeant « frontiste », Franz Joseph, était présent dans l’arrondissement de Liège avec une liste concurrente au nom bien proche de celui du FN : le Bloc national. Son résultat fut dérisoire. Mais le désir de Lemmens de dégommer Féret resta toujours d’actualité.

S’autoproclamant le « FN réel », Arku, Merveille, Detraux et Lemmens (avec le soutien d’autres « cadres ») exclurent du parti son président-fondateur. C’était le jeudi 3 février. Le lendemain, le « FN féretiste » annonçait à son tour l’exclusion définitive d’Arku, mais pas de Detraux, ni de Merveille. Il est vrai que l’époux de cette dernière reste, en tant que sénateur élu direct, la garantie pour le FN de bénéficier de sa dotation publique. Mais, surprise : les anti-Féret avaient préparé leur offensive longtemps à l’avance. En décembre dernier, ils avaient déjà fondé Force nationale, sous les bases légales d’une asbl. Pire, parmi ses membres-fondateurs se trouve un autre député régional, le liégeois Charles Pire, un ex-responsable du PSC.

Féret est encerclé
Résultat : aujourd’hui, les adversaires de la « ligne Féret » se retrouvent à l’extérieur avec une nouvelle structure d’accueil attractive, et à l’intérieur du FN. Daniel Féret est en quelque sorte encerclé de toutes parts. De plus, celui-ci est sérieusement menacé par un procès en cours qui risquerait de le condamner à de la prison ferme !

De son côté, « Père Ubu » s’est relancé, comme il y quelques années, dans une campagne visant à déstabiliser Féret. Dans son édition du 3 février 2005, l’hebdomadaire politico-satirique consacrait une page entière à la tentative de « coup d’Etat » contre la présidence frontiste. « Père Ubu » listait les derniers élus soutenant Daniel Féret (tels Jean-Pierre Borbouse ou Daniel Huygens) et expliquait les raisons de leur appui. Qui tenaient en règle générale en un seul mot : la corruption, mise en place par Féret dans le but de tenir ses partisans. Le journal satirique décrivait alors carrément le docteur Féret sous les traits d’un « coquin au sens moral du terme », « un délinquant au sens pénal » et « un imposteur idéologique usurpant des valeurs exactement opposées à son mode de fonctionnement ». Il faut savoir que le patron de « Père Ubu », Rudy Bogaert, voue à Daniel Féret une détestation légendaire. Selon lui, le boss du FN ne serait qu’un individu à la solde de la Sûreté de l’Etat, dans le but de contrôler l’extrême droite francophone et empêcher ainsi sa structuration. Jadis, « Père Ubu » avait d’ailleurs apporté son appui à Juan Lemmens, l’espoir du mouvement national belge selon lui.

Pour en revenir à l’actuelle dissidence, celle-ci serait certainement capable, dans un proche avenir, de s’allier de nouvelles recrues, pourquoi pas parmi certains autres élus frontsites, comme Charles Petitjean (fondateur-dirigeant du parti éphémère Défi libéral et ex-membre de la direction du PRL). Le profil d’un « parti nationaliste de centre droit » proposé depuis plusieurs années par Juan Lemmens, et amputé du « noyau dur néonazi » pilier du « système Féret », pourrait fortement les séduire. Par ailleurs, la création de ce nouveau FN, adoptant un style plus « soft » et une organisation plus efficace pourrait représenter un plus grand danger encore pour le système politique actuel.

Effectivement, depuis sa création en 1985, le « FN historique » ne s’est jamais véritablement structuré. Sa nuisance constitait jusqu’à présent à « piquer des voix » aux partis traditionnels. Mieux structuré et représenté par un « personnel politique » plus efficace dans les assemblées électives, le rôle de nuisance de Force nationale serait bien plus réel. Un « scénario à la flamande » frapperait ainsi la partie francophone du pays.

Féret pourrait survivre
Mais attention : plusieurs fois annoncé comme au bord de l’implosion totale après l’émergence de précédents mouvements sécessionnistes, la création d’autres structures adversaires (en 1995, 1996, 1999 et 2000) et diagnostiqué comme étant « cliniquement mort » sur le plan électoral après ses « Waterloo électoraux » de 1999 et 2000, le « FN féretiste » a toujours réussi à retomber sur ses pattes. Sans trop de dégâts somme toute.

De plus, ses récents succès électoraux, aux élections législatives de 2003 puis aux élections régionales de 2004, ont permi à Daniel Féret et à sa garde rapprochée de renforcer leur leadership, certes artificiel, sur l’ensemble de l’extrême droite francophone.

Manuel ABRAMOWICZ

© RésistanceS – www.resistances.be - Bruxelles – Belgique – 5/02/2005

Daniel Féret, président-fondateur du Front national belge, condamné par la Justice pour racisme (18/04/2006)

Pourquoi le FN
est-il en crise ?

Pour mieux comprendre la situation actuelle au Front national et ses conflits internes légendaires, à lire sur RésistanceS :

Plus de trente-trois dissidences au FN depuis sa création (05/02/2005)

Daniel Féret et « son FN », une espèce en voie de disparition ? (05/02/2005)

La chute de la maison Féret ? (14/01/2005)

Une rébellion antinazie au FN ? (14/01/2005)

Vers de nouvelles structures pour l’extrême droite francophone (21/12/2004)

Le procès du Front national est remis au 18 mai 2005 (21/12/2004)

Elections : rendez-vous pour les règlements de compte (Bloc National – Front national) (27/05/2004)