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Extrême droite internationale

Aux Etats-Unis - L'extrême droite demeure menaçante

 

Aucune organisation d'extrême droite ne peut prétendre aujourd'hui rivaliser en matière de popularité et de violence avec le KKK de la fin des années 50. Le mouvement lui-même ne compte plus qu'un maximum de 7000 ou 8000 membres.

L'inculpation récente d'Edgar Ray Killen pour un crime racial commis en 1964, au Mississippi, a ramené sous les projecteurs la menace posée par les groupes d'extrême droite aux États-Unis.

Aujourd'hui marginaux, ils n'en demeurent pas moins actifs et dangereux.

Un excès de vitesse. Ce fut le prétexte utilisé par Cecil Price, shérif adjoint du comté de Neshoba, au Mississippi, pour mettre sous les verrous trois jeunes défenseurs des droits civiques le 21 juin 1964.

Michael Schwerner, Andrew Goodman et James Chaney, tous trois dans la vingtaine, venaient de visiter une église incendiée par le Ku Klux Klan. Cette mythique organisation raciste était à l'époque encore solidement implantée dans le sud des États-Unis.

Le shérif adjoint a libéré les militants quelques heures plus tard. Il avait entre-temps pris contact avec des membres du KKK avec qui il était de mèche. Ceux-ci ont rattrapé, tué et enterré les trois jeunes.

Le leader présumé de cette cellule du KKK s'appelle Edgar Ray Killen et est aujourd'hui âgé de 79 ans. La semaine dernière, il a été pour la première fois accusé de meurtre. Après avoir plaidé non coupable, il a été libéré sous caution mercredi.

Avec son procès, prévu pour le 28 mars, les États-Unis pourraient enfin tourner pour de bon une page sombre de leur histoire. Ils n'auront toutefois pas fini d'en découdre avec les organisations d'extrême droite.

Aucune ne peut prétendre aujourd'hui rivaliser en matière de popularité et de violence avec le KKK d'alors. En revanche, elles demeurent «une préoccupation sérieuse pour les États-Unis», explique Mark Pitcavage, historien à l'Anti-Defamation League, un organisme de défense des droits civiques établi en Ohio.

«Nous parlons d'un mouvement marginal, petit. Mais comme c'est un mouvement qui est hautement associé à la violence, il est disproportionnellement dangereux. Ça ne prend pas un grand nombre de gens pour provoquer un désastre», ajoute M. Pitcavage.

Selon les données de son organisme, les groupes d'extrême droite comptent actuellement quelques dizaines de milliers de membres officiels aux États-Unis, auxquels on peut ajouter «jusqu'à 100 000 ou 150 000 sympathisants convaincus». Globalement, quelque 200 000 personnes s'identifieraient à ce mouvement, qui compte 751 organisations connues.

Crimes haineux
Cette haine de l'autre continue de provoquer de nombreux crimes. Le Southern Poverty Law Center, organisme de l'Alabama, publie chaque année un rapport détaillé sur l'extrême droite et son impact. On y estime que, bon an mal an, environ 50 000 crimes haineux sont commis en sol américain.

«Bien sûr, une bonne partie sont des crimes relativement mineurs- comme des adolescents qui gravent une svastika (croix gammée) sur la peinture d'une automobile. Mais il y a aussi de 12 à 20 meurtres pas année», indique Mark Potok, directeur de l'information du centre.

M. Potok note par ailleurs une augmentation, faible mais constante, du nombre de militants d'extrême droite depuis le milieu des années 90, parallèlement à un durcissement de l'opinion publique face à l'immigration. Il estime que la hausse est par-dessus tout liée à des «changements structurels majeurs» de la société, dont au premier plan la mondialisation politique et économique.

«Le fait est que, aux États-Unis, il y a 30 ans, si un Blanc terminait le collège, il pouvait obtenir un bon emploi dans l'industrie manufacturière, soutenir une famille et vivre plutôt décemment. Ce n'est clairement plus vrai. Si on a seulement un diplôme collégial, peu importe qu'on soit Blanc, on va avoir du mal dans cette économie», dit-il.

Il n'y a pas que la société qui a changé. Le paysage de l'extrême droite est aussi bien différent. Le KKK, par exemple, n'est plus que l'ombre de lui-même. Il compte aujourd'hui au maximum de 7000 à 8000 membres répartis dans 46 groupes distincts. À l'époque du meurtre des trois jeunes militants, environ 80 000 Américains adhéraient au KKK, qui était déjà moins populaire qu'auparavant, mais demeurait uni. Et «il avait l'appui des forces de l'ordre du sud du pays et de la société du Sud en général», rappelle M. Potok, qui juge aujourd'hui le KKK «très faible», quoique toujours inquiétant.

Virage à droite
En tête des organisations d'extrême droite qui ont repris le flambeau se trouve le plus important groupe néo-nazi aux États-Unis (environ 1000 membres), la National Alliance. Elle éprouve toutefois des difficultés depuis la mort récente de son fondateur et le départ d'un de ses membres les plus charismatiques, Billy Roper. Ce dernier vient de fonder son propre groupe, White Revolution.

L'Anti-Defamation League surveille aussi de très près le Council of Conservative Citizens, une organisation raciste, le National Socialist Movement, un autre groupe néo-nazi, et la League of the South, qui souhaite replonger le sud du pays dans son passé ségrégationniste.

Ces organisations et autres groupes d'extrême droite posent une menace sérieuse, mais limitée, pour ce qui est de la violence, soutient M. Potok. Or, de façon plus insidieuse, ils représenteraient aussi une menace politique substantielle. D'autant plus que leur message a dorénavant plus d'impact grâce à Internet.

«Ce n'est pas tant que les Américains vont se joindre par millions à des partis nazis ou au KKK, précise l'expert en droits civiques. Mais ce qui se produit, c'est que le spectre politique américain en entier a été tiré vers la droite. Donc, des choses qui semblaient d'extrême droite il y a 15 ans sont presque considérées comme des paroles d'Évangile aujourd'hui, dit-il. Les choses que vous entendez tous les jours sur Fox News (le réseau d'information proche des républicains) étaient jadis perçues comme complètement en dehors du courant dominant, mais plus maintenant. Et je pense que les groupes haineux ont contribué de façon très importante à cette évolution.»

Alexandre Sirois
asirois@lapresse.ca


Article publié dans La Presse, www.cyberpresse.ca le 15 janvier 2005. Reproduit sur le site de RésistanceS avec l'aimable autorisation de son auteur et mis en
ligne le 19 janvier 2005.


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