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Combat culturel

Le français d'abord !

"Le premier geste de résistance doit être un geste de défense de la langue française", dit Guy Konopniki. Dans son livre "Manuel de survie au Front" (1), le journaliste français consacre un chapitre entier à l’utilisation abusive du mot « immigration ». Afin de passer à l’offensive contre le politiquement correct de l’extrême droite, nous reproduisons ici même ce chapitre.

"Le Front national a déjà réussi à nous faire vivre sous l'occupation. Les esprits ont perdu une grande part de leur liberté et leur zone libre se rétrécit. Tout a commencé par une agression contre le Français. Un blitz-krieg a enfoncé nos meilleures divisions intellectuelles, demeurées impuissantes face à la capture du mot immigration. Dès que l'on prononce ces mots-otages, la collaboration commence. Car le mot a perdu son sens. Dans la période d'avant Front, le mot immigration avait un sens. Il désignait l'action de franchissement de la frontière par des personnes de nationalité étrangère.

Par extension l'immigration devenait un chiffre, celui des étrangers venus s'installer en France. Du point de vue de la langue, on ne reste pas longtemps immigré : le terme désigne un mouvement. Il est donc inacceptable de nommer ainsi des personnes qui résident en France. Ce sont des résidents étrangers. Et, en bien des cas, des Français par naturalisation, c'est-à-dire par choix. Mais nous acceptons de les compter, nous laissons dire qu’il y a des millions d’immigrés en France. En réalité, il y a de nos jours quelques milliers de personne qui franchissent chaque année nos frontières. Au sens propre du terme, il y a très peu d'immigrés ! Et il n'y a pas d'enfant d'immigrés. Il y a des enfants de résidents étrangers, Français de droit ou naturalisables.

Le premier geste de résistance doit être un geste de défense de la langue française. Le français d'abord !

Le Front national entend nous faire parler une autre langue. Une langue qui amalgame les résidents étrangers, les citoyens ayant embrassé volontairement la nationalité française et les enfants nés en France. La collaboration linguistique de toute la classe politique nous a conduits à une défaite du sens. La propagande a ainsi triomphé en imposant un prétendu problème de l'immigration. Par ce vocable, on mélange de manière inacceptable une dizaine de questions différentes posées au législateur, à l'autorité et à ce que l'on nomme vulgairement les électeurs, c'est-à-dire le peuple souverain. Car l'installation des mots « immigrés » et « immigration » a été précédée d'une autre défaite de la langue. Et quelle défaite ! Le peuple souverain n'est plus qu'un marché de suffrages que l’on sonde par échantillon de mille personnes. Et la République française, une, indivisible, laïque, démocratique et sociale, avec ses citoyennes et ses citoyens formant ensemble le souverain, fait place à un ensemble flou qui serait la France, avec ses « nationaux » et ses « immigrés ».

L'avilissement de notre langue en politique a ouvert les portes de la cité au barbare. Et le barbare a imposé sa langue. II importe aujourd'hui de parler le français. De traiter séparément l'accueil des étrangers dans un pays où le chômage sévit, le séjour des résidents, I'intégration des nouveaux citoyens et celle des enfants, des jeunes qui, en dépit des variations imbéciles du code de la nationalité, naissent sur le sol d'une République qui les rend libres et égaux.

Nous ne devons pas accepter de parler la langue du barbare. Dans une assemblée de la République, le Conseil de la région Ile-de-France, un certain Jean-Yves Le Gallou, entendait soutenir un amendement budgétaire qui supprimait les subventions aux « quartiers immigrés ». Le droit de soutenir et de faire discuter cet amendement lui a été refusé parce que l'amendement n'était pas écrit en français. Les quartiers d'habitation ne peuvent pas immigrer. Ils sont constitués d’immeubles dont il est inutile de dire qu'ils sont immobiles car ce serait un pléonasme.

Il ne faut pas laisser la politique sous une langue d'occupation. La langue française mérite d'être défendue et reconquise en tant que défense indispensable contre la crétinisation."

Guy KONOPNIKI

(1) "Manuel de survie au Front", aux éditions Mille et une nuits, collection "Les Petits Libres" (n° 17).

 

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