RésistanceS.be 23-12-2009

Débat sur l'identité nationale


La France sarkozyste au service de l'extrême droite


«Le débat sur l'identité nationale ne peut que servir le Front national», telle est désormais l'analyse de François Baroin, un jeune député de l'UMP, au sujet de ce débat proposé par Eric Besson, le ministre sarkozyste de l'immigration et de l'identité nationale. Baroin n'est pas le seul à s'y opposer. Ils sont nombreux, à gauche comme à droite, à le dénoncer. SOS Racisme lance une grande pétition pour qu'il s'arrête au plus vite. La moitié des Français demande désormais son interruption. Pendant ce temps, la cote de popularité de Marine Le Pen, qui succèdera dans peu de temps à son père comme leader du Front national, ne cesse de grimper. Un hasard ?


A droite, certains osent dénoncer le débat sur l'identité nationale, une initiative sarkozyste. C'est le cas du député UMP François Baroin, dans les colonnes du journal Le Monde de ces 20 et 21 décembre © Photo RésistanceS.be.

Proche de l'ancien président Jacques Chirac, maire de Troyes et député de l'UMP (le parti de Nicolas Sarkozy), François Baroin, au cours d'un entretien publié dans le quotidien Le Monde, daté du dimanche 20 et du lundi 21 décembre dernier, livre son avis sur le débat sur l'identité nationale. Baroin s'inquiète de sa tournure et pense qu'au final, il servira les intérêts du Front national des Le Pen.

Le débat en question a été inauguré, début novembre, par son concepteur, Eric Besson, le ministre de l'immigration et de l'identité nationale du gouvernement Fillon. Depuis lors et après de nombreuses dérives (voir notre encadré ci-dessus), ce débat est au cœur d'une forte polémique en France. Il clive le monde politique et les intellectuels. Il divise la France au lieu de l'unir, conformément à ses objectifs annoncés par le ministre de Nicolas Sarkozy. Ils sont maintenant 50 % des Français à demander son interruption, selon un sondage réalisé par l'institut CSA pour le quotidien Le Parisien.

Malgré la vague de critiques, les propos scandaleux tenus par des politiciens UMP, le rejet de près de la majorité de la population, l'insuccès des réunions officielles organisées pour débattre du thème de l'identité française et les intérêts électoraux directs de ce débat pour l'extrême droite lepéniste, Eric Besson annonce : «il faut évidemment poursuivre ce débat, qui continue de passionner nos concitoyens» (Libération, 22 décembre). Propagande en langue de bois, voilà la seule réponse du ministre...

Avec ce débat, Besson, transfuge droitisé du Parti socialiste passé dans le camp sarkozyste, a permis d'ouvrir une boîte de Pandore, ou un panier de crabes, c'est selon.

Comme dans les films de Chabrol
Eric Besson a ouvert la porte aux expressions de cette France profonde, xénophobe, nationaliste et discriminante - par réflexe pavlovien - qui existe hélas toujours. Cette France chauvine, conservatrice et allergique à sa modernisation, si bien peinte dans les films de Claude Chabrol.

Face aux nombreuses dérives déjà enregistrées, François Baroin, membre de la majorité présidentielle, réclame donc la suspension du débat sur l'identité nationale. Et à droite, il n'est pas le seul. Dans l'interview accordée au journal Le Monde, le député UMP a notamment dit :

«Il est très facile de prendre en otage un débat comme celui-ci en période électorale. Ce contexte favorise la participation d'agitateurs à certaines réunions organisées sous l'autorité des préfets. C'est pour ces agitateurs une tribune supplémentaire qui leur permet de cristalliser des sentiments négatifs, pour ne pas dire franchement hostiles. C'est un débat qui va davantage diviser qu'il ne va rassembler, qui va exclure plus vite qu'il ne va intégrer. C'est pourquoi je suis convaincu qu'il est indispensable de suspendre le débat au moins pendant le temps de (la) campagne (électorale pour les Régionales de mars prochain)».

Pour François Baroin, «confondre identité nationale et immigration revient à présenter l'étranger comme la cause de toutes nos difficultés aujourd'hui». C'est pour cette raison, notamment, qu'il dira : «On ne doit pas s'adresser à des électeurs du FN en particulier, mais à tous les Français, en essayant de leur offrir des politiques publiques. La crise est majeure, la seule priorité aujourd'hui n'est pas de se regarder le nombril mais de créer les conditions de la relance, de la croissance et de la création d'emplois».

 


Certains pensent que le débat sur l'identité nationale rappelle la France nationaliste de Pétain. Sur le Net circulent donc des comparaisons entre Eric Besson et le Maréchal Philippe Pétain, comme le montre cette récupération d'une affiche de propagande du gouvernement de Vichy.


Au service du Front national
Selon le député de l'UMP, le débat sur l'identité nationale a un objectif électoraliste : en mars prochain, des élections régionales décisives pour le pouvoir sarkozyste auront lieu. Et à l'heure actuelle, le président de la République est au plus bas dans les sondages. Les électeurs pourront dès lors le sanctionner par ricochet. François Baroin affirme encore au sujet de cet enjeu : «d'un point de vue strictement électoral, la ficelle est trop grosse, et les gens ne s'y trompent pas. Ce que j'observe sur le terrain, c'est que c'est compris et vu comme tel. Il y a désormais un risque de remontée du Front national favorisé par la crise, d'une part, et par ce débat qui, au fond, ne peut que le servir».

Nicolas Sarkozy, via son ministre Besson (un de ses plus fidèles soldats, au niveau idéologique), poursuit ainsi sa course à la récupération de l'électorat frontiste. En 2007, à l'occasion de l'élection présidentielle, Sarkozy avait réussi ce challenge, raté de nombreuses fois par bien d'autres, qu’ils soient d’ailleurs de droite ou socialistes ! Lors du prochain scrutin, il n'est pas sûr que la formule de 2007 fonctionne à la faveur de la France sarkozyste. Baroin, comme bien d'autres, pense en effet que le débat sur l'identité nationale tournera (ce qui semble déjà être le cas) à la faveur du Front national de Jean-Marie Le Pen. Un parti d'extrême droite qui pourra ainsi renaître de ses cendres et repartir sur de nouvelles bases.

Le débat besso-sarkozyste permettra ainsi d'encore mieux (re)propulser sur la scène politique Marine Le Pen, fille et successeur désigné de (et par) Jean-Marie Le Pen au poste de commandes du FN. Le Front national et tous ceux qui partagent son corpus en silence seront les gagnants du débat sur l'identité nationale.

Manuel Abramowicz


Dessin de Riss

La France sarkozyste profonde s'exprime !

«Il est temps qu'on réagisse, parce qu'on va se faire bouffer. Par qui ? Par quoi ? … Il y en a déjà dix millions, alors il faut bien réfléchir. Dix millions qu'on paie à rien foutre» (NDLR : Dix millions d'étrangers, bien entendu !).

Déclaration le 1er décembre 2009 au journal télévisé de France2 d'André Valentin, maire UMP du village de Gussainville (dans la Meuse), après le débat local sur l'identité nationale, organisé par le préfet à l'initiative du ministre sarkozyste Eric Besson. Ce dernier condamnera néanmoins ces propos... suscité par son débat !

 

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 23 décembre 2009.


Au sommaire de ce dossier
de RésistanceS.be:


Débat sur l'identité nationale : la France sarkozyste au service de l'extrême droite

Alternative au sarkozysme, le FN grimpe - «Immigration et sécurité : moteur du vote frontiste»

Arrêtez ce débat ! La contre-offensive de SOS Racisme

 


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Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2009