RésistanceS.be 31-03-2010

Après le succès du FN lepéniste et les ennuis du Parti populaire de Modrikamen


Le Front national belge va-t-il se réunifier ?


Atomisé en juin 2009, le Front national reste aujourd'hui divisé en Belgique en trois factions. Voulant profiter du succès de Jean-Marie et de Marine Le Pen aux dernières élections régionales françaises et des actuels ennuis judiciaires du président-fondateur du Parti populaire, des frontistes belges s'agitent en coulisses pour mettre fin à la «guerre des clans». Leur but : réunifier le FN belge. RésistanceS.be vous propose les dernières nouvelles du front.



Le Front national «canal historique» a été fondé en 1985 par Daniel Féret, sous la forme d'une association sans but lucratif (Asbl). En 2010, cette asbl existe toujours. Elle est présidée par Salvatore Nicotra, avec l'accord de Daniel Féret. Au cours de son histoire, le FN belge «officiel» a éliminé ses concurrents (en 1991, le Parti des forces nouvelles-PFN, en 1996, le front wallon Agir...), mais à aussi connu de nombreuses scissions (Front nouveau de Belgique en 1995, Bloc wallon en 2000, Force nationale en 2004, Front national «rénové» de Sessler, Delcroix et Huygens en 2007, Front national de Patrick Cocriamont en 2009...) © Infographie RésistanceS.be / 03-2010 CLIQUEZ SUR L'IMAGE POUR L'AGRANDIR

Contrairement à l'extrême droite française, qui vient de reprendre de l'aplomb lors des élections régionales de ce mois de mars, son homologue belge va mal. Le Vlaams Belang se ferait dépasser, en cas d'élections, par les nationalistes de la NVA de Bart De Wever, aujourd'hui le deuxième parti politique en Flandre, selon le dernier baromètre du quotidien «La Libre Belgique». La mauvaise santé électorale du VB se confirme. Ce qui aggrave la crise interne historique qui le déstabilise de l'intérieur (). Il y a quelques années, ce parti d'extrême droite menait encore la danse dans le paysage politique néerlandophone. Aujourd'hui, son ascension fait du surplace et ses «petits concurrents» de jadis – issus comme lui de la Volksunie, l'ex-parti nationaliste flamand qui fut important entre les années 1950 et le milieu des années 1980 - confirment qu'ils ont bel et bien récupéré le leadership de la «cause flamande» pure et dure. Au détriment du Vlaams Belang.


Le «canal historique» revient en force
Du côté francophone, la «marque» Front national reste représentée par trois clans distincts qui se disputent toujours sa propriété. Il y a le FN présidé par le député fédéral Patrick Cocriamont, celui présidé par l'ex-député régional wallon Daniel Huygens - avec toujours en coulisses le sénateur Michel Delacroix (mis un moment en quarantaine suite aux révélations sur ses talents de chanteur d'une ballade antisémite () - et celui du conseiller communal Salvatore Nicotra. Tout naturellement, chaque front affirme qu'il est le vrai et le seul Front national légal. Au niveau de leur santé, leurs bulletins respectifs sont des plus mauvais.

Les bases militantes des deux premiers fronts se sont réduites considérablement, après leur déconfiture aux régionales de juin de l'année dernière. Le secrétaire général du FN de Daniel Huygens et de Michel Delacroix, Patrick Sessler, connu pour son dynamisme et ses compétences en matière de «management politique», s'est retiré pour le moment de la vie du parti. Le Front de Patrick Cocriamont a eu pour sa part toute les peines du monde à organiser un congrès, en décembre dernier. Congrès qui déboucha sur la réélection du député Cocriamont à la présidence de ce parti en présence de... 26 électeurs représentant théoriquement sa base militante ! Pour camoufler son essoufflement lui faisant mordre la poussière, le FN-Cocriamont annonce dans sa propagande interne les activités de diverses structures qui lui sont liées : une Fédération des nationalistes wallons (FNW / FN-Wallonie, animée par le tandem Charles Petitjean et Charles Pire), une Fédération des nationalistes populaires bruxellois (FNPB) et «Notre Peuple», une association politique en charge du «développement du parti» (sic).


LES AMIS FASCISTES ITALIENS DU FRONT NATIONAL
Sur la photo de gauche : Daniel Leskens (en polo noir), le numéro 2 du Front national de Patrick Cocriamont, en novembre 2009, en compagnie de Gabriele Adinolfi (en face de lui), un responsable néofasciste italien impliqué dans les «années de plomb». Sur la photo de droite : faisant le salut fasciste, le même Adinolfi lors de l’enterrement en 2008 d'un dirigeant italien d'extrême droite.


Le seul Front national qui semble connaitre une réelle redynamisation autour de son sigle est le FN «canal historique», celui présidé depuis août 2009 par Salvatore Nicotra, conseiller communal frontiste à Fleurus (région de Charleroi). Proche et toujours fidèle (depuis le milieu des années 1990) de Daniel Féret, le président-fondateur en 1985 du parti d'extrême droite francophone, Nicotra aurait réussi à regrouper 317 membres cotisants. Un bonus réalisé grâce à la possession d'un bon fichier des membres du parti à l'époque de son unité et surtout du faite d'avoir lancé, avant les autres, une vaste campagne d'adhésion. Les deux autres FN ensemble ne compteraient à l'heure actuelle pas plus de 50 militants et sympathisants !

Sur le plan légal, Nicotra préside désormais l'association sans but lucratif (asbl) fondatrice en 1985 du parti (connu officiellement sous le nom de Front national-Nationaal front, FN-NF), ce qui ferait de lui son héritier naturel. Singularisé par un certain charisme et doué dans le recrutement, Salvatore Nicotra arrive pour l'instant à attirer vers son front des membres de la première heure du FN historique, des transfuges venant du FN de Cocriamont (dont sa tête de liste bruxelloise aux élections régionales de juin de l'année passé), ainsi qu'un ancien cadre du mouvement Nation. Ce dernier devrait le rejoindre en compagnie d'autres activistes de Nation. Confirmation de l'insuccès dans les milieux nationalistes et identitaires de ce mouvement fondé, en 1999, par des dissidents du Front nouveau de Belgique (FNB) et du FN.


«Pax frontiste» et vieille connaissance
Suite à l'échec des diverses tentatives pour s'éliminer mutuellement et la disparition des députés FN dans les parlements régionaux en juin 2009, des frontistes belges ont pris l'initiative récemment de «réunifier la famille» en vue des prochaines échéances électorales. Pour y aboutir, il faut sceller une «pax frontiste»...

Le FN d'Huygens et de Delacroix préconise dans ce but l'«unité des nationalistes» et affirme se mettre à leur service. Il y a quelques jours, il invitait largement à la visite du Parlement fédéral, grâce à la présence en son sein du sénateur Michel Delacroix. Cette visite eut lieu en compagnie d'une délégation de Nation. Le rapprochement entre ce dernier et le FN d'Huygens et de Delacroix est donc enclenché. Ce qui ne laisse bien entendu pas indifférent le FN de Cocriamont qui a lancé, récemment, des appels du pied au FN «canal historique» pour enterrer la hache de guerre.

Outre Daniel Huygens en personne, l'un des acteurs de la tentative de réunification de l'extrême droite frontiste belge est une vieille connaissance de RésistanceS.be puisqu'il s'agit de Georges-Pierre Tonnelier. Récemment, il contactait encore Salvatore Nicotra pour le persuader de participer à l'unité des nationalistes. Ce qui ne relève certainement pas du hasard : Tonnelier est régulièrement présent au Parlement belge, dans le sillage du sénateur FN Michel Delacroix, comme le révélait l'hebdomadaire «Pan» du 3 mars (voir ci-dessous). Depuis, RésistanceS.be a reçu la confirmation de la présence régulière de Georges-Pierre Tonnelier au Parlement fédéral. Cet ancien responsable, tête de liste, webmaster, président du centre d'études du Front national... semble donc rester fort actif dans les coulisses de l'extrême droite frontiste. Contrairement à ses multiples affirmations publiques ().



A L'ÉPOQUE DU FN UNI
Photo prise en 2007 quand le Front national était uni. Le conseiller communal Salvatore Nicotra (premier à partir de la gauche), le sénateur Michel Delacroix (troisième) et l'ex-député régional Charles Petijean (à l'extrême droite sur cette photo) agissent aujourd'hui dans trois FN différents, concurrents et ennemis.


Mission impossible
Pour l'heure, l'unité des nationalistes préconisée par le FN d'Huygens et Delacroix et le FN de Cocriamont reste en stand-by. Salvatore Nicotra, fort de l'adhésion à son Front de la majorité des affiliés frontistes encore mobilisés, refuse toute alliance avec ce qu'il appelle les «nazebroques» (sic). La division des clans de l'extrême droite francophone restera donc encore à l'ordre du jour. Même si le contexte économique, social et politique est favorable à la remise sur pied d'un Front national uni.

Les fermetures d'entreprises, la montée du chômage, les faits d'insécurité extrêmement violents, le brouillage des discours politiques émis par les partis traditionnels, l'inculpation de politiciens, l'islamophobie ambiante... profitent quasi toujours aux formations populistes et d'extrême droite. De plus, à chaque relance du FN français, comme lors de l'élection présidentielle en 2002, les frontistes belges ont bénéficié de ses ondes positives en Belgique. La remise en selle de l'extrême droite d'outre-Quiévrain, via Marine Le Pen aux dernières régionales, et les ennuis actuels que subit de plein fouet Mischaël Modrikamen, le président-fondateur du Parti populaire, pourraient avantager à nouveau le Front national dans notre pays. Pour cela, il devrait mettre fin à ses guerres de clans et se présenter uni aux prochaines élections. Mais ceci semble pour le moment, comme en témoignent les nombreuses informations reçues à RésistanceS.be, une mission impossible.

Manuel Abramowicz

HISTOIRE DE LA FLAMME TRICOLORE

Le Front national belge «canal historique», fondé en 1985 par Daniel Féret, est animé et présidé depuis le mois d'août 2009 par le jeune conseiller communal Salvatore Nicotra (ci-dessous en photo). Fort de plus de 300 affiliés, il a opéré en novembre dernier un relooking de son emblème (sur notre illustration : avant dernière flamme tricolore).

En 1985, le FN belge avait repris – et repeint aux couleurs nationales de notre pays - le sigle du FN français, qui l'avait lui même emprunté, à sa création en 1972, au Mouvement social italien (MSI), le plus ancien et important parti néofasciste en Europe.

Retour aux origines italiennes du fascisme : la flamme tricolore du Front national de Salvatore Nicotra a pris pour modèle celle de Fiamma tricolore, un petit parti d'extrême droite italien.

[M.AZ]

 

 

Le 3 mars dernier, le journal «Pan» révélait que Georges-Pierre Tonnelier, ancien fidèle de Daniel Féret, le président-fondateur du Front national, restait actif au sein de l'extrême droite, notamment dans le sillage du sénateur frontiste Michel Delacroix.


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 31 mars 2010.


 

© Dessin Hajimé / RésistanceS.be

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© RésistanceS.be

 



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