RésistanceS 15-09-2007

Après 22 ans de règne, la fin du féretisme


Le Front national coupé en deux


RésistanceS s'en fait l'écho depuis de nombreuses années: le Front national de Daniel Féret est en crise interne permanente. Une situation qui l’empêche de se transformer en un parti d'extrême droite réellement nocif. Le dernier épisode de ce feuilleton politique rocambolesque pourrait cette fois-ci réellement signifier la fin du « féretisme ». Et Daniel Féret dehors, un nouveau FN pourrait apparaitre. Plus dangereux que le premier...


Caricature illustrant la zizanie légendaire secouant le FN de Daniel Féret, publiée en mars 1999 dans l'édition papier de RésistanceS (réactualisée en septembre 2007) © Dessin : Hajimé – RésistanceS

Le lundi 10 septembre dernier, au cours d'une réunion interne, le Front national belge s'est pour la énième fois déchiré, comme le signalera le quotidien Le Soir d'abord, le reste de la presse ensuite. Cette nouvelle crise n'est que la suite (logique) d'une situation historique de chaos permanent qui semble être dans la nature même du FN, comme RésistanceS ne cesse de le relever depuis de très nombreuses années. En effet, par des échos, des articles et des dossiers, nous avons à maintes reprises signalé les multiples crises ayant déséquilibré la vie interne de ce parti d'extrême droite, présidé d'une main de fer et sans partage par Daniel Féret.

Le listage complet des dissidences et des scissions du FN féretiste a été fait par RésistanceS dans une étude datant du 5 février 2005,. Plus de trente mouvements anti-Féret furent alors comptabilisés, depuis la création de ce parti d'extrême droite en 1985. Un record absolu dans l'histoire politique belge.

 


Toute la presse, francophone comme néerlandophone, a informé ses lecteurs de la fin possible de la mainmise de Daniel Féret sur le Front national. Le quotidien flamand De Morgen du 13 septembre dernier s'est entretenu à ce sujet avec Manuel Abramowicz, coordinateur de la rédaction de RésistanceS. © De Morgen.


Un FN sans Féret
Les derniers troubles que connaît le Front national aujourd'hui, l'ont coupé littéralement en deux « clans », revendiquant chacun le nom et le sigle du parti. Comme en 1995, avec la dissidence conduite par la députée fédérale Marguerite Bastien, il y a pour l'heure deux FN : un « Front national féretiste » (minoritaire) et un « Front national anti-Féret » (majoritaire). Les semaines à venir, et surtout la justice, diront qui des deux FN pourra se revendiquer officiellement du nom d'origine et l'utiliser à des fins politiques. Le gagnant sera alors le seul propriétaire légal de la « boutique FN ». A la différence de la tentative de putsch anti-Féret de 1995, les conjurés semblent avoir cette fois-ci beaucoup plus d'avantages dans leur jeu. Des avantages qui leur donneront sans doute la possibilité d'arriver à leurs fins, à savoir :

• exclure Daniel Féret du FN, ainsi que ses derniers partisans : le député fédéral Patrick Cocriamont, son assistant parlementaire Daniel Leskens, le conseiller communal wallon Salvatore Nicotra, les députés régionaux bruxellois Audrey Rorive et Christine Van Nieuwenhoven.

• refonder de manière structurelle (sur le modèle du Vlaams Belang) et idéologique (sur la base d'un corpus nationaliste et populiste) le Front national.

• faire enfin de celui-ci une véritable force politique pouvant capitaliser ses récents (relativement) bons scores électoraux, depuis les élections de 2003.

Si tel était le cas, le FN débarrassé du « féretisme » pourrait alors représenter un véritable danger sur le plan politique. Pour cela, il faudrait néanmoins aussi que l'« héritage lepéniste » lui reste favorable, ce qui n'est pas sûr au vue de la situation actuelle du Front national français : ce dernier est en effet en pleine déconfiture depuis le « Waterloo électoral » subi par Jean-Marie Le Pen en mai dernier, lors de l'élection présidentielle. En fin de carrière politique, ce dernier n'est plus le leader charismatique des années 1980 ayant permis à l'extrême droite de sortir de l'ombre. Après la disparition de son chef, le FN français risquerait d'imploser. De plus, en Belgique, comme en France, la cote du « frontisme » semble déjà être en reflux. Dans un sondage publié ce 15 septembre (voir notre encadré), le FN n'était plus crédité que de 2,8 % en Wallonie. Après la fin du « féretisme », la fin de l'extrême droite électorale ? A suivre sur RésistanceS.

Alexandre VICK

 

Le FN, avec 2,8 %, se prend une culotte !

Ce 15 septembre 2007, le quotidien wallon Vers l'Avenir publiait un intéressant sondage sur les choix électoraux si des élections régionales devaient avoir lieu aujourd'hui. Concernant le Front national, ce sondage d'opinion observait un important reflux électoral : le parti de Daniel Féret passerait de 5,5 % obtenus en Région wallonne aux élections législatives du 10 juin de cette année à 2,8 %. Voici le commentaire de Vers l'Avenir à ce propos :

« Le FN (...) se prend une culotte. C'est net. D'ailleurs, au lendemain du sondage, réalisé entre le 7 et 10 septembre, le FN se sabordait. C'est le second enseignement de ce sondage. L'extrémisme n'entre pas en terre wallonne. Les discours musclés, simplistes et poujadistes ne sont pas courus par les Wallons. Et cela tant que les partis fascistes se cassent le nez en Wallonie. Croisons les doigts. Voilà qui nous différencie également fortement de la Flandre ».


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 15 septembre 2007.

 




 


Le président-fondateur du Front national, Daniel Féret, caricaturé en 1991 dans le journal d'AGIR. L'auteur de cette caricature et plusieurs dirigeants de ce parti d'extrême droite wallon, aujourd'hui disparu, rejoindront par la suite... le FN féretiste ! Après avoir passé quelques temps ensemble, ils finiront par participer à diverses tentatives de putschs internes pour dégommer Daniel Féret... Document : Archives CelsiuS-RésistanceS.


Zizanie au FN : sur RésistanceS.be

Dans l'attente des prochaines informations sur l'avenir possible du Front national belge et pour comprendre l’actualité du moment et anticiper son avenir immédiat, la consultation des anciens articles publiés par RésistanceS sur le sujet vous sera toujours utile.


Lire notre dossier :

La fin du féretisme (août 2006)


Voir nos autres articles sur le même sujet

Portrait politique de Daniel Féret

Le président du FN condamné pour racisme

Le cercle Droite et Modernité, le Front national de demain ?

La chute de la maison Féret ?

Daniel Féret et « son FN » : une espèce en voie de disparition?

Une rébellion antinazie au FN ?

Plus de trente-trois dissidences au FN depuis sa création


Suivez le Guide...

Pour mieux comprendre et mieux réagir aux partis et idées d'extrême droite, il faut lire notre :

Guide des résistances
à l'extrême droite

'Un guide sous forme de questions-réponses claires et précises permettant à chacun d’agir sur le terrain, sans nécessairement s’engager dans la militance pure et dure.'
Le Vif / L’Express

'Un vade-mecum très fouillé. A coup sûr, il s'agit d'un outil de travail indispensable.'
La Libre Match

Commandez le directement via le site de RésistanceS et recevez 3 cadeaux :
• un film DVD (20')
• une brochure pédagogique (20 pages) réalisée par RésistanceS
• leur affiche

CLIQUEZ ICI POUR LE COMMANDER