RésistanceS.be 02-11-2009

Un «parti propre», vraiment ?


Inculpation de deux têtes du FN


Deux dirigeants du Front national belge bientôt devant le tribunal correctionnel ? Inculpés pour différents motifs, leur dossier est lourd. Et démontre que ce parti politique d'extrême droite n'est pas celui qu'il dit être. Comme l'avait déjà signalé une enquête journalistique, il y plus de treize ans.


Affiches frontistes anti-corruption pour les élections régionales de juin dernier. Aujourd'hui, c'est au tour du FN d'être au cœur d'un (nouveau) dossier judiciaire © Doc. Archives RésistanceS.be


«Le Soir» de ce lundi du 2 novembre informe que les dirigeants du Front national belge Patrick Sessler et Charles Petitjean devraient être, après une enquête judiciaire, renvoyés devant le tribunal correctionnel. Les motifs de leur inculpation, liée à la législation sur le travail, sont graves : non-respect de la loi relative au bien-être des travailleurs, à la loi concernant la sécurité sociale des travailleurs et mise à disposition illégale de personnes. Par ailleurs, Charles Petitjean est également inculpé pour harcèlement moral et sexuel. La victime ? Une ancienne assistante parlementaire du FN, comme l'avait déjà révélé en exclusivité RésistanceS.be en mai dernier (voir colonne de droite de cette présente page). Le lourd dossier judiciaire de Petitjean et de Sessler sera examiné par la Chambre du conseil de Charleroi, le 18 novembre prochain.

Pour rappel, les deux inculpés sont des membres importants de l'extrême droite belge francophone. Ancien député régional bruxellois, Patrick Sessler est le vice-président du Front national «rénové». Charles Petitjean a été député régional du Front national de 2003 à 2009. Aujourd'hui, il préside la Fédération des nationalistes wallons (FNW, FN-Wallonie), rattachée au FN du député fédéral Patrick Cocriamont. Avec ces inculpations, ces deux principaux clans du parti d'extrême droite – se livrant à une véritable guerre de tranchée - sont touchés de plein fouet.

Le plus mauvais exemple : le président FN
Les pratiques douteuses du Front national ne sont pas nouvelles. Elles ne constituent pas une exclusivité. En 1996, dans le livre consacré au Front national belge «Les rats noirs – L'extrême droite en Belgique francophone» (écrit par l'auteur de cet article et publié aux éditions Luc Pire), une enquête sur les coulisses de ce parti politique - qui se présentait comme un «parti propre» - avait été réalisée. Le FN affirmait vouloir donner un coup de balai dans le monde politique. Nettoyer la scène politicienne de ses corrompus. L'actualité tournait à ce moment autour des affaires Agusta et d'autres dossiers judiciaires éclaboussant les partis traditionnels.

L'enquête de 1996 sur le FN démontrait qu'il n'avait pas de leçon à donner à ce sujet. A l'époque déjà, il y a plus de 13 ans, le Front national et plusieurs de ses membres étaient connus pour des méfaits et autres magouilles : réalisation organisée de fausses signatures d'électeurs afin de pouvoir se présenter aux élections, domiciliations fictives, factures impayées, exercice illégal d'une profession, vol, délit de fuite, possession d'armes et même hold-up ! Le président-fondateur du Front national, Daniel Féret (aujourd'hui totalement marginalisé auprès des frontistes), fut le premier et le plus mauvais exemple en la matière. Il est encore l'objet de plusieurs dossiers judiciaires. Patrick Sessler, alors assistant parlementaire de Féret - lorsque celui-ci était député européen - avait dû lui-même porter plainte contre son employeur pour non-respect de la loi concernant la sécurité sociale des travailleurs...


Le docteur Daniel Féret, président-fondateur du Front national, en 1985, aujourd'hui marginalisé chez les frontistes, à la Une de l'actualité pour des affaires non politiques mais judiciaires © Doc. Archives RésistanceS.be



Grand coup de balai
Le FN est donc depuis toujours caractérisé par des pratiques douteuses. Nous avons affaire à un «parti sale», tout au contraire de l'image de «parti propre» qu'il tente de véhiculer auprès d'un électorat dit «protestataire». Pour les dernières élections régionales, en juin dernier, le Front national «rénové» avait mené une campagne autour des slogans : «Faisons-leur payer l'addition !» et «Corruption, une seule solution : un grand coup de balai».

La question est désormais la suivante : pourquoi a-t-il fallu tant de temps à la justice pour enfin sévir sérieusement contre l'extrême droite magouilleuse ?

Les poursuites actuelles contre les derniers véritables dirigeants du frontisme pourraient signifier la fin (provisoire ou définitive) d'un parti présent sur la scène politique belge depuis plus de 20 ans, et par ailleurs aujourd'hui divisé en trois clans antagonistes.

Manuel Abramowicz


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 2 novembre 2009.


 


Le Front national français, le modèle des FN belges, s'est spécialisé dans la dénonciation des affaires politico-judiciaires des autres partis. Il est pourtant lui aussi constitué de corrompus et autres magouilleurs - Doc. affiche électorale du FN français (1993) – Archives RésistanceS.be


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