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Elections municipales françaises

La gauche radicale, nouvelle
force politique d’opposition ?

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Les extrêmes droites françaises (FN, MNR et C°) bougent encore. Dimanche dernier, elles se sont maintenues dans plusieurs villes françaises, avec même de très bons scores malgré les pronostics. Autre enseignement de ce nouveau jeu électoral : la gauche radicale est de plus en plus présente et de plus en plus forte. D’élections en élections. Demain, l’extrême gauche pourra vaincre, sans doute, les extrêmes droites. Ce qui est déjà le cas dans plusieurs communes. Petit tour d’horizon.

Lors du premier tour des élections municipales et cantonales, ce 11 mars, plusieurs constats ont été faits : ni la vague rose ni la vague bleue annoncées à Paris et à Lyon ne se sont formées, les dissidents de la droite classique sont devenus pour beaucoup incontournables (Tiberi, Millon, etc.), l’arbre vert continue à grandir, le PCF à du plomb dans les ailes, les ministres-vedettes ne rapportent pas gros et les extrêmes droites perdent des plumes, mais sont toujours incrustées dans le paysage politique français malgré leur division et leur amaigrissement.

Un autre constat a encore été fait : la gauche radicale incarnée par les trotskistes de Lutte ouvrière (LO), de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et du Parti des travailleurs (PT) ainsi que diverses listes citoyennes ‘gauchisantes’ secouent le cocotier politique de maintes municipalités. Quelques exemples : à Toulouse, la liste ‘Motivé-e-s’ (rassemblement de citoyens très à gauche de la gauche soutenu par le groupe Zebda) fait plus de 12,38 %. A Châtenay-Malabry (dans les Hauts-de-Seine), la liste ‘Citoyens unis’ dépasse les 17 %. En Seine-Saint-Denis, à Bondy, la liste ‘Rebondir’ avoisine les 13 %. A Saint-Denis, avec deux autres camarades, Alain Krivine, député européen et leader historique de la LCR, a été élu au conseil communal avec près de 14 ! %.

Autres résultats dans plusieurs petites communes : 8,57 % pour la LCR et 5,15 % pour LO à Clermont-Ferrand, 12,24 % pour LO à Villeneuve-d’Ascq, 10,57 % pour le même mouvement à Laon (dans l’Aine).... Les forces de l’extrême gauche ‘ investissent ‘ également de grande villes. A Grenoble, LO, la LCR et le PT représentent désormais 9,5 %. A Lille, l’addition des scores des trois listes trotskistes qui s’y étaient présentées est grimpé jusqu’à 9 %. Ce qui obligea, le lendemain matin, l’ex-ministre socialiste Martine Aubry d’envoyer des fleurs en direction des électeurs de ces listes gauchistes pour qu’ils la soutiennent dimanche prochain au second tour. A Lyon, dans plusieurs arrondissement, les listes de l’opposition de gauche frôlent des scores extraordinaires : 3,29 %! pour LO et 4,91 % pour la LCR dans le septième arrondissement (soit un total de 8,20 %), 3,03 % pour LO et 6,45 % pour la LCR dans le premier arrondissement (total : 9,48 %), 7,81 % pour la LCR dans le quatrième arrondissement, etc. etc.

L’extrême gauche semble donc être incontournable dans plusieurs patelins. La première place au hit-parade des meilleurs résultats de la gauche radicale revient à Lutte ouvrière qui arrive, à elle seule, en deuxième position à Liévin (dans le Nord) avec juste un peu moins de 20 %&

Gauche radicale contre extrême droite antisociale
Dans toute une série de municipalités, la gauche radicale constitue maintenant un poids électoral bien plus important que celui de l’extrême droite. Dans le onzième arrondissement à Paris, les deux listes d’extrême gauche (LO et LCR) totalisent 6,72 %, l’ultradroite nationaliste (FN et MNR) 5,85 %. C’est également le cas dans le vingtième arrondissement à Paris où l’addition des résultats respectifs du PT, de LO et de la LCR donne 8,37 % et celle du FN et du MNR 7,69 %. A Créteil, le MNR (qui se présentait sans la présence du FN, ce qui est un avantage de taille) obtint 8,01 % contre un total de 10,41 % pou! r l’extrême gauche (LO+PT). A Toulouse, fief électoral de la liste ‘Motivé-e-s’ (12,38 %), le Parti des travailleurs, Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire y obtiennent tout de même respectivement 0,36 %, 1,67 % et 2,43 %. Ensemble, ils auraient fait près de 17 %. Dans cette même ville, FN et MNR unis n’auraient récolté que 6,67 %. A Nantes (dans le Pays de la Loire), seul à la gauche de la gauche, LO avec 5,53 % va même battre la liste du FN (3,02 %) et la liste du MNR (2,36 %).

 Ces bons résultats de LO, de la LCR, du PT et des listes citoyennes de gauche sont historiques. D’autant plus que contrairement aux extrêmes droites, ces mouvements d’opposition ont rarement bénéficié de la même couverture médiatique et des mêmes moyens financiers que les forces réactionnaires d’extrême droite.

Demain, l’extrême gauche ?
Suite à cette poussée de la gauche radicale, le politologue Pascal Perrineau (du CEVIPOF) déclara lors d’une interview accordée à ‘Libération’ : ‘Il faudra prendre la mesure de la construction d’un vrai pôle de gauche radicale et citoyenne, capable d’être porteur de nouvelles pratiques politiques et d’un renouveau de la démocratie municipale’. En octobre 2000, lors des élections communales, ici et là, en Belgique, les premiers germes d’une telle poussée sont également apparus. Dans la commune liégeoise d’Herstal, le PTB y avait obtenu plus de 9 %. Quant à elle, l’extrême droite y fut mise au ! tapis par KO.

Demain unie et encore mieux organisée, cette ‘nouvelle vague’ électorale ‘ résultat d’un travail quotidien de terrain - de la gauche radicale sera sans doute salutaire pour battre les forces antisociales d’extrême droite, dont l’heure semble avoir sonnée - à l’exception du Blok en Flandre. A suivre.

Anne-Sophie Van Dyck

RésistanceS-Info-Net - n° 41 - 17 mars 2001