RésistanceS 27-10-2007

Réactions & réponses

Le point sur Georges-Pierre Tonnelier

Georges-Pierre Tonnelier a adressé il y a peu à RésistanceS une curieuse requête : il nous demandait en effet de supprimer de notre site certaines informations selon lui insultantes ou dénigrantes, mais également en contravention avec les lois de protections de la vie privée. Il déplore en outre n’avoir trouvé sur notre site « aucune analyse politique de [ses] propos publics ». Soucieux d’actualiser nos informations, nous nous sommes donc plongés dans le parcours récent de cet ancien militant du FDF, passé ensuite au Front national de Daniel Féret, puis au Front nouveau de Belgique (une dissidence du FN), avant de revenir au FN et aujourd'hui se retrouver parmi les dirigeants du... nouveau FN.

Lorsque Georges-Pierre Tonnelier quitte le Front national, il se tourne vers le MR. Sans succès, puisque ce parti lui suggère aussitôt de retirer sa demande d’adhésion, afin d’éviter d’encourir une procédure d’exclusion.

Depuis, Georges-Pierre Tonnelier, condamné le 18 avril 2006 à sept ans d’inéligibilité pour incitation à la haine, à la discrimination et à la ségrégation raciales, serait sans parti politique. Peut-on pour autant soutenir, comme il le fait, qu’il n’est pas un personnage public ? Et exiger, comme il le fait, le retrait d’informations qui concernent l’époque où il était le bras droit de Marguerite Bastien (présidente-fondatrice du Front nouveau de Belgique) ou de Daniel Féret (président-fondateur du Front national) ?

Bien qu’orphelin de parti, Georges-Pierre Tonnelier n’en est pas moins l’un des membres fondateurs d’un Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen (voir notre document), comité fondé en avril dernier pour soutenir la candidature de ce dirigeant de l'extrême droite française, régulièrement condamné pour racisme. Tonnelier est également très présent sur la toile. Son propre site internet, qui préfère manifestement s’étendre sur les goûts musicaux ou cinématographiques du bonhomme que sur son parcours politique, est de très peu d’intérêt, même s’il permet d’apprendre qu’il range parmi ses valeurs la lutte contre l’immigration, sans donner le moindre mot d’explication à ce sujet.

Pour en savoir plus, il faut lire ce qu’écrit Georges-Pierre Tonnelier sur divers forums, blogs, etc. où le moins qu’on puisse dire est qu’il est très présent.


En 2001, Georges-Pierre Tonnelier militait activement au Front nouveau de Belgique (FNB), une dissidence radicale du Front national, comme le prouve cet encart publié dans « le Bastion », le mensuel officiel du FNB. Ce document est toujours aujourd'hui en ligne sur Internet sur le site du FNB. Un problème, pour Tonnelier ? Il ne semble que non... - Document : RésistanceS.

Le fascisme ? Une « idéologie de gauche » !
Comme il le reconnaît volontiers lui-même, Georges-Pierre Tonnelier est un homme « de droite », « plutôt conservateur ». Ce qui ne fait bien évidemment pas de lui un extrémiste de droite. Faut-il alors considérer qu’il pourrait avoir pris ses distances idéologiques avec l’extrême droite francophone ?

Malheureusement, nulle part nous n’avons trouvé le moindre propos public de Georges-Pierre Tonnelier critiquant le programme politique ou l’idéologie de ses anciens compagnons de route. Passé au FDF, il n’hésite pourtant pas aujourd’hui à qualifier Olivier Maingain de « raciste anti-flamands président du FDF »[1]. Preuve qu’il est parfaitement capable de formuler des critiques acerbes envers certains de ses anciens compagnons de route. Mais s’agissant de l’extrême droite, ses écrits récents tendent bien plus à la présenter comme respectable qu’à s’en distancier :

« Je n'ai à répondre que de mes propres opinions. Je n'ai pour ma part jamais fait l'apologie ni du nazisme, ni du fascisme. Je n'ai jamais nié les chambres à gaz ni fait preuve de racisme primaire ni d'antisémitisme. Je vous mets au défi de retrouver une quelconque publication, un quelconque écrit de ma part qui aille dans ce sens. Je n'ai donc rien à voir avec de quelconques néo-nazis ou autres révisionnistes, dont je ne partage pas les thèses. Je ne suis pas le seul puisqu'il y a, par exemple, au sein du FN, des personnes comme Charles Petitjean, que l'on ne pourrait soupçonner de néo-nazisme, ou même Jean-Pierre Borbouse, qui n'a rien à voir non plus avec cette idéologie. Daniel Féret lui-même est tout sauf un nazi ».[2]

C’est oublier un peu vite les liens étroits qui subsistent entre certains mandataires frontistes, comme Sessler ou Cocriamont, et la mouvance néonazie. Visiblement, cela ne semble pas gêner outre mesure Georges-Pierre Tonnelier…

Lorsque Georges-Pierre Tonnelier présente son propre programme politique, on ne peut qu’être frappé de sa similitude avec celui de l’extrême droite :

« (…) comme je l'ai déjà écrit, ce terme "extrême-droite" ne signifie rien du tout. Ensuite, le fascisme était une idéologie de gauche, inspirée du socialisme. Comment peut-on dès lors être à la fois fasciste et d'extrême-droite ? (…) Je suis évidemment sensible à la question des réfugiés, dont la situation est certes malheureuse. Notre pays ne peut toutefois accueillir toute la misère du monde. Comme disait feu Pim Fortuyn, notre pays est plein. Il convient donc qu'ils aillent trouver refuge dans un pays voisin du leur. En autorisant le regroupement familial, le gouvernement encourage les pompes aspirantes de l'immigration. Cela me semble évident. En ce qui concerne les personnes qui sont déjà belges, je suis pour ma part favorable à la mise en place d'une Commission parlementaire de révision des naturalisations, qui serait chargée, au cas par cas, de revoir les naturalisations accordées aux étrangers extra-européens après la date d'arrêt officiel de l'immigration, en 1974, sur base de critères concrets tels que la volonté d'intégration, estimée à partir de la connaissance de la langue, des institutions, de la culture, de la civilisation, de l'Histoire belge et européenne, ainsi que sur le comportement personnel de l'intéressé (respect des lois, us et coutumes belges). Ces révisions des naturalisations auraient un effet rétroactif » [3].

Ce thème des « pompes aspirantes de l’immigration » revient régulièrement sous la plume de Georges-Pierre Tonnelier. Ainsi écrira-t-il ceci : « Je me considère aujourd’hui comme un résistant également ! Résistant à la pensée unique, à la dictature du politiquement correct, à l’immigration-invasion. »[4]

Défendre sa culture contre la dissolution
Les exigences de Georges-Pierre Tonnelier en matière d’intégration sont particulièrement fortes. Ainsi refuse-t-il non seulement l’islamisme – c’est-à-dire la tentative de mainmise de l’islam sur la sphère politique – mais également l’islam :

« Pour bien vivre ensemble, il est nécessaire d'avoir au moins certaines valeurs en commun. Ce n'est pas le cas avec les personnes qui prônent l'usage du voile islamique, des repas sans porc, bref qui veulent vivre selon les préceptes de l'Islam. ».

Et aussi :

« L'Etat ce n'est pas qu'une entité désincarnée, laïque et neutre : c'est aussi la matérialisation du peuple qui le constitue. Il incarne nos valeurs, dont notre héritage chrétien, ne vous en déplaise. Appartenir à un peuple, qui constitue le fondement d'une nation, ce n'est pas uniquement adhérer à un texte formel déclarant des droits et des devoirs, c'est aussi vivre comme ce peuple, dans le respect de ses traditions, de sa culture, de son mode de vie. Cela ne veut pas dire que celui qui n'est pas des nôtres ne doit pas être respecté ou doit faire l'objet de traitements contraires aux Droits de l'Homme, de discriminations illégales : il ne peut simplement pas se prévaloir de notre nationalité et des avantages que tout pays octroie à ses nationaux (conformément aux traités internationaux), y compris celui de séjourner sur son sol (…). Je considère (…) que notre identité fait partie de notre héritage et que la préserver face à des cultures étrangères qui s'importent par le biais d'une immigration de peuplement est un droit et un devoir. Défendre sa culture contre sa dissolution et sa disparition fait partie aussi des Droits de l'Homme.
Nous ne pouvons pas laisser l'Europe s'islamiser non seulement car l'Islam est une religion extra-européenne, étrangère à nos peuples mais également parce que cette religion est totalitaire, intolérante et inégalitaire : elle est en contradiction avec les valeurs fondamentales de l'Europe (…).
».[5]

Ainsi donc, pour Georges-Pierre Tonnelier, il ne suffit pas, pour « mériter » la nationalité belge (nationalité qui pourra de toutes façons être retirée par le biais d’une « commission de révision des naturalisations ! »), de respecter un nombre restreint de valeurs essentielles, piliers de la démocratie : il faut en plus manger belge, boire belge, s’habiller belge, chanter belge, lire belge, etc. Et, bien sûr, prier « belge », c’est-à-dire catholique.

On retrouve à cet égard le conservatisme extrême de Georges-Pierre Tonnelier, qui estime par exemple que « L'avortement est un assassinat; ce n'est pas parce qu'un enfant n'est pas encore né que ce n'est pas déjà un être humain, dont la mère ne dispose pas de la vie. Cela n'a rien à voir avec la religion mais bien avec la biologie et avec la vie. »[6]

En avril 2007, Georges-Pierre Tonnelier figure (sur ce tract) parmi les responsables du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen, une structure mise en place pour soutenir la candidature à l'élection présidentielle du chef de l'extrême droite française. Le soutien sera inconditionnel, pour une personnalité pourtant régulièrement condamnée pour racisme. Un problème, pour Tonnelier ? Il ne semble que non... - Document : RésistanceS.

Antisémite ?
Georges-Pierre Tonnelier rappelle régulièrement que sa grand-mère était résistante et a aidé des Juifs pendant la guerre. Il se targue aussi d’avoir eu un avocat et un médecin juifs. Par ailleurs, Georges-Pierre Tonnelier s’oppose aux lois anti-négationnistes au nom de la liberté d’expression :

« si je défends la liberté d’expression pour tous, y compris les négationnistes / révisionnistes / etc, il ne me viendrait par contre pas à l’idée de défendre leurs thèses. Elles sont tout aussi stupides que la théorie de Terre plate, qui est encore diffusée à l’heure actuelle par une sombre société londonienne. De toute façon, que 6 millions de personnes (pas seulement des juifs, je le précise, des homosexuels, des opposants politiques et d’autres catégories de déportés également) soient mortes dans des chambres à gaz ou de faim ou de froid ou de mauvais traitements, ou encore de maladies sans avoir pu bénéficier d’un traitement médical, cela ne change rien : toujours est-il que ces personnes sont mortes de la volonté d’autres personnes qui voulaient les assassiner. Quand bien même une seule personne aurait été déportée, l’entreprise était criminelle et devait être condamnée. Je l'ai d'ailleurs déjà dit : je ne fais ici que me répéter. Je crois donc que tout un chacun devrait être libre de s’exprimer au sujet de la Seconde Guerre Mondiale et de donner son opinion sur la façon dont ces gens sont morts ou bien ont disparu. La manière dont ils le sont n’enlève de toute façon rien au caractère criminel de l’entreprise qui, je le répète, n’est contesté par personne de sérieux. Des historiens français pensent d’ailleurs que les lois anti-négationnisme entravent le travail des chercheurs dans ce domaine (et je parle de chercheurs sérieux, pas de révisionnistes …). Je suis bien conscient – cela figure dans les travaux préparatoires de la loi du 23 mars 1995 tendant à réprimer la négation, la minimisation, la justification ou l’approbation du génocide commis par le régime national-socialiste allemand pendant la seconde guerre mondiale – que la volonté des négationnistes est de réhabiliter le régime national-socialiste, mais cela ne devrait pas être une raison pour les priver de la parole. »[7]

On notera que pour Georges-Pierre Tonnelier, cela « ne change rien » que les victimes du nazisme soient mortes de froid ou dans les chambres à gaz. Que, tout en admettant que le négationnisme n’est qu’une manière de tenter de réhabiliter le national-socialisme, il n’estime pas que ce soit une raison suffisante pour interdire les propos négationnistes.

Tout cela ne fait pas un antisémite, c’est évident. Pas plus que l’insistance de Georges-Pierre Tonnelier à amener la « question juive » sur le tapis, même lorsque c’est totalement hors de propos, ne suffit en soi à pouvoir l’accuser l’antisémitisme.

À propos de l’Etat d’Israël, il écrit ceci :

« Les lois raciales de l'Etat d'Israël, par exemple, sont dignes de celles du IIIème Reich. La Palestine est devenue le plus grand camp de concentration de la planète. Ce qui me fait dire qu'Israël est le dernier Etat national-socialiste de la planète. Israël est un Etat génocidaire qui a fait massacrer, affamer, spolier de leurs terres, de leurs biens, des millions d'innocents Palestiniens. On a volé leur terre à ces gens pour y implanter l'Etat hébreu, qui concentre à côté de tant de misère les millions de la diaspora juive dans le monde. (…) L'Allemagne notamment est victime d'une campagne de culpabilisation suite aux malheureux événements de la Seconde Guerre Mondiale, campagne qui la force à subsidier aujourd'hui à coups de millions d'euros l'Etat d'Israël, alors que les victimes de l'Holocauste ont été depuis bien longtemps largement indemnisées. L'Allemagne est en train de payer au centuple pour ce qui s'est passé il y 60 ans. Quand donc les comptes seront-ils quittes et Israël cessera-t-il d'extorquer de l'argent à l'Allemagne en utilisant ce génocide comme prétexte ? » [8]

Georges-Pierre Tonnelier a beau jeu, ensuite, de crier à la calomnie lorsqu’on l’accuse d’antisémitisme :

« quiconque critique un juif, une organisation juive ou l'Etat d'Israël se fait automatiquement taxer d'antisémite ! J'ai déjà vécu le cas et c'est profondément injuste, car s'il y a bien une personne qui n'est pas antisémite, c'est moi : mon médecin de famille a été, durant des années, un juif dont la mère était survivante des camps de concentration. J'ai eu un avocat juif. J'entretenais d'excellentes relations avec plusieurs survivantes de ces camps, tant au sein du FN qu'en dehors, lorsque j'habitais Saint-Josse. Ma grand-mère, qui était résistante, a aidé des juifs durant la Seconde Guerre Mondiale. J'ai déjà dit publiquement et je répète ici que je condamne sans réserve et sans ambiguité tous les régimes totalitaires attentatoires aux libertés fondamentales, dont le communisme et le national-socialisme. Je ressens donc les insultes d'antisémitisme de manière particulièrement douloureuse, tant elles sont injustes. »[9]

Bien sûr, pris isolément, chacun de ses propos est acceptable. On a parfaitement le droit de critiquer la politique d’Israël, comme on a le droit de ne pas savoir que c’est volontairement que l’Allemagne aide l’Etat d’Israël. On a tout autant le droit d’être un partisan acharné de la liberté et d’être, de ce fait, farouchement opposé à toute limitation de la liberté d’expression, même lorsqu’il s’agit d’éviter la propagation d’une idéologie liberticide et criminelle. On a le droit d’être peu soucieux de la nuance et de mettre sur le même pied les exactions d’Israël envers les Palestiniens et celles des nazis envers les Juifs et autres « Untermenschen ».

Mais un tel faisceau de propos qui, comme par hasard, sont étonnamment semblables à ceux d’une extrême droite dont Georges-Pierre Tonnelier conteste jusqu’à l’existence, ça commence à faire beaucoup.

Signalons pour terminer que le 19 septembre dernier, Georges-Pierre Tonnelier diffusait encore un communiqué de presse émanant du Front national (voir ci-dessous) . Et ce à titre de « collaborateur du député Jean-Pierre Borbouse ». Jean-Pierre Borbouse ? Un dirigeant du « nouveau FN ». La signature de Tonnelier précisait aussi qu'il était le « Président du Centre d'Etudes » et le « Secrétaire du bureau politique »... du Front national !

Nadia Geerts
Pour RésistanceS

 


La rédaction de RésistanceS reçoit le 19 septembre dernier un e-mail contenant un communiqué de presse du Front national (tendance Michel Delacroix). Ce communiqué est diffusé par... Georges-Pierre Tonnelier en personne. En effet, celui-ci est l'un des membres hyper actifs du clan des anti-Féret qui ont repris à leur compte le FN belge. Un parti qui reste à l'extrême droite de l'échiquier politique. Un problème, pour Tonnelier ? Il ne semble que non... - Document : RésistanceS.

 


La signature électronique des e-mail de Georges-Pierre Tonnelier informait encore le 19 septembre dernier que celui-ci était le « collaborateur de Jean-Pierre Borbouse » (député régional de Charleroi du FN), le « président du Centre d'Etudes » et le « secrétaire du Bureau Politique »... du Front national (présidé par Michel Delacroix). Un « front » regroupant, comme celui de Daniel Féret, des ex-néonazis. Un problème, pour Tonnelier ? Il ne semble que non... - Document : RésistanceS.

 

 

NOTES

[1] http://www.fnb.to/FNB/Article/Bastion_51/Ardoye.htm

[2] http://nadiageerts.over-blog.com/50-comments-10398763.html

[3] Commentaire posté sur http://nadiageerts.over-blog.com/article-10581086.html

[4] Commentaire posté sur http://nadiageerts.over-blog.com/article-10398763.html

[5] Commentaire posté sur http://nadiageerts.over-blog.com/article-10633033.html

[6] Commentaire posté sur http://nadiageerts.over-blog.com/article-10553960.html

[7] Commentaire posté sur http://nadiageerts.over-blog.com/article-10398763.html

[8] Commentaire posté sur http://nadiageerts.over-blog.com/article-10942536.html

[9] Commentaire posté sur http://nadiageerts.over-blog.com/article-10942536.html



© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – 27 octobre 2007.

 

 

REACTUALISATION du 31 novembre 2008 :
Georges-Pierre Tonnelier n'est plus d'extrême droite CLIQUEZ ICI