RésistanceS 30-11-2008

Etat des lieux

L'extrême droite dans une voie sans issue ?


Rien ne va plus pour les partis de la droite nationaliste extrémiste. Le Vlaams Belang comme le(s) Front national traversent une période des plus difficiles. Zizanies multiples, révélations sur des accointances nazies maintenues et mauvaises perspectives électorales sont à l’ordre du jour. Et ce alors qu’une nouvelle droite populiste et une gauche radicale anticapitaliste pourraient bien leur piquer le leadership du vote protestataire. L'« affaire Delacroix » confirme pour sa part que l'extrême droite est encore nazifiée. Enquête sur un nid de fasciste.


Patrick Sessler, député bruxellois et secrétaire-général du FN rénové, et Léon Degrelle. Le vieux nazi belge, mort dans son exil espagnol en 1994, reste un modèle pour une partie de l'extrême droite d'aujourd'hui © Photo : RTBF


L'extrême droite va mal. Elle est malade et ne pourra sans doute pas se soigner pour l'instant. En France, le Front national de Jean-Marie Le Pen, qui avait réussi à réunir après sa création en 1972 tous les courants de la droite nationaliste - des nationaux-chrétiens aux néonazis - est en train d'imploser. Olivier Besancenot, leader du Nouveau parti anticapitaliste (gauche radicale) est désormais quasi deux fois plus populaire que Le Pen.

En Belgique, le Vlaams Belang n'est plus du tout un parti en perpétuelle croissance : il stagne et diminue même depuis les derniers scrutins. Une situation inédite qui débouche sur de nouvelles tensions au sein de sa direction. Les conflits internes risquent d'atomiser ce bloc, jusqu'à présent uni autour de ses chefs charismatiques. L'arrivée dans le paysage politique d'un concurrent de taille, Jean-Marie Dedecker et son parti populiste et nationaliste flamand, explique pour une part la perte du leadership du VB sur l'ultra-droite flamingante.

Du côté de l'extrême droite belge francophone, cela fait longtemps que les zizanies et les complots endogènes la minent de l'intérieur. Depuis sa création en 1985, le Front national propose une saga à rebondissements, où les intrigues, les stratégies de déstabilisation, les divorces et autres scissions sont monnaie courante. Le FN de Daniel Féret – son fondateur et propriétaire auto-proclamé – s’est constamment singularisé par ses dysfonctionnements et son incapacité à se développer en un véritable parti, malgré ses succès électoraux.


Nom, label et pognon
Aujourd'hui, le FN est littéralement divisé en deux. En effet, deux clans adverses se disputent comme des chiffonniers son nom, son label et son pognon. Résultat immédiat : à l'heure actuelle, il existe deux Front national. Le premier reste aux mains de Daniel Féret et de ses derniers lieutenants, le député fédéral Patrick Cocriamont et son compère Daniel Leskens, deux purs et durs provenant du très néonazi Parti des forces nouvelles (PFN) ayant gardé des contacts en France avec les nostalgiques de l'Ordre nouveau. Le second FN est celui des dits « réformateurs », regroupant les déçus et les adversaires résolus du « féretisme ».

Comme l'autre, le FN-bis est une « auberge espagnole » où se côtoient des individus provenant de divers milieux politiques : poujadistes, intégristes catholiques, transfuges de partis traditionnels (de l'ex-PRL et de l'ancien PSC), mais aussi du PFN, du Vlaams Belang ou du Parti communautaire national-européen, une formation d'obédience national...bolchévique ! C'est les cas des députés régionaux Patrick Sessler (également secrétaire-général du FN-bis) et Jean-Pierre Borbousse. Après son passage au PCN, le même Borbousse fit encore un tour au Parti du Travail de Belgique, une formation d'extrême gauche...

Ce cocktail hétéroclite produit donc des réactions parfois difficiles à maîtriser. Le nouveau FN est traversé par des pratiques intrinsèques à l'extrême droite : règlements de compte, complots ourdi clan contre clan, divisions internes, sabotages... De plus, l'image négative du FN de Féret déteint sans cesse sur le « Front » des réformateurs, pour cause de confusion. Les révélations récentes sur l'engagement négationniste de Patrick Cocriamont, député et président ff, depuis le 21 juin passé, du Front national d'origine, salissent le portrait clean que se donnent les dirigeants néofrontistes. Pire : la diffusion récente d'une vidéo de vacances (datant de 2000) montrant le président ff du « FN rénové » Michel Delacroix fredonnant une chanson antisémite n'a pas arrangé le plan de marketing qu'il avait planifié pour gagner la première place au hit-parade de la droite nationaliste et identitaire à Bruxelles et en Wallonie.

Camoufler la nature nazie
L'« affaire Delacroix » a été le révélateur des tensions persistances entre frontistes. Comme dans le FN féretiste, les jalousies et les ambitions d'être calife à la place du calife sont légion. Si Daniel Féret est sans doute à la source de la diffusion de la sinistre vidéo, Michel Delacroix compte aussi plusieurs adversaires de taille dans le nouveau Front national. De plus, la vidéo en question démontre que la « nazification » de l'extrême droite est toujours à l'ordre du jour. Même si cette dernière coule une chape de plomb sur sa structure pour camoufler sa vraie nature idéologique auprès de l'opinion publique. Les images diffusées montrent, aux côtés de Michel Delacroix, un de ses amis du Vlaams Belang qui se fit par ailleurs connaître comme dirigeant d'un groupuscule néonazi des années 1980, responsable notamment d'une campagne de terreur anti-immigrés (voir notre article à son sujet référé dans la colonne de droite de cette page : ).


Affiches électorales du Front national et du Vlaams Belang... deux partis aujourd'hui en grande difficulté © Photo Manuel Abramowicz.

Résumons : le VB n'est plus un parti menaçant directement l'équilibre politique en Flandre, depuis sa diminution aux dernières élections et l'arrivée de la Lijst Dedecker (LDD) chassant le même électorat. L'annonce de l'apparition d'un nouveau parti populiste et démagogique, comme celui de Rudy Aernoudt, pourrait également représenter un concurrent pour le FN en Wallonie. Un FN fracturé en deux fronts distincts. Les révélations sur les racines néonazies de ces partis ne cesseront pas. Les élections régionales et européennes qui approchent à grand pas, ne garantiront pas aux deux FN de pouvoir déposer des listes électorales et d'avoir des élus.

Pendant ce temps, divers groupuscules sont déjà en embuscade pour les remplacer le jour venu. C'est le cas du mouvement Nation ou de « Wallonie d'abord », le nouveau nom de Force nationale, une énième dissidence du FN de Féret. Mais ces pseudopodes du frontisme restent condamnés à garder leur profil marginal et folklorique, l'électeur préférant toujours l'original à la copie. Le rendez-vous électoral du mois de juin prochain sera donc décisif pour savoir si l'extrême droite représente toujours une menace dans le paysage politique belge. D'ici là, elle continuera à proposer le show politique qu'elle s'est habituée à animer depuis belle lurette

Manuel Abramowicz

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 30 novembre 2008

Enquête sur le Front national - chanson antisémite et Ordre noir
Un dossier de Manuel Abramowicz
Avec Nadia Geerts

 

Au sommaire de ce dossier :

Etat des lieux : l'extrême droite dans une voie sans issue ?

Chanson antisémite à la tête du «nouveau» FN

Delacroix... gammée ?

Portrait du Zwarte orde-Ordre noir (Zoon)

Fachos et pognon

Georges-Pierre Tonnelier et l'extrême droite : c’est fini

 


Sur le(s) Front national, lire
également sur RésistanceS.be :

Les liens du président Front national and C° avec un hitlérien...

Il y a deux Front national en Belgique

Etat des lieux de l'extrême droite francophone