RésistanceS.be 17-10-2009

Recomposition de l'extrême droite belge francophone


Un Front national à plusieurs branches


Touchée de plein fouet par un échec électoral total, la «scène frontiste» est plus éclatée que jamais. Le Front national belge d’origine – fondé en 1985 - a donné naissance à des triplés portant le même nom. Il y a le FN du trio Sessler-Huygens-Delacroix, le FN Cocriamont et le FN Nicotra-Féret. Une Fédération des nationalistes wallons (FN-Wallonie) et une Fédération des nationalistes bruxellois (FN-Bruxelles) viennent également d’apparaître à la base du FN Cocriamont. Pour comprendre la pagaille généralisée qui règne à l'extrême droite francophone, RésistanceS.be a fait son état des lieux et présente le bulletin de santé des différents «clans frontistes».


Pour agrandir CLIQUEZ sur l'image ou © RésistanceS.be


Le 7 juin dernier, l'extrême droite belge francophone est tombée bien bas aux élections régionales : elle a perdu tous ses députés régionaux ! Son crédit auprès d'un électorat aimant les discours populistes a pris un sérieux coup. Sa déroute politique est considérable.

Rétroactes : la droite radicale s'était présentée en ordre dispersé au scrutin régional. On assista, ici et là, à une multiplication des «étiquettes» : Front national (celui dit «rénové», conduit par Patrick Sessler, Daniel Huygens et Michel Delacroix), FN Plus (initié par les députés wallons frontistes sortants Charles Petitjean et Charles Pire), Forces nouvelles belges (dans la Région bruxelloise, label du FN présidé par le député fédéral Patrick Cocriamont), Wallonie d'abord (des anciens parlementaires frontistes Juan Lemmens et Francis Detraux, et constitué aussi d'anciens candidats du mouvement Nation), Front démocratique bruxellois (mené par l'ancien député régional FN Paul Arku), Nation et Forces démocrates wallonnes.

Le FN rénové perd son pari
Cela faisait bien longtemps que la droite extrême nationaliste n'avait plus été aussi divisée. Cette implosion de ses structures explique en partie ses très mauvais scores électoraux enregistrés le soir du 7 juin. Plusieurs autres facteurs peuvent encore expliquer le reflux électoral considérable des FN et autres mouvements d'extrême droite : lassitude de leurs électeurs, maintien de leur diabolisation dans le champ politique, image écornée par leurs éternels «guerres de clans» et les magouilles qui les éclaboussent également, mauvaise santé politique du Front national français qui a servi de référence positive - depuis le milieu des années quatre-vingt - à ses disciples belges...

Les ridicules résultats de l'extrême droite le 7 juin dernier ont entraîné les conséquences suivantes :

• l'extrême droite francophone en Wallonie et à Bruxelles reste éclatée,
• une de ses factions a perdu le leadership de la droite nationaliste populiste (le FN rénové)
• une majorité tente une recomposition (autour du FN d'origine !),
• d'autres poursuivent leur groupusculisation sectaire (le mouvement Nation et les Forces démocrates wallonnes),
• d’autres encore ont battu en retraite en retournant dans leur bastion communal (Front démocratique bruxellois, qui s'est rebaptisé en Front démocratique belge !),
• d’autres enfin sont repartis en hibernation (Wallonie d'abord).

 


Affiche électorale du Front national pour les élections législatives de 2007. A l'époque, le parti d'extrême droite était encore unitaire. De gauche à droite : Salvatore Nicotra, Michel Delacroix et Charles Petitjean. Aujourd'hui, ces dirigeants frontistes font partie de «branches FN» opposées – Doc. RésistanceS.be

Résumons la situation. Le Front national rénové, issu en septembre 2007 de la majorité du bureau politique du FN de Daniel Féret et conduit par tous les députés régionaux de l'époque et son sénateur (Michel Delacroix), semblait pouvoir gagner le combat interne que se livraient les multiples clans frontistes depuis belle lurette. L'enjeu : représenter légalement le FN en Belgique. Le FN rénové devait, selon ses pronostics, éliminer définitivement ceux qui se revendiquaient toujours du même front (Féret, Cocriamont, Rorive...). Les autorités judiciaires chargées de faire le ménage dans la gestion financière de ce parti avaient données raisons aux réformateurs. Ils pouvaient dès lors profiter de la dotation publique allouée au parti depuis 2003.

Seulement voilà, à la veille des élections, deux de ses dirigeants, les députés régionaux wallons sortants Charles Petitjean et Charles Pire, sont repartis au FN féretiste. Lui permettant d'être présent aux élections du 7 juin, dans plusieurs arrondissements électoraux en Wallonie (sous l'étiquette «FN Plus»).

L'échec électorat a été fatal pour la poursuite du développement du FN rénové. Il a perdu son pari de devenir le numéro un au hit-parade du frontisme. Dès lors, il s'est vidé de l'intérieur avec le départ de la majorité de ses responsables. Aujourd'hui, ce front ne reste en vie qu'autour de Patrick Sessler, Daniel Huygens et Michel Delacroix. Ses semaines sont comptées, même s'il a proclamé récemment, haut et fort, qu'il n'était pas mort.


Michel Delacroix et Patrick Sessler (à droite) au moment où leur Front national se portait bien – Doc. RésistanceS.be


Retour au bercail
Du côté de l'autre Front national, celui présidé ad intérim par Patrick Cocriamont en remplacement, depuis juin 2008, de Daniel Féret (mobilisant son temps pour organiser sa défense dans le cadre des multiples dossiers judiciaires le concernant), l'espoir est de retour. Pour deux raisons.

Premièrement, la débâcle des «frontistes réformistes» représente une excellente nouvelle pour le FN de Cocriamont, bien que lui aussi ait été fortement touché par l'échec électoral général de la droite radicale en juin dernier. Deuxièmement, la quasi faillite du FN rénové a déclenché un mouvement de regroupement autour du FN de Cocriamont. En effet, le clan frontiste qui était resté loyal à Daniel Féret se voit désormais officiellement renforcé par les anciens dissidents (et ennemis) conduits par Charles Petitjean et Charles Pire. De plus, ces derniers ne reviennent pas seul au bercail. Ils sont accompagnés de plusieurs dizaines de militants, conseillers communaux et provinciaux frontistes. Ce cas de figure bénéfique au FN d'origine constitue la suite de l'alliance électorale scellée, à la dernière minute, avant le scrutin régional, entre Petitjean-Pire et Cocriamont. Cette alliance vient de donner naissance à la constitution d'une Fédération des nationalistes wallons qui utilise le sigle «FN-Wallonie». Cette fédération compose l'aile wallonne du Front national. Peu de temps après, une Fédération des nationalistes bruxellois (FN-Bruxelles) a été mise sur pied. Depuis lors, le FN est organisé par deux pôles interdépendants, mais pouvant agir séparément le cas échéant. Une tactique pour éviter des prochains putschs internes.

Ce nouveau soubresaut déplace le centre de gravité du frontisme autour du FN présidé par Patrick Cocriamont. Désormais, c'est lui qui reprend la main et donc le leadership de l'extrême droite en Wallonie et à Bruxelles. Mais pour combien de temps ? Pour rappel, les alliances et les regroupements sont de nature éphémère chez les radicaux francophones du nationalisme populiste, xénophobe et poujadiste. A la fin de cette année, le mandat de président de Patrick Cocriamont se termine. Un nouveau chef devrait être élu pour le début de 2010 à la tête du Front national. Cet épisode prochain pourrait déboucher sur le réveil de tensions endogènes. Charles Petitjean et Charles Pire, catalogués comme des frontistes de tendance nationaliste-libérale, ne partageant aucunement les orientations idéologiques de base de Cocriamont et de son bras-droit, Daniel Leskens, connues pour leur extrémisme. Ces deux responsables frontistes de longue date (ils ont adhéré au FN il y a environ 20 ans) restent effectivement liés à une mouvance où se déploient toujours des néonazis, des disciples de Léon Degrelle et d'autres partisans d'un nouvel ordre européen constitué par la «race blanche». L'alliance actuelle entre Petitjean-Pire et Cocriamont-Leskens est circonstancielle et opportuniste. Donc fragile. Et pourrait un jour ou l'autre voler en éclat.

Pour l'heure, leur regroupement s'arcboute sur la nécessité urgente de recomposer et de renforcer un Front national solide et uni en perspective des prochaines échéances électorales.

Féret créé un nouveau FN !
Le retour au Front national d'origine des désormais ex-députés wallons Charles Petitjean et Charles Pire, ainsi que d'autres ex-dissidents, fut suivi du départ immédiat de Salvatore Nicotra. Roulant depuis de nombreuses années pour le compte de Daniel Féret, ce conseiller communal (à Fleurus) affirme maintenant que le seul vrai Front national est celui qu'il dirige avec le soutien direct de... Féret !

A la fin du mois dernier, Salvatore Nicotra a envoyé, grâce à une copie du fichier des membres du FN toujours en sa possession, un nouveau numéro du «National», le mensuel officiel du parti. Revendiquant la propriété du titre de son journal et du label du Front national, Daniel Féret, dans le numéro de septembre de ce «National», s'attaque à ses amis d’hier. Il s'en prend directement à l'avocat Michel Delacroix (qui fut le président ff du FN rénové de Patrick Sessler). Daniel Féret écrit aussi que Patrick Cocriamont et Daniel Leskens accumulent «les bourdes en violant systématiquement les statuts du Front National». Le président-fondateur du FN dénonce encore leurs «déclarations négationnistes», le site Internet qu'ils animent («digne d'un atelier protégé», dixit Féret) et conclut en mentionnant que ces constats «enlèvent définitivement tout espoir de survie à cette branche du FN».

Pour Daniel Féret, de retour sur la «scène frontiste», «fort heureusement, Salvatore Nicotra relève la tête et (incarne) le défi de continuer le combat nécessaire». Regonflé à bloc contre ses adversaires internes, Daniel Féret annonce encore dans «Le National» que «dans peu de temps, un nouveau site, digne de notre parti, sera sur la toile et il sera possible, enfin, d'adhérer au véritable FN, animé par Salvatore et tous ceux que j'engage à le suivre». Le «vieux leader» d'extrême droite ne semble pas avoir dit son dernier mot. Mais, ses déclarations combattantes pourraient, une fois encore, ne constituer que du bla-bla interne pour faire croire qu'il compte toujours dans la «galaxie frontiste».

Pour leur part, la majorité des frontistes rassemblés désormais au FN Cocriamont ont définitivement tourné le dos à leur ancien président-fondateur. L'«ère Féret» est une histoire désormais close. Comme en témoigne un article publié dans le dernier numéro sorti du journal du FN Cocriamont, avec l'aval des fédérations des nationalistes wallons et bruxellois :

«L'ancien président du FN, réfugié dans le Midi de la France, et dont les mensonges ont provoqué une suite de scissions et d'exclusions, publie depuis peu une pauvre feuille dans laquelle il développe ses haines et ses rancunes (...). Le FN ne réagira pas à ces bassesses, à ces délires. Féret a été le ''plus grand diviseur commun" de la mouvance identitaire. Isolé, vieilli, diminué intellectuellement, il appartient à un passé révolu».

Telle est la réponse à la création du Front National de Nicotra pour le compte de Daniel Féret.


«Le National» est le journal du Front national. Son premier numéro date du mois d'octobre 1989 (en haut à gauche sur ce document). Ce titre est aujourd'hui utilisé à la fois par le FN Cocriamont (au centre) et le FN Nicotra-Féret (à droite) © Doc. RésistanceS.be


Pagaille, amateurisme et galère
En dehors de la galaxie frontiste atomisée, les partis et autres mouvements qui l'ont quittée il y a plusieurs années continuent quant à eux difficilement à exister. Souvent recroquevillés autour de leurs leaders et leurs terroirs, le Front démocratique belge, le mouvement Nation, Wallonie d'abord et les Forces démocrates wallonnes gardent, de manière utopique, un espoir de pouvoir jouer, un jour ou l'autre, un premier rôle dans le paysage politique de l'extrême droite.

L'espoir fait vivre les derniers frontistes et antifrontistes de la droite extrême. La réalité est, elle, bien différente. La pagaille, l’amateurisme et les luttes intestines resteront les caractéristiques de ce milieu politique. Aucune de ses composantes ne sortira indemne de cette galère. Et leur traversée du désert sera des plus longues.

Manuel Abramowicz

Bulletin de santé des «clans frontistes»


Dans la «galaxie FN», ils sont plusieurs à revendiquer le statut du «vrai Front national». Au fur et à mesure que les «guerres de clans» déchirent le frontisme, il est de plus en plus difficile de savoir qui est le propriétaire légal du parti, de son nom, de son logo et à qui doit être versée la dotation publique qui lui est allouée depuis les élections législatives de 2003. RésistanceS.be fait le point sur la santé des différents FN.

 


Front national rénové (Sessler-Huygens-Delacroix)

Année de fondation : 2007, mais affirme être la continuation directe du FN fondé en 1985 par Daniel Féret.
Dirigeants : Patrick Sessler (vice-président, secrétaire général et véritable chef du FN rénové, ancien du Parti des forces nouvelles, PFN, néonazi, et du Vlaams Belang), Daniel Huygens (président) et l'avocat Michel Delacroix (ancien président ff de ce FN au moment de sa mise en place).
Représentativité : un sénateur (Michel Delacroix). A notre connaissance, plus aucun conseiller communal ni provincial.
Implantations militantes : Bruxelles, Frameries, Charleroi et Waterloo.
Moyens de communication : un site portail, trois blogs et le journal «Le Bastion» (qui fut le mensuel du Front nouveau de Belgique de 1996 à 2008, avant sa fusion dans le FN rénové).
Etat de santé politique : présentant un bon bilan entre septembre 2007 et mai 2009, il est cliniquement mort depuis son échec le 7 juin dernier aux élections régionales et européennes et le départ de la majorité de ses membres, responsables et élus. Recentré autour du trio Sessler-Huygens-Delacroix, ce FN n'a que peu de chances de rebondir.


Front national (Cocriamont-Leskens-Petitjean-Pire)
Fédération des nationalistes wallons (FN-Wallonie)
Fédération des nationalistes bruxellois (FN-Bruxelles)

Année de fondation : 1985, autour de Daniel Féret.
Dirigeants actuels : Patrick Cocriamont (président f.f. jusque fin 2009, ancien cadre du Parti des forces nouvelles, PFN, néonazi), Daniel Leskens (rédacteur en chef de son journal, également ex-cadre du PFN), Joseph Frérard (trésorier et conseiller communal à Liège depuis 2006), Charles Petitjean (sénateur honoraire, ancien bourgmestre de Pont-à-Celles, ancien membre de la direction du Parti libéral réformateur-PRL, député régional du Front national de 2004 à 2009, cofondateur du FN rénové et président-fondateur du FN-Wallonie), Charles Pire (ancien responsable wallon du Parti social-chrétien-PSC, député régional du Front national de 2004 à 2009, cofondateur du FN rénové et secrétaire général du FN-Wallonie) et Jean-Claude Goblet (avocat, tête de liste du FN aux élections communales de 2006 dans la commune bruxelloise de Schaerbeek et actuel dirigeant du FN-Bruxelles).
Composition : depuis la fin du mois de septembre 2009, ce Front national est structuré sous une forme fédérale avec une Fédération des nationalistes wallons (FN-Wallonie) et une Fédération des nationalistes bruxellois (FN-Bruxelles). La première est conduite par Charles Petitjean (président), Jeanne Poncin-Szklarwyk (vice-présidente) et Charles Pire (secrétaire général et politique). La fédération bruxelloise est dirigée par l'avocat Jean-Claude Goblet.
Représentativité : un député fédéral (Patrick Cocriamont), plus de dix conseillers communaux et deux conseillers provinciaux.
Implantations militantes : Bruxelles, Charleroi, Pont-à-Celles, Huy, Liège...
Moyens de communication : trois sites Internet (celui du parti et ceux de Patrick Cocriamont et de Charles Petitjean), le blog du «FN-Wallonie» (celui de Charles Pire n'est plus en ligne) et le journal «Le National».
Etat de santé politique : remis en forme depuis son alliance préélectorale en mai 2009 avec les députés wallons sortants Charles Petitjean et Charles Pire (transfuges du FN rénové) et sa restructuration sur un modèle fédéral (revoir «composition»). Il a aussi réussi à se débarrasser de Daniel Féret. Depuis, il reçoit le soutien d'anciens frontistes qui l'avaient quitté à cause du népotisme de son président-fondateur. C'est le cas de Pieter Kerstens, ex-dirigeant du Parti des forces nouvelles, responsable de l'ABCD, groupe francophone d'extrême droite pro-Vlaams Belang. Via sa fédération wallonne, le FN Cocriamont est encore renforcé par les conseils de l'avocat Ghislain Dubois. Ancien responsable liégeois des jeunes du Parti social chrétien (l'ancêtre du Centre démocrate Humaniste), il est le cofondateur de l'ASBL Belgique & Chrétienté, a été très proche du FN rénové en 2007 et reste le contact belge privilégié de la direction actuelle du Front national français de Jean-Marie Le Pen. Grâce à ses nouveaux compagnons de route et ses fédérations wallonne et bruxelloise, le FN Cocriamont a repris la main du frontisme en Belgique. Mais pour combien de temps ?


Front national (Nicotra-Féret)

Date d'apparition : en été 2009.
Dirigeants : Salvatore Nicotra (en première ligne, ancien responsable du Front national des jeunes et conseiller communal à Saint-Gilles de 1994 à 2000) et Daniel Féret (en deuxième ligne, président-fondateur du FN en 1985, il a été ensuite élu conseiller communal, député européen et député régional bruxellois).
Représentativité : un conseiller communal (Salvatore Nicotra à Fleurus).
Implantations militantes : Fleurus
Moyens de communication : le blog de Salvatore Nicotra (qui n'est plus actualisé depuis plus de six mois) et le mensuel «Le National» (titre du mensuel du FN unitaire et celui également utilisé par le FN présidé par Cocriamont).
Etat de santé politique : d'apparition toute récente, ce FN a des allures d'un groupuscule de plus. Centré autour d'une seule personne, Salvatore Nicotra, il ne pourra certainement pas se développer comme il l'espère. Ce front restera dès lors actif uniquement dans son fief, à Fleurus.

 

Fédération des nationalistes wallons, le FN-Wallonie


RésistanceS.be a pu se procurer les statuts de fondation de cette nouvelle structure de l'extrême droite belge francophone qui constitue désormais la branche wallonne du Front national présidé par le député fédéral Patrick Cocriamont. La Fédération des nationalistes wallons (FN-Wallonie) a été mise sur pied à Gilly le 26 septembre dernier à l'initiative des anciens députés régionaux frontistes Charles Petitjean et Charles Pire.


Affiches du «FN Plus» pour les élections régionales du 7 juin dernier. Ce FN vient de donner naissance à la Fédération des nationalistes wallons, le FN-Wallonie © Photo Tractothèque / PYL.


Le 26 septembre dernier, ils étaient plus de septante militants et petits chefs locaux frontistes, dont onze conseillers communaux et deux conseillers provinciaux, à se réunir à Gilly, quartier populaire de Charleroi (Province du Hainaut oriental). La majorité d'entre eux avaient auparavant adhéré au FN rénové de Sessler, Huygens et Delacroix. Après plusieurs mois de zizanie sans fins, ces militants et élus frontistes ont finalement choisi de dénoncer la «féretisation» (l'adoption des attitudes autocratiques de Daniel Féret, l'ancien président-fondateur du FN aujourd'hui totalement marginalisé) de la direction du FN rénové.

L'objectif de la réunion de Gilly avait pour but de rassembler ceux qui voulaient poursuivre le combat autour du sigle Front national, malgré l'échec électoral de l'extrême droite francophone subi trois mois plus tôt et les dérives du FN Sessler-Huygens-Delacroix.

Le rassemblement du 26 septembre a accouché d'une nouvelle structure : la Fédération des nationalistes wallons (FN-Wallonie). Sa direction fut directement désignée : Charles Petitjean au poste de président (sénateur honoraire, ancien bourgmestre de Pont-à-Celles, ancien membre de la direction du Parti libéral réformateur-PRL et député régional du Front national de 2004 à 2009), Jeanne Poncin-Szklarwyk comme vice-présidente (deuxième de la liste déposée dans la circonscription de Dinant-Philippeville du «FN Plus» aux élections régionales de juin 2009) et Charles Pire au poste de secrétaire général et politique de la fédération (ancien responsable wallon du Parti social-chrétien-PSC et député régional du Front national de 2004 à 2009).


Branche wallonne du Front national
Selon ses statuts de fondation, en possession de RésistanceS.be, l'objectif de la Fédération des nationalistes wallons est «l’organisation et le développement d’une formation politique structurée à chaque niveau de la vie institutionnelle en Wallonie, de la commune à la Région. Pour ce faire, la Fédération agira politiquement dans le cadre du Front national, avec comme partenaire la Fédération des Nationalistes Bruxellois et en bonnes relations avec le Front National français».

Dans l'article premier de ses statuts, il est précisé que «la Fédération des Nationalistes Wallons (regroupe) ceux et celles qui (...) sont fermement attachés à leur identité wallonne, aux valeurs de spiritualité, d’humanité et de solidarité de la civilisation chrétienne, ainsi qu’aux lumières de la raison et de la science».

Les membres du FN-Wallonie «dénoncent toute culture, religion, philosophie ou doctrine politique qui n’établit pas que la femme est l’égale de l’homme, qui déclasse certaines catégories d’être humains, qui appelle à la destruction ou au remplacement des valeurs qu’ils défendent et au communautarisme».

Le FN-Wallonie sera composé d'une structure d'organisations (à encore mettre en place) hyper-hiérarchisée. Son organigramme a été proposé par l'ancien député régional Charles Pire. Il a été approuvé lors de sa mise sur pied, le 26 septembre 2009. Cet organigramme mentionne, notamment, que les différents présidents (président wallon, provinciaux, d’arrondissement, locaux et président germanophone) du FN-Wallonie seront élus par un «collège électoral». La direction de cette fédération est également composée de vice-présidents, d'un secrétaire politique, d'un secrétaire général, de secrétaires provinciaux, d’arrondissement et locaux. La base militante se retrouvera au sein d'une « Assemblée wallonne ». C'est elle qui élit les vice-présidents wallons. Cette assemblée wallonne aura également le pouvoir de destituer le président wallon, les vice-présidents wallons, les membres des différents organes de direction de la fédération (Comité wallon, Bureau permanent...).


Mesures de sécurité «antimainmise» (sic)
Pour éviter toute déstabilisation interne et toute tentative de prise de contrôle de ses organes dirigeants, le FN-Wallonie a mis en place des «règlements de sécurité» et des «dispositions antimainmise» (chapitre VI de ses statuts de fondation). Il est mentionné que «toutes les publications ou annonces (papier, informatique, médias), y compris les images, relatives au positionnement politique d’une instance ou d’une personne dans l’exercice de ses fonctions dans la Fédération, à quelque niveau que se soit, ou exprimant des critiques, des commentaires, des félicitations ou des adhésions à propos d’institutions, d’organisations ou de personnes doit être approuvée» par les responsables en charge du contrôle du respect des règles de sécurité.

Ces règles concernent également la propriété des sites et des blogs qui seront mis en ligne. Il est précisé : «l’affichage de textes ou d’images sur ces sites et blogs n’a lieu qu’après visa favorable» des instances dirigeantes.


Les élections : objectif prioritaire
La Fédération des nationalistes wallons a pour projet de fonder des ASBL (notamment dans le cadre de la dotation publique réservée aux partis représentés à la Chambre et au Sénat, dans les parlements régionaux), des associations juridiques ou de fait et surtout de se présenter à toutes les prochaines élections.

Le 26 septembre dernier, lors de sa création, les fondateurs de cette fédération ont désigné les membres de ses différentes instances dirigeantes (comité wallon, bureau permanent, délégations provinciales, d’arrondissement et locales), ainsi que son premier président. Ils siègeront à leur poste jusqu'en septembre 2011.

Le pouvoir de cette fédération est donc déjà bien cadenassé.

M.AZ




Anciens de l’extrême droite : contactez-nous !

Vous avez jadis ou récemment encore milité dans une organisation, un groupe ou un parti d’extrême droite. Vous n’en êtes plus membre parce que vous avez changé d’opinion. Vous souhaitez à votre tour lutter contre l’extrême droite qui a abusé de votre naïveté, de votre jeunesse.

RésistanceS.be peut vous y aider !

• Si vous voulez témoigner de votre expérience au sein de l’extrême droite
• Si vous voulez vous adresser à ceux qui y sont restés pour leur dire de la quitter au plus tôt
• Si vous avez gardé de la documentation (tracts, journaux, photos, documents variés…) de l’organisation ou parti d’extrême droite dans lequel vous militiez :

CONTACTEZ-NOUS !

Votre anonymat sera entièrement garanti.

 


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 17 octobre 2009.

 

 


La Belgique : un pays surréaliste ?
Il y a désormais trois partis d'extrême droite qui s'appellent «Front national» dans notre pays ! © Montage : asbl RésistanceS.

 

Sur ce même thème,
lire sur RésistanceS.be :

Mischaël Modrikamen, un «facteur» anti-FN ?

Le Front national organise sa survie politique

L'extrême droite électorale en décroissance généralisée

Extrême droite: qui sera présent le 7 juin prochain?

«Wallonie d'abord !» , l'extrême droite régionaliste aux élections de 2009

Les enjeux des élections 2009

Etat des lieux de l'extrême droite francophone pré-élections

Le FN anti-Féret, désormais le seul Front national


Consultez les derniers dossiers, enquêtes et articles de RésistanceS.be (service gratuit) :

Recomposition de l'extrême droite en France

Le dernier chef du rexisme est décédé

Le gouvernement fédéral dit stop ! Le Palais royal impliqué ?

A l'Est, les nazis de hier sont réhabilités

Concert néonazi au coeur de la Wallonie

 


Campagne « Extrême droite : ils se trompent de colère ! »

Depuis le mois d'août 2008, RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire de l'extrême droite, anime une campagne d'information pédagogique en direction des électeurs et des militants d'extrême droite !

Pour plus d'information et la soutenir

CLIQUEZ ICI


Comité de soutien de RésistanceS



POUR BENEFICIER DE NOS SERVICES : QUE FAIRE ?
Soutenez vous aussi RésistanceS...
Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs qui lui font des dons.

Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS !

Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant un don sur son compte bancaire :
n° 310-1618732-82
IBAN : BE25 3101 6187 3282
Avec en communication : «don 2009»

... et abonnez-vous gratuitement à sa Newsletter !
Vous souhaitez recevoir des informations sur l'Observatoire de l'extrême droite, le journal RésistanceS et les réactualisations de son site Internet :
=> Abonnez-vous (c'est en plus gratuit, mais cela n'empêche pas de faire un don : revoir ci-dessus) à sa Newsletter : CLIQUEZ ICI