RésistanceS 16-03-2008

Elections municipales françaises


L'extrême droite bientôt battue par la gauche rebelle


Le Front national a gardé une certaine « pêche » au premier tour des élections locales en France, le 10 mars dernier. Ses dissidents et concurrents « identitaires » subissent quant à eux de véritables « Waterloo électoraux ». Ils sont même laminés. Pour sa part, la gauche radicale confirme sa réelle poussée électorale. Et semble aujourd'hui être capable de dépasser électoralement l'ultradroite nationaliste, populiste, démagogique et poujadiste. Ce qui pourrait annoncer, après les « dimanches noirs » des années 1990, des « dimanches rouges » pour les prochains rendez-vous électoraux.


Olivier Besancenot, jeune leader de la LCR, incarne désormais une nouvelle gauche rebelle capable de dépasser la vieille extrême droite, démagogique et rétrograde © Photo Manuel Abramowicz.

Depuis plusieurs élections, dans divers pays européens, on observe la montée électorale de l'extrême gauche. Au Portugal, le Bloc de gauche (Bloco de Esquerda), une formation unitaire, rassemble les différentes tendances de la gauche radicale, des ex-maoïstes aux trotskistes de la Quatrième Internationale. Ce Bloc représente désormais plus de 7 % des voix dans la capitale portugaise. Le Parti communiste était arrivé lui à 8,9 % lors des élections municipales en été 2007. Soit un résultat de près de 16 % pour la gauche marxiste à Lisbonne. En Allemagne, La Gauche (Die Linke) a connu au dernier scrutin régional (en février dernier) à Hambourg un succès important (près de 7 % des voix). Ce nouveau parti est le fruit de la fusion récente du Parti du socialisme démocratique (PDS), issu de l'ex-Parti communiste est-allemand, avec la Wasg, une scission de la gauche socialiste du Parti social-démocrate.

En Belgique, en octobre de l'année dernière, lors des dernières élections pour renouveler les conseils communaux, le Parti du Travail de Belgique (d'obédience marxiste-léniniste) a récolté 15 élus, contre cinq en 2000, avec des gains importants : 4,24 % à La Louvière, 4,99 % à Seraing (et 3,50 % pour le Parti communiste, soit 8,49 % au total pour la gauche marxiste), 9,39 % à Herstal et jusqu'à près de 22 % à Zelzate (commune populaire flamande). Après le reflux des forces révolutionnaires marxistes dans les années 1980, dans plusieurs pays de l'Union européenne, des partis, des mouvements ou des coalitions électorales d'extrême gauche se font donc de plus en plus remarquer aux élections. Au même moment, on observe une reculade significative de l'extrême droite...

La gauche rebelle contre l'extrême droite traditionnelle
Le premier tour des élections municipales en France, le dimanche 10 mars dernier, confirme ce phénomène. L'extrême gauche d'outre-Quiévrain y a démontré sa supériorité militante par rapport à l'extrême droite lors de la campagne électorale. Divisée entre le Front national (FN) de Jean-Marie et Marine Le Pen, le Mouvement national républicain de Bruno Mégret (MNR, dissidence du FN) et les diverses listes « Identitaires » (à Nice, en Alsace...), la droite nationaliste populiste et raciste est désormais complètement atomisée et toujours victime du « racket sarkozyste » sur ses valeurs et slogans. La « petite » Ligue communiste révolutionnaire (LCR, conduite par le jeune et charismatique Olivier Besancenot) a été capable de déposer beaucoup plus de listes locales (près de deux cents) que le « méga » Front de Le Pen (autour de la centaine seulement). Une preuve de plus que l'extrême gauche est bien mieux implantée dans les « masses populaires » que la droite néofasciste. Cette meilleure forme militante s'est donc confirmée aux urnes ce dimanche 10 mars.

Dans certaines grandes villes, la « gauche de la gauche » talonne, voire dépasse l'extrême droite. A Marseille (dans le 3e secteur de la métropole), son résultat est de 6,18 %. Quant à celui du FN, il se situe à 6,28 %. Le MNR n’y obtient, lui, que 0,98 %. A Strasbourg, le FN et Alsace d'Abord (une scission régionaliste-identitaire du Front) récoltent respectivement 2,84 % et 2,17 %, un résultat catastrophique pour la droite extrême par rapport aux précédentes municipales (voir notre encadré ci-dessous). L'extrême gauche, certes aussi divisée (sur trois listes différentes), gagne néanmoins un résultat additionné de 2,94 %. A Toulouse, la LCR (plus de 5 %), Lutte ouvrière (LO, 0,83 %) et le Parti des travailleurs (PT, 0,33 %) additionnent leurs trois résultats à 6,23 % de l'échiquier politique. Par ailleurs, on ne trouve nulle trace d'une liste néofasciste, ce qui traduit là aussi la supériorité militante des « gauchistes ». A Reims, le Front national (4,32 %) est carrément dépassé par les scores additionnés (4,63 %) des deux listes de la gauche radicale, LCR (3,33 %) et LO (1,30 %).

Ce passage en revue de quelques résultats comparés entre ceux de la gauche radicale et ceux de l'ultradroite est une confirmation de ce que RésistanceS, le journal de l'Observatoire de l'extrême droite, avait déjà annoncé en mars 2001, à l'occasion des précédentes élections municipales françaises et d'une première poussée de la gauche non conformiste. RésistanceS notait alors : « Ces bons résultats de LO, de la LCR, du PT et des listes citoyennes de gauche sont historiques. D’autant plus que contrairement aux extrêmes droites, ces mouvements d’opposition ont rarement bénéficié de la même couverture médiatique et des mêmes moyens financiers que les forces réactionnaires d’extrême droite » (relire notre article : « La gauche radicale, nouvelle force politique d’opposition ? » ).


Les deux « extrêmes » vont se croiser...
En Belgique, une donnée politique de même nature est également observable, en Flandre comme en Wallonie. Prenons l'exemple de la commune liégeoise d'Herstal. En 1994, le parti Agir (extrême droite wallingante) y avait obtenu 6,5 %. Aux communales de 2000, le Bloc wallon (dissidence du Front national, héritière d'Agir) ne va récolter que 3 %. Pour sa part, absent pourtant en 1994, le Parti du Travail de Belgique arrive à 7,22 % de l'électorat herstalien. Lors du dernier scrutin communal, en octobre 2006, l'extrême droite se montra incapable de déposer, dans cette commune ouvrière de la périphérie liégeoise, une liste électorale. Bien présent, depuis 1976 à l'époque de l'organisation TPO (Tout le pouvoir aux ouvriers), le PTB connaîtra à Herstal en 2006 une poussée considérable pour arriver à près de 10 % des votants (9,39 %).

Les voix perdues de l'extrême droite – provenant à l'origine en bonne partie de la gauche social-démocrate, faut-il le rappeler – ce fait désormais au profit de l'extrême gauche mais également d'autres « nouveaux courants ». Les ex-partis néofascistes convertis au national-libéralisme (l'Alliance nationale en Italie, par exemple) ou les nouveaux partis d'ultradroite populiste, xénophobe et nationaliste (telle la Lijst Dedecker en Flandre), qui se démarquent clairement de l'extrême droite traditionnelle (en général issue du fascisme et du nazisme), séduisent de plus en plus l'électorat frontiste et VBiste. Les discours démagogiques et populistes tenus par Nicolas Sarkozy, lors de la campagne pour l'élection présidentielle 2007, ont également donné lieu à un déclin caractérisé du leadership lepéniste sur l'électorat populaire. L'heure de la « droite fascistoïde » a-t-elle sonné ?

Le phénomène semble se confirmer : quand la droite nationaliste pure et dure diminue, la gauche rebelle augmente. En France, en Belgique, comme un peu partout ailleurs en Europe (mais aussi en Amérique latine), les scores se rapprochent de plus en plus du croisement des « deux extrêmes », d'élections en élections, ce qui signifiera sans doute prochainement un dépassement de la droite par la gauche...

Après les « dimanches noirs » des années 1990, assisterons-nous à l'émergence de « dimanches rouges » ? Tous les indicateurs politiques et sociaux semblent aller dans cette direction. Le combat politique contre l'extrême droite se gagnera par des victoires politiques.

Manuel ABRAMOWICZ

Les « Identitaires » laminés !


© Dessin Hajimé – RésistanceS 2008


Depuis plusieurs années, en marge du Front national des Le Pen (Jean-Marie et Marine), une « nouvelle » force politique d'extrême droite essaye coûte que coûte d'émerger. Essentiellement constituée de dissidents, de déçus ou de concurrents du « frontisme », cette force nouvelle est cependant morcelée sur l'ensemble du territoire national. Certains se sont dynamisés avec vigueur pour tenter de l'unifier. Sans succès.

La revue Synthèse nationale, le mouvement Terre & Peuple, Alsace d'Abord, le Bloc identitaire (issu d'Unité radicale, un groupuscule néonazi dissout par la justice), des cadres du MNR mégretiste, des autonomistes régionaux... se retrouvèrent, ici et là depuis plusieurs mois, pour tenter ensemble l'aventure, sous l'égide d'un pôle fédérateur des « Identitaires » de France. Recevant parfois le soutien en coulisse des nationaux-catholiques traditionalistes et intégristes ayant claqué la porte du Front national, cette fédération identitaire a toutes les difficultés du monde à décoller. D'autant plus qu'elle a déjà du plomb dans l’aile...

Cette situation défavorable s'est confirmée au premier tour des élections municipales française, le 10 mars dernier. Toutes les listes labélisées « identitaires » se sont vu imposer de terribles « Waterloo électoraux », malgré une campagne acharnée et de nombreux moyens (financiers et humains) investis. Aujourd'hui, les « identitaires » sont « laminés » (sic) au niveau électoral et donc, sur le plan politique, totalement folklorisés, face à un Front national qui garde la pèche.

A Strasbourg, le mouvement Alsace d'Abord (une dissidence frontiste, aujourd'hui pilier du « pôle identitaire ») a récolté dimanche passé 2,17 %. En 2001, il avait obtenu... près de 10 % des voix (9,2 %). L'humiliation est de taille, d'autant plus que d'identiques scénarii catastrophe se sont produits ailleurs en France. Cette réalité tragique pour les « identitaires » pousse déjà une poignée d'entre eux à l'autocritique : « Dans un contexte politique désastreux, la défense de nos idées est aujourd’hui cadenassée par l’absence d’unité dans notre famille politique.

Ce constat amer doit peut-être nous amener à reconsidérer la nature de notre engagement pour certains d’entre nous, en attendant (mais pas seulement, en ayant aussi la volonté d’y participer) la nécessaire recomposition du « canal politique » de notre camp qui devra bien surgir et le plus tôt serait le mieux : l’action politique ne peut pas se passer d’une structure politique. Et une structure politique, ce n'est pas une cour orientale ! » proclame, au lendemain du 10 mars, Chantal Spieler.

Cette leader identitaire alsacienne avouera que l'échec est dû, notamment, à une « absence évidente d’implantation locale ». Fabrice Robert, le président-fondateur du Bloc identitaire, constate quant à lui que « le premier tour des élections municipales passé, quelques-uns ont oscillé entre la colère, le désarroi et le défaitisme. Les résultats seraient catastrophiques et la majorité des candidats des courants national et identitaire auraient été ''laminés'' ». Une telle déclaration annonce donc des règlements de compte chez les identitaires. Après leur défaite, les « loups » vont-ils se dévorer entre eux ?

Les scores ridicules des listes « identitaires », notamment en comparaison avec la poussée électorale de l'extrême gauche (réellement implantée depuis toujours, elle, sur le terrain social), confirment l'irrationalité de leur discours. Les identitaires, prenant pourtant parfois des allures « gauchistes » (rebelles, révolutionnaires...), confirment une fois de plus leur appartenance profonde à la droite radicale. Et l'électeur moyen, lorsqu'il a le choix entre deux listes d'extrême droite, préfère toujours l'original à la copie.

La défaite importante des identitaires français est également une leçon pour ceux qui en Belgique, sans succès depuis 1999, essayent avec beaucoup de moyens d'implanter un tel mouvement. Le résultat électoral français du 10 mars dernier confirme les erreurs d'analyse politique de ce courant élitiste de l'extrême droite.

M.AZ


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche 16 mars 2008.

Contre l'extrême droite noire : la gauche rebelle et rouge © Photo : www.lsp-mas.be


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Bloco de Esquerda (Portugal)

Die Linke (Allemagne)

Ligue communiste révolutionnaire (LCR, France)

Ligue communiste révolutionnaire (LCR, Belgique)

Parti du Travail de Belgique (PTB)

Socialistische partij (SP, Hollande)

Partito della rifondazione comunista (PRC, Italie)

Respect - The Unity Coalition (Grande-Bretagne)


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