RésistanceS 06-04-2006

Mémoire & combat d'aujourd'hui

Déclaration commune à l'occasion des commémorations du génocide des Tutsi et du génocide des Arméniens

Ce 7 avril 2006, est commémoré le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994. Ce jour devrait être un jour de méditation, de communion et de paix, comme devrait l’être le 24 avril prochain, anniversaire du génocide des Arméniens de 1915.

Malheureusement, d’année en année, au souvenir douloureux des atrocités subies s’ajoutent pour les rescapés les souffrances que leur infligent ceux qui n'ont pas renoncé au génocide.

Des Tutsi menacés de mort par des Hutu extrémistes, l’organisation de manifestations négationnistes et la profanation du Mémorial du génocide des Tutsi (Woluwé-Saint-Pierre). Tout cela se passe maintenant chez nous à Bruxelles. Et c’est aussi choquant qu’inadmissible.

Nonante et un ans après le génocide des Arméniens, les faits sont banalisés et publiquement niés. La Turquie refuse toujours de reconnaître ce génocide et diffuse même sa propagande négationniste au-delà de ses frontières. Cela aussi se passe chez nous et maintenant.

Ces actes relèvent de démarches et de buts similaires à ceux poursuivis par les antisémites et nostalgiques du régime nazi à propos de la Shoah : s’il n’y a pas eu de victimes, il n’y a eu ni crime ni criminels.

Face à ces agissements inquiétants, nous voudrions rappeler que :

- Les génocides sont les produits directs d’idéologies racistes, xénophobes et anti-humanistes,
- En dépit des efforts d’éducation et de prévention, ces idéologies mortifères se sont constamment recyclées, se nourrissent l’une l’autre et sont ainsi toujours présentes,
- Les forces et les discours négationnistes qui fleurissent aujourd’hui Belgique s’en inspirent directement ; le négationnisme qui vise à réhabiliter les bourreaux et à salir les victimes n’est ainsi pas une libre opinion mais la dernière étape du crime de génocide,
- Ainsi, la négation, la banalisation, la rationalisation ou la relativisation des génocides des Arméniens et des Tutsi et, à l’image de la négation de la Shoah, constituent des troubles directs à l’ordre public et, à terme, une menace envers la démocratie et envers l’Humanité.

Les signataires de cet appel veulent croire à une société multiculturelle imprégnée de tolérance et d’humanisme. C’est le modèle auquel doit aspirer toute société qui veut se fonder sur l’équité et la modération.

Il y a onze ans, notre pays a su faire pièce aux négationnistes, qui sévissaient alors, en adoptant la loi du 23 mars 1995 réprimant la négation du génocide commis par les nazis. Face à la nouvelle menace négationniste, une fois de plus, nous appelons les dirigeants politiques de notre pays à faire preuve de la même détermination. Soutenues par de larges pans de la société civile, nous leur demandons d’étendre la loi au négationnisme du génocide commis par le régime Jeune-Turc ottoman pendant la Première Guerre mondiale, et du génocide commis par le régime Hutu-Power rwandais en 1994, conformément à la proposition formulée au Parlement par le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX) le 3 juin 2005 et rappelée par le MRAX à la Commission Interministérielle de Droit humanitaire le 27 janvier 2006.

Nous rappelons que ces recommandations ne visent en aucun cas des communautés particulières mais les seuls individus qui se rendraient coupables du délit de négationnisme. Réciproquement, nous enjoignons les forces politiques de Belgique à ne pas céder aux exigences de ceux qui confisquent la parole de communautés entières dont ils ne sont en aucune manière représentatifs.

Signataires :
– Centre communautaire laïc juif (CCLJ)
– Comité des Arméniens de Belgique
– Fédération euro-arménienne pour la justice et la démocratie
– IBUKA-Mémoire et Justice
– Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX).


Communiqué de presse mis en ligne sur RésistanceS – www.resistances.be - Bruxelles – Belgique – le 6 avril 2006

 

 

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